1007 – Whiskristmas

Dimanche matin, j’ai réussi à convaincre mon plus jeune cousin Savoyard de prendre la voiture et de nous conduire, mon frère et moi jusqu’à Genève pour une mission Burger King. Nous avions fière allure, dans la petite voiture jaune avec du Snoop Dog à fond, quand nous avons passé la frontière. A la gare de Genève nous avons récupéré Iris, qui venait faire un featuring dans notre futur bon souvenir de Noël. Puis ce fut direction l’aéroport, dans lequel nous avons déambulé un moment avant de trouver le seul Burger King de la région. Quinze francs suisses chacun plus tard et nous étions posés avec nos frais Whopper. J’avais opté pour le temporaire du moment : le Bourbon Whopper, avec ses onions rings panés et sa sauce au Bourbon. Mon enthousiasme réussit à convaincre mon palais que c’était la meilleure idée du monde, culinairement parlant. Un hug et un cadeau d’adieu à Iris plus tard, et nous repartions vers la France à travers les champs aussi déserts que couverts de neige.

Quand on fait le calcul, ce Noël n’était pas si mal que ça. Okay, avec deux pauvres tranches j’ai à peine eu assez de foie gras pour l’année, mais le reste se tenait. Plus les réveillons passent, mieux je supporte la famille que j’apprécie de voir, quitte à passer des heures à l’arrière d’une voiture à rattraper mon retard musical de l’année. Puis niveau cadeau, j’ai eu pile ce que je voulais sans avoir à trop le demander. J’ai scoré un tas de nouvelles chaussettes qui vont bien, le genre que j’ose pas mettre tellement elles me semblent parfaites sur leur petit présentoir. Mon frangin a eu la présence d’esprit de me prendre un porte capsules Nespresso. A ce rythme mon appartement va finir par ressembler à quelque chose. Iris a commis un attentat contre ma perte de poids avec un petit pot de crème de noisettes. Notons le colis de lecteur JpSiffert qui lui aussi m’a chargé en sucre pour les fêtes. Pile quand je fais pas d’exercice, bande de petits malins.

De mon côté j’ai couru de partout pour offrir des bouquins de qualité à la famille. Mais ma quête de cadeaux est loin d’être bouclée vu que je dois arroser encore une ou deux personnes. Seulement j’ai passé la fin de mois au bord de l’interdit bancaire (merci les billets de train et l’ultime renouvellement de ma carte 12/25) et tout reste à faire. Quelque part l’esprit de Noël va me travailler jusqu’à mi-janvier facile avec ces conneries. Ca attendra néanmoins que je boucle Donkey Kong Country Returns et Sonic Colours. Parce que les fêtes c’est aussi dépoussiérer la Wii et rattraper mon retard vidéoludique avant de retourner sur la Xbox en 2011. Je cours après les bananes en me gavant de papillotes. Aussi je cours après mes amis Lyonnais. Parce que la famille c’est aussi le best friend forever, les potes de lycée, les amis de fac. Et que ces vacances sont vraisemblablement les dernières avant la dernière ligne droite stage interminable et cdd sans congés. Allez, j’ai mérité un retour de Coca Zero.

Le soleil se couche sur l’autoroute du retour. J’ai passé une heure le nez collé à la vitre pour admirer les montagnes enneigées, les grands sapins blancs, les lacs gelés et autres vallées le long du trajet. Mes pieds grelottent encore de la neige qu’ils ont foulée en rentrant de Genève. Alors j’agite mes doigts dans mes chaussettes neuves.

Ouais, c’était un bon Noël.

FUN FACT STAGE !!!

En Australie, Burger King s’appelle Hungry Jacks.

1006 – Can’t Stop / Won’t Stop

Pour ma millième note de blog, j’avais plein d’idées.

