1036 – Book Review 168

Il est de ces cours si longs, que même la plus puissante des connexions internet ne peut vous extirper de l’ennui. Je me suis souvenu que j’étais un client Amazon, et qu’il existe un logiciel Kindle sur PC pour lire ses livres sur son ordinateur. Alors que le prof s’égosillait à nous raconter pour la millième fois le cas Nespresso et Apple, j’ai acheté un ebook, que j’ai pu commencer à lire peinard derrière mon écran. Pour la petite histoire, une fois rentré chez moi, un coup de synchro wifi et j’avais mon livre et mon marque page sur mon eReader. Ca, si vous achetez un livre en France, vous pouvez pas le faire. Parce que tous les acteurs du milieu sont stupides. Anyway. Je me suis plongé dans Harmony, de Project Itoh (c’est un pseudo), un techno thriller qui m’a non seulement sauvé de ce cours abominable mais m’a tenu en haleine le reste de la semaine.

Après la troisième guerre mondiale, nucléaire, les gouvernements se sont effondrés pour laisser la place à des sociétés ultra médicalisées. Le lifeïsme est le nouvel ordre mondial. Quatre-vingt pour cent de la population mondiale vit équipé de nanobots qui surveillent en permanence leur santé et transmettent les données à un serveur central. Toutes les maladies ont été éradiquées et la vieillesse est la dernière sur la liste. La vie privée, les conflits et la dépression n’existent plus et la race humaine tend à l’uniformisation. Une situation intenable pour Miach, adolescente Japonaise, qui entraîne ses amies dans un pacte de suicide. Si Miach y reste, Tuan est sauvée à temps par les secours et finit par grandir malgré elle. Adulte désabusée travaillant à la négociation dans les dernières zones de conflit au monde, Tuan doit revenir au Japon, dans cette société qu’elle méprise, lorsqu’un groupe terroriste réussit à se faire se suicider plusieurs milliers de personnes au même moment à travers le monde.

En lui-même le roman est très bon. Le worldbuilding est impeccable, l’auteur démontre une bonne connaissance en géopolitique et culture générale (on cite des auteurs de tous les pays, l’histoire se déplace dans le désert des Touaregs puis en Tchétchénie en passant par le Japon). La science est aussi propre, très hard-scifi avec des tonnes de précisions crédibles. La trame assure avec un récit ponctué de flashbacks, rebondissements et moments bien bruts qui prouvent que l’on est pas en train de lire une dystopie pour ados. J’ai particulièrement apprécié la longue et complexe thématique philo autour de la conscience, du libre arbitre et du suicide. L’auteur ne choisit pas son camp, pas plus que l’héroïne et laisse le lecteur se faire sa propre idée. Dans un second temps le livre possède une résonnance particulière de par son origine. Un auteur japonais qui brode sur une société aseptisée sans émotions où la jeunesse préfère se suicider au lieu de se conformer, ce n’est pas anodin.

Quand on sait aussi que Project Itoh, l’auteur, a corrigé son manuscrit sur son lit de mort, à l’hôpital, avant de décéder d’un cancer, ça remet le livre en perspective. Un bon techno-thriller, une dystopie bien troussée, une réflexion philo, une radiographie de la société japonaise actuelle, Harmony est tout ça à la fois. Pris à fond dedans du début à la fin, je ne peux que le recommander chaudement.

Cours chiant à en crever ou pas d’ailleurs.

En anglais chez Amazon.fr ou version Kindle sur le .com.

1035 – How Do You Know

- Comment tu sais que tu es bon ?

C’était jeté comme ça, entre le croque et l’absence de dessert, la question à un million. Comment est-ce que moi, Matthias, je sais que ce que j’écris c’est bien ? Comment je sais que je suis bon ? J’ai eu un moment de pause, à réfléchir non pas aux arguments que j’allais pouvoir dérouler, mais à comment présenter la seule et unique bonne réponse à cette question. Parce qu’en vérité, si vous répondez quoi que ce soit d’autre que « parce que je le sais », vous avez tort, vous êtes à côté de la plaque. Accessoirement vous n’avez pas vu Matrix, et n’avez pas retenu que l’on n’est pas le meilleur quand on le croit, mais quand on le sait. Ce qui fonctionne pour le meilleur fonctionne aussi pour toute barre arbitraire au dessus de laquelle on veut se trouver.

Je discutais de ça il y a quelques temps avec Navo, qui me disait qu’en vrai, j’étais un faux modeste. Mais pas que moi, tout le monde, dans un monde où il est quasiment impossible de s’affirmer sans passer pour un vantard ou un prétentieux. Le fait est que pour essayer quelque chose, un concours, un scénario, un roman, un spectacle, il faut à un moment savoir que l’on est au niveau. Sinon on ne tente pas, on n’envoie pas, on laisse le temps passer et on fait autre chose. Chaque type qui a un jour essayé, savait sur le moment, au moins au fond, qu’il était bon. Même un bref instant, la minute furtive où l’on envoie un mail, l’après midi où l’on fait le tour des éditeurs, le weekend dans un festival à démarcher. Le plus drôle, c’est que bien souvent, la plupart du temps, ils ont tort, j’ai tort. On est peut-être bon, mais pas assez. Sauf que c’est pas le problème.

