William Rejault l’écrivain est bipolaire. Je vous dis ça à cause de son article de la semaine dernière, sur son blog, où il annonce se retirer de la vie littéraire. Epuisé du manque de considération, du charcutage sauvage et unilatéral de ses manuscrits, des intrigues du milieu, il nous fait un Lionel Jospin. Comme il a une fanbase, et donc un lectorat fidèle, il a voulu le faire en public, pour leur dire « hé les gens, attendez plus rien, je vous explique ». Enfin, c’est la raison que j’ai trouvé à cette note. C’était soit ça, soit pour dire fuck you à un milieu entier, mais il est trop discret sur ce qu’il sait pour que ce soit un vrai doigt d’honneur. Bref, il arrête. Si je vous dis qu’il bipolaire un peu (c’est un verbe si je veux), c’est parce que la dernière fois que je l’ai vu, il m’a montré la couv’ de son prochain bouquin papier. Et là, il avait des étoiles dans les yeux, assez pour justifier de continuer.
L’industrie littéraire est aussi malade que brutale. Parce que les processus de sélection sont biaisés, les canaux sont bouchés, ne fonctionnent plus. Je dis ça hors jugement de valeur, je fais le constat : avec des dizaines de milliers de manuscrits reçus chaque année, il me semble impossible de faire correctement son boulot de lecteur pour les éditeurs. Le tri est bâclé, faute de main d’œuvre, faute d’argent dans les caisses. Du coup il est plus simple de se tourner vers les manuscrits qu’ « on » conseille. Ca écrème. Mais l’éclectisme prend une claque dans les dents car les textes viennent toujours des mêmes contacts, sans parler des directeurs de collection incapables de voir plus loin que leur goût pour signer des livres qui pourraient plaire à d’autre. Je n’ai pas la solution, tant le problème est vaste, humain, budgétaire et philosophique.
Je n’ai pas vécu de réécriture sauvage d’un de mes bouquins, je n’ai pas été ignoré par un mec qui m’a signé. Peut-être qu’au lieu de pleurer j’aurais foutu un falcon punch dans la gueule du type d’en face avant de lui rendre ses à-valoir et rompre le contrat. Peut-être que j’aurais fermé ma gueule. Je serais curieux de le savoir. Ce dont j’ai la certitude, c’est que j’ai appris à apprivoiser et apprécier un médium : la littérature. Je la trouve aussi nécessaire qu’excitante, un gigantesque terrain de jeu, défouloir pour écrivain et lecteur. J’ai honte de la production globale de mon pays, surtout face à l’offre étrangère. On a peut-être quelques pépites de ci de là, mais on mérite mieux que ça, les lecteurs méritent mieux que ça et notre culture mérite mieux que ça. Je voulais faire la liste des défauts de l’Edition, mais je manquerais de place et ça ne servirait à rien. Mais William n’y a, pour l’instant, pas survécu. Et très sincèrement, je pense que l’Edition s’en contrefout.
Moi je suis tout neuf, j’ai plus d’envie que de colère ou de fatalisme. Je crois qu’il est possible de se faire une bout de place, de jouer des coudes avec les bonnes personnes, de travailler avec des individus corrects et de mettre une jolie pierre sur l’édifice. C’est en tout cas ce vers quoi je tends. Coincé en salle d’embarquement depuis plusieurs années, j’ai mon cutter entre les dents et j’attends que de monter dans l’avion pour tenter de le détourner. William Rejault a débarqué d’un système qu’il ne supportait plus. Et pour avoir connaissance d’une partie de ce qu’il ne vous a pas dit, je le comprends un peu. Même si je maintiens que, parfois, une bonne tarte à l’ancienne dans la gueule de celui qui vous manque de respect… De toute façon, écrire ça ne demande rien comme matos, juste un peu d’énergie. S’il veut revenir il reviendra. Et je me foutrai de sa gueule. Ca sera cool.
Sinon, moi, je suis toujours là. Je tapote sur Word la nuit.
D’un côté tu es conscient qu’un lecteur/éditeur (ou "les", de toute façon la quantité ne change rien vu le nombre d’aspirant écrivaillons) ne peux plus humainement faire le tri correctement et proposer une offre censé, variée ect ect, et d’un autre tu crois qu’il est possible de se faire sa place?
Toi qui t’interesses au milieu, voir fréquente des "Book&Money-Pimp" (J’ai pas tout suivi à ce sujet mais tu avais l’air d’être bien accroché à un en particulier) tu penses que ça marche au piston dans la majorité des cas aujourd’hui?
On a pas du lire le même article. "Annoncer se retirer de la vie littéraire". Tu fais pas un peu ta dramaqueen ?
Quand à l’utilisation des termes psychiatriques pour désigner des réactions de souffrance, je trouve ça facile. Mais c’est pas que toi, hein. Ils emploient tous le mot "schizo" "hystérique", etc…sans savoir ce que cela veut dire. Quand à dire que je n’y ai pas survécu, après cinq livres, de nouveau, je le redis : on n’a pas du lire le même article.
euh j’ai plutôt l’impression à la lecture de l’article que M.Réjault annonce juste qu’il aimerait pouvoir changer de crèmerie. Ou encore qu’il aime écrire et qu’il aime être lu mais que le problème à résoudre se situe dans l’étape intermédiaire.
Peut être qu’avec déjà une "fanbase" il pourrait tenter l’auto édition mais pour manger ça commencera à être dur..
Sans entrer dans le débat autour de l’article de William Réjault, ni autour du monde de l’édition, juste :
"J’ai honte de la production globale de mon pays, surtout face à l’offre étrangère. On a peut-être quelques pépites de ci de là, mais on mérite mieux que ça, les lecteurs méritent mieux que ça et notre culture mérite mieux que ça. "
Mais tellement.
No problemo, l’Edition et son cortège de tu-me-lis-s’teu-plait-on-est-dans-le-même-réseau, c’est bientôt fini.
Numérique, plateformes communautaires… ça va prendre quelques années, mais c’est clair qu’au niveau oxygénisation des "repérages de perles", "prescriptions" et autres "recommandations", ça va être beaucoup, mais alors vraiment beaucoup plus ouvert.
Tiens, je viens de lire l’article de William Réjault (ne faisant pas partie de sa fan base et n’ayant a priori rien à foutre de ses livres _ non, William, ne te jette pas sous le métro, attends la fin du com’ _ j’avais un peu la flemme, je dois dire, mais sa mise au moint clinique ici m’a intrigué). Bref, je le trouve très bien, son article, très posé, et finalement très positif compte tenu des nouvelles possibilités à venir en marge de l’Edition.
(mise au point*)