Je voulais refaire le design du site. Une page plus large, mieux agencée, avec plus de visuel. Je voulais reorganiser les pages annexes, faire un listing complet des critiques rédigées au fil des ans. Je voulais mettre mon résumé de thèse sur Bad Boys II ce jour-là. Je voulais faire faire un dessin par un ami me représentant en train d’arpenter l’enfer. Finalement je n’ai pas eu le temps, je n’ai pas eu le courage. Je n’ai pas choisi le jour, ni la période entre les cours, les fêtes et la recherche de stage. Alors j’ai opté pour l’extrême inverse : non seulement ne rien changer, mais produire la note la plus courte du monde. Trois mots pour signifier que le temps passait dans ma petite histoire à suivre. J’ai reçu des commentaires d’incompréhension, quelques messages d’insultes. Mais vous avez eu une réaction violente. Vous étiez impliqués. Mais les stats n’ont pas menti. Un peu plus de 1250 pages vues (30% de mieux), vous étiez tous là. Merci.

En réalité, je savais depuis presque un an ce que j’allais écrire pour la note 999 et ses suites. Le plus difficile aura été de tenir jusque-là. Le nombre de fois où j’ai pensé que c’était une idée stupide, ou trop longue, ou trop sans intérêt. C’est mon blog, il fallait que je le fasse comme j’avais envie. Alors j’ai préparé autant que possible l’histoire dans ma tête. Je vous ai préparé vous avec des rappels à plusieurs reprises aux notes 666, 777 et 888. Et c’est passé. Je n’avais qu’un jour d’avance d’écriture sur la mise en ligne, mais j’ai publié ma petite nouvelle en 9 x 750 mots. Vous avez tout lu. Pas tous, je me doute. La plupart avez tenu bon face à mon petit exercice de style et vous m’avez récompensé à coup de commentaires encourageants. Merci encore. Je ne le referai sûrement pas, une fiction sur une semaine d’affilée. Reste que je suis content de l’avoir tenté, et autant que vous l’ayez appréciée.

Maintenant quoi ? Je ne vais pas arrêter mon blog, avec tout ce qu’il m’apporte de joies, d’émotions et de challenge personnel. Un ami m’a confié il y a peu considérer que j’étais encore un des derniers à faire du « vrai » blog à l’ancienne. Les gens se sont spécialisés en journalistes amateurs, en décortiqueurs marketings ou en photographes plus ou moins bons. Ceux qui écrivent sur tout, sur eux, ceux « qu’on a l’impression de connaître » sont peu, se raréfient. Je me suis senti à la fois flatté et investi par son avis qui représente bien ce que j’essaie de faire depuis le début : partager une partie de mon intimité (extimité). Des morceaux de vie entre deux tranches de découvertes et de réflexions sur tout et n’importe quoi. Le chaos organisé en série de notes, pour vous et pour moi. Si je n’ai pas refait la peinture, je ne m’interdis pas de m’y atteler quand j’aurai un peu de temps. Tout comme je vais essayer de me détendre.

A un moment j’avais décidé de descendre à trois notes par semaine, parce que j’avance, que j’ai besoin de temps pour écrire d’autres choses, pour bosser ma vie d’adulte et faire un peu l’amour si possible. Finalement je n’en suis pas encore là, à diviser ma production par deux. Ceci dit j’ai prouvé que je pouvais tomber mille notes quotidiennes. C’est fait. Record atteint, médaille en chocolat et tout. A présent si un jour je ne veux/peux rien écrire, je me le permettrai. Tout comme la présence d’images dépendra à la fois du sujet, de mon inspiration et de mon temps. Ou bien je pourrais faire des notes courtes, une photo et quelques lignes, ou inversement. Demain je serai là, la semaine d’après, le mois d’après aussi. Si vous continuez de passer me lire, que ce soit quotidiennement ou sporadiquement, merci, big up et high five.

Je vais essayer de me détendre. Je crois que je l’ai mérité. Je crois.

1005 – HellBound Finale

Okay, donc il m’a coupé le bras.

Je mets du temps à réagir parce que son coup a cautérisé immédiatement. Mon sang n’est pas en train de gicler partout et je ne suis pas en train de paniquer. Seulement, je suis sous le choc. Deuxième temps, j’ai mal, et je m’écroule à terre en pleurant. De son côté il dénoue tranquillement le Banhammer de ma main libre. Quelques tours de lanières plus tard et la gravité reprend ses droits : le marteau chute. Il se désintègre dans une poussière d’éclairs blancs avant de toucher le sol.

- Curieux article, cela faisait bien longtemps que je ne l’avais pas vu. Je me demande comment tu as pu mettre la main dessus.

