Neuf écrans. C’est l’étendue totale du nombre de salles ayant décidé de diffuser chez nous le remake US du Diner de cons, renommé The Dinner pour l’occasion. J’ai bien senti qu’absolument personne en France ne le verra. Ever. Alors j’ai flairé l’expérience unique, j’ai enfilé ma veste et je suis parti au Publicis mardi soir. Séance de 22h, moins de quinze personnes dans la salle. J’y croyais un peu je vous avoue, parce que j’adore Paul Rudd, Steve Carell et Zach Galifianakis. Bon, okay, avec le réalisateur de Mon beau-père et moi derrière la caméra et un score au box office US très moyen. C’était pas gagné non plus. Tout de même, à un niveau purement sociologique et artistique, c’est toujours très intéressant de voir comment les ricains remakent des œuvres étrangères : soit avec une fidélité flippante, soit en prenant des libertés. Beaucoup de libertés.
Surprise, la pièce est toujours là. Plus ou moins. On a bien le con qui s’incruste chez Paul Rudd et lui pourrit la vie. On a Rudd qui se nique le dos, sa maitresse nymphomane qui débarque, l’ami du con qui est controleur fiscal, la femme qui s’en va, qui revient. Tout est plus ou moins là. Le truc, c’est que tout ça n’est que la moitié du film. Les ricains nous offrent une prequel ET une séquelle à l’œuvre originale. Quand le truc commence, on se paie une bonne vingtaine de minutes d’exposition. Paul Rudd est sur le point d’avoir une augmentation dans sa boite de douchebags, mais pour ça il doit impressionner son patron en participant à un diner de crétins (tss tss pas de gros mots), au début il veut pas (tss tss le héros a bon cœur) mais tombe sur Steve Carrell, qui empaille des souris avant de les déguiser. La bonne idée du film qui rend très bien.
Et là, on embraye sur la pièce, adaptée en mode pseudo dynamique (ils vont en voiture jusqu’au fisc, le con dort chez le héros, l’accompagne à un déjeuner d’affaires etc…). Chez les ricains, on aime pas trop l’unité de temps et de lieu. Puis on boucle la pièce, le con découvre qu’on le prend pour un con, le héros est trop triste toussa. BIM ! The Dinner commence, on va passer la dernière demie heure au diner de cons justement, avec Steve Carell qui décide de se surpasser en connerie pour aider son nouvel ami. D’où déluge de grand n’importe quoi (une nana qui parle aux oiseaux, un escrimeur aveugle…) qui s’achève en duel d’anthologie Carell VS Galifianakis. Mais vite, le film se termine, hop hop on va boucler tout ça. Le héros, connard dans la pièce, se souvient qu’à Hollywood il a un bon fond et envoie ses boss se faire foutre, il retrouve sa femme, le con devient sympa. Tout le monde se fait un méga hug. Rideau.
Le twist c’est que c’était drôle. Attention c’est super graveleux, parfois très con, un peu beauf, moins mordant, moins cynique. Mais, après le début laborieux où le spectateur français que je suis se demande un peu si, au fond, c’était une bonne idée, on se met à rire. Pas que moi, les autres gens de la salle. On a ri de bon cœur, ça se laissait voir. La réalisation honteuse de vide est largement compensée par des acteurs qui se donnent à fond, qui y croient pour tous les autres. Je suis sorti de la salle en pensant que j’avais passé un bon moment. Pas moche comme surprise. Un bon concentré du meilleur et du pire du système hollywoodien, parfait pour tuer deux heures, ou pour une thèse sur les remakes américains.
Neuf salles la première semaine. Une seule salle avec une seule séance cette semaine. C’était hier. Adieu, The Dinner. Puisses-tu être déterré sur le net un dimanche pluvieux, à l’occasion. Sache que je t’ai vu, et que je te pardonne d’exister. T’es pas si mal.
TRAILER STAGE !!!
C’est pénible d’être un bouche trou. Dans la vie comme dans les jeux vidéo. C’est pour ça que j’ai une tendresse toute particulière sur Treyarch. En ce moment même, tous vos potes se paluchent sur le multi du nouveau Call Of Duty, mais peu d’entre eux suivent ce qui se passe en coulisses. Ils ont tort. Car à l’instar de la série Splinter Cell quelques années plus tôt, les Call Of Duty sont développés par deux équipes (Infinity Ward et Treyarch), pour pouvoir en sortir un par an. Et qui dit deux équipes, dit une meilleure que l’autre. C’est comme les vins ou ces conneries, tu savais qu’un jeu sur deux serait très bon. Puis le développeur star, Infinity Ward, a tenté de se rebeller, à priori pour faire autre chose que du Call Of. Castrage par la direction d’Activision, vagues de licenciements et départs volontaires. Exsangue, le studio est au plus mal et on se demande bien comment l’opus 2011 de la série pourra être au top. Du pain béni pour les parias de chez Treyarch, responsables justement de ce Black Ops.
J’imagine l’ambiance chez Treyarch ces derniers mois. Bien sûr ça ne se fait pas de se réjouir du malheur de leurs petits camarades chez Infinity Ward. N’empêche, je suis certain qu’ils ont mis les bouchées doubles pour sortir de l’ombre. Si j’étais à la place des gens chez Treyarch, j’en aurais marre de me faire basher en public, que les fanboys attendent l’épisode d’après. J’aurais envie d’en découdre et de faire un putain de jeu ! Au final Call Of Duty : Black Ops, l’épisode made in Treyarch cet automne, est sur le papier bien meilleur que prévu. Le scénario est étonnamment prenant et bien construit, nous emmène dans des lieux cools. Ca assure. Ca c’est la peinture, la déco. Sauf que ce sont les mêmes gens qu’avant qui font le vrai jeu en dessous. Le manque de polish global et la gestion préhistorique de la difficulté m’ont rendu dingue. Dans les Call Of de Infinity Ward, quand je galérais, je savais pourquoi, je pouvais apprendre de mes erreurs. Quand je réussissais un passage en vétéran, je savais aussi pourquoi, je pouvais savoir que je l’avais mérité. Là, j’en ai juste marre.
Des potes ont réussi à boucler le jeu en very hard. J’applaudis. Moi j’ai pas le temps de jouer au con, je peux pas passer des heures sur un passage à attendre la fois où, gros coup de bol, ça passe. J’ai plus quinze ans et trois heures à passer devant la console chaque jour. Le mode normal, qui se traverse comme du beurre, ne me procure aucun plaisir non plus. Si j’étais un joueur multi, si j’avais rien d’autre à jouer, je me consolerais là-dessus. Pas de bol, j’ai deux trois autres jeux plus bandants à faire à la place. Hier j’ai retenté, j’ai passé une heure sur une colline de merde. Détail amusant, le passage en question est l’objet de dizaines de sujets sur des forums de gamer. Quand tout le monde galère à ce point sur le même endroit, c’est que les tests qualis, le béta testing, tout a été bâclé. Désolé Treyarch, mais c’est pas cette année que tu redoreras ton blason.