L’important c’est de croire qu’on sait, assez pour agir.

Bien sûr, parfois, on l’est pour de vrai, bon. On accumule des bribes de compliments, des preuves, tel un détective de sa propre personne. On construit un dossier, une somme qui prouve la valeur. La personne en face ne se satisfait forcément pas de la réponse qui vient des tripes. Elle n’a de sens que pour vous. Alors on déroule les témoins, les pièces à conviction, et au bout d’un moment, votre interlocuteur finit par vous croire. Vous avez démontré votre valeur. Et c’est aussi pratique dans les moments de doute, de se raccrocher à quelque chose de plus tangible qu’une confiance en soi qui va et qui vient. Tout comme on sait que quand on croyait être assez bon quelques années plus tôt, on ne l’était pas vraiment. Mais maintenant c’est différent, cette fois on sait. On sait qu’on est bon.

Alors la prochaine fois qu’on me posera la question, avant que j’explique en long, en large et en travers pourquoi je suis bon, j’aurai un sourire un coin. Le même que vous avez. Quand vous savez que vous êtes bon.

Que ce soit vrai ou pas.

1034 – French Writers 1.5

J’aime bien le cabinet de lecture de Rue 89. Principalement parce que son auteur, le critique Hubert Artus est un bisounours. Jamais un mot à côté de l’autre, une capacité incroyable à être neutre vis-à-vis de l’histoire de PPDA ou autres remous de l’édition. Récemment on a pu lire dans sa rubrique un article qui interrogeait quelques auteurs sur les changements induits dans leur métier par internet. On y apprend qu’envoyer des emails à son éditeur, c’est pratique, que les fans peuvent vous envoyer des messages, c’est touchant, et que c’est beaucoup plus simple pour se documenter, confère Michel et Wikipédia. Bon, en gros, demander à des quadras germanopratins s’ils kiffent leur freebox ça revient à demander à ma mère en quoi sa vie à changé depuis internet. Le résultat de la micro enquête, c’est qu’on peut faire les mêmes trucs qu’avant, mais en plus rapide et sans sortir de chez soi.

TROP BIEN !

Certes je ne suis qu’écrivaillon, je ne signe pas mes manuscrits, mais je peux vous dire comment mon boulot a évolué en quinze ans (techniquement j’ai commencé à écrire des nouvelles sur du papier, pendant des années, avant d’avoir un ordinateur). Voici ce qui change. Le plus gros bouleversement en ce qui me concerne c’est que je peux bosser de partout. Avec le stockage dans le cloud, la dropbox et autre skydrive, mes manuscrits me sont toujours accessibles, partout, tout le temps. Je veux écrire quelques lignes en fin de soirée chez des amis, ou pendant des vacances chez mes grands parents, ou sur l’ordi familial. Je peux. Je ne suis pas dépendant de mon ordinateur, de mon disque dur, de mon paquet de feuilles non triées, de mon calepin. C’est pour moi le changement le plus majeur et fondamental.

Ensuite, aller checker de la documentation sur Wikipédia, c’est pour les noobs planqués en Irlande avec leur chien. Avec Facebook et Twitter j’ai un panel sous la main dès que j’ai une question technique. Quand j’ai eu besoin de la référence d’un appareil photo d’il y a dix ans, je n’ai pas cherché, j’ai demandé. Toute la nuance est là. La réponse m’est venue par voix humaine, avec un affect et je pouvais poser plus de questions si je le souhaitais. Dans le même ordre d’idées si j’ai besoin de conseils, d’expérimenter une technique narrative, je peux utiliser mon blog comme laboratoire. L’écriture quotidienne en plus de muscler mon style et ma discipline me permet d’aller chercher d’autres choses, de me pousser ailleurs. Et j’ai souvent répété que vos commentaires, votre feedback était une de mes plus puissantes et précieuses sources de motivation.

Alors j’ai bien un ou deux auteurs en tête en France qui utilisent vraiment les Internets. William Rejault a publié un livre en feuilleton sur iPhone, Tatiana De Rosnay est très présente sur Twitter. Mais rien à voir avec les Etats-Unis où des écrivains ont intégré beaucoup plus profondément le numérique dans leur manière de fonctionner. Joe Hill, le fils de Stephen King, blogue et organise régulièrement concours et vente aux enchères pour promouvoir des associations. Chuck Palahniuk vend des cours d’écriture et donne chaque mois son avis sur des nouvelles écrites par ses fans sur ses forums.

Tellement de choses sont possibles, les usages évoluent et j’aime rester à l’affut de toutes les idées que je n’ai pas le temps d’avoir à ce sujet. Sur ce, je retourne dans ma Dropbox.

Sinon, la prochaine fois qu’on voudra écrire un article pour savoir si c’est cool les emails et wikipédia, pas la peine de déranger des auteurs. Ma mère est dispo et peut répondre pareil.