L’air que je peine à faire siffler entre mes dents serrées ne suffit pas à produire une réponse correctement articulée.

- Ne me dis rien, j’aime les mystères. Et les surprises, comme ta venue aujourd’hui. Que me vaut le plaisir ? A part les amabilités habituelles ?

Tu m’as volé ma vie connard. Ca non plus ne franchit pas mes lèvres. Plié en deux, je cherche un moyen qui n’existe pas de faire taire la douleur. J’ai envie de mourir, encore.

- Oui, bon, j’avoue j’ai triché. Un peu.

Quoi ?

- Mais j’allais te prévenir à terme, sois en certain. D’ailleurs je te surveillais au cas où. Prends ton séjour ici comme une… farce.

Mais de quoi est-ce que tu parles ?

- De ta venue en enfer. Je ne possède pas vraiment ton âme, le contrat n’a pas été consommé. Si tu es ici c’est uniquement par représailles vis-à-vis de l’histoire du couteau dans ton appartement. Lame en toc au passage, peu importe combien tu l’as payée, le vendeur finira en enfer sois en certain.

Une fois de plus je dois bloquer les influx nerveux qui saturent mon crâne pour produire mentalement une réponse à peu près construite. Comment ça le contrat n’a pas été consommé ?

- Tu as signé pour une aide à l’écriture de mille notes de blog. Tu as rédigé mille notes de blogs, mais sans aucune aide, sans autre artifice que ta volonté, ton imaginaire et le temps passé sur l’ordinateur. Oh et bonne part de stupidité aussi si tu veux mon avis. Je n’ai pas eu à intervenir une seule fois. Tu ne me dois rien, le contrat est nul et non avenu.

Quelque chose vient de se briser en moi. La souffrance, les années d’errance, le stress, la fatigue, tout vient s’entrechoquer dans une explosion qui pulvérise ce qui me restait de composition. Je ferme les yeux et achève ma chute contre le sol avant de perdre connaissance.

Je me réveille sur la moquette de mon studio parisien. En face de mon œil endormi : un demi Chocapic oublié. Je remarque en me relevant que je possède mes deux mains, et qu’elles sont dans un relatif bon état. Mes cheveux ne me tombent plus sur mes yeux et ma barbe semble avoir repris une taille normale. Titubant dans la pénombre, éclairé par les phares du bus 96 sous ma fenêtre, j’allume mon ordinateur qui m’indique la date du dimanche dix-neuf décembre.

- A la minute près.

Je me retourne dans une montée d’adrénaline, mais personne.

- Comme au bon vieux temps, hein “patron” ?
- Allons, te voilà de retour chez toi, plus besoin de me faire de la lèche. De plus, tu es libre.
- A quelle condition ?
- Aucune, rien. C’est une promesse. Et je tiens toujours mes promesses.
- Et ces années en enfer c’était quoi ?
- Disons que j’ai mal vécu ce sursaut d’insurrection alors que je passais pour une visite de courtoisie. A aucun moment je ne t’ai mentionné une éventuelle dette ou un éventuel paiement. Souviens-toi, tu m’as attaqué sans provocation

Je prends le temps d’essayer de me rappeler. Effectivement. Un point pour l’équipe démon.

- Pour ce que j’en ai retiré.

Le silence a repris la place que son départ a laissé. Pas un au revoir. Je ne sais pas si je dois en conclure quelque chose. J’essaie d’être en colère, de casser quelque chose de rage. Mais mon corps est en bon état, je ne ressens rien d’autre que l’air frais de la fenêtre contre ma peau. Même mon esprit semble être nettoyé, purgé. Dans les films les héros ont toujours un souvenir de leur aventure imaginaire pour leur rappeler à quel point elle était réelle. Je n’ai rien, à part mes souvenirs, qui je le sais vont lentement se flouter. J’éteins l’ordinateur et m’affale sur mon lit.

Je serai en colère plus tard. Je crois que ce soir je veux surtout ne rien faire. La note 1000 de mon blog peut aller se faire foutre, tout comme celles de la semaine à venir. Je ne vais rien écrire, prévenir personne, prendre sept jours et un Noel de vacances. Pas une ligne.

Pas un mot.