Il est de ces cours si longs, que même la plus puissante des connexions internet ne peut vous extirper de l’ennui. Je me suis souvenu que j’étais un client Amazon, et qu’il existe un logiciel Kindle sur PC pour lire ses livres sur son ordinateur. Alors que le prof s’égosillait à nous raconter pour la millième fois le cas Nespresso et Apple, j’ai acheté un ebook, que j’ai pu commencer à lire peinard derrière mon écran. Pour la petite histoire, une fois rentré chez moi, un coup de synchro wifi et j’avais mon livre et mon marque page sur mon eReader. Ca, si vous achetez un livre en France, vous pouvez pas le faire. Parce que tous les acteurs du milieu sont stupides. Anyway. Je me suis plongé dans Harmony, de Project Itoh (c’est un pseudo), un techno thriller qui m’a non seulement sauvé de ce cours abominable mais m’a tenu en haleine le reste de la semaine.
Après la troisième guerre mondiale, nucléaire, les gouvernements se sont effondrés pour laisser la place à des sociétés ultra médicalisées. Le lifeïsme est le nouvel ordre mondial. Quatre-vingt pour cent de la population mondiale vit équipé de nanobots qui surveillent en permanence leur santé et transmettent les données à un serveur central. Toutes les maladies ont été éradiquées et la vieillesse est la dernière sur la liste. La vie privée, les conflits et la dépression n’existent plus et la race humaine tend à l’uniformisation. Une situation intenable pour Miach, adolescente Japonaise, qui entraîne ses amies dans un pacte de suicide. Si Miach y reste, Tuan est sauvée à temps par les secours et finit par grandir malgré elle. Adulte désabusée travaillant à la négociation dans les dernières zones de conflit au monde, Tuan doit revenir au Japon, dans cette société qu’elle méprise, lorsqu’un groupe terroriste réussit à se faire se suicider plusieurs milliers de personnes au même moment à travers le monde.
En lui-même le roman est très bon. Le worldbuilding est impeccable, l’auteur démontre une bonne connaissance en géopolitique et culture générale (on cite des auteurs de tous les pays, l’histoire se déplace dans le désert des Touaregs puis en Tchétchénie en passant par le Japon). La science est aussi propre, très hard-scifi avec des tonnes de précisions crédibles. La trame assure avec un récit ponctué de flashbacks, rebondissements et moments bien bruts qui prouvent que l’on est pas en train de lire une dystopie pour ados. J’ai particulièrement apprécié la longue et complexe thématique philo autour de la conscience, du libre arbitre et du suicide. L’auteur ne choisit pas son camp, pas plus que l’héroïne et laisse le lecteur se faire sa propre idée. Dans un second temps le livre possède une résonnance particulière de par son origine. Un auteur japonais qui brode sur une société aseptisée sans émotions où la jeunesse préfère se suicider au lieu de se conformer, ce n’est pas anodin.
Quand on sait aussi que Project Itoh, l’auteur, a corrigé son manuscrit sur son lit de mort, à l’hôpital, avant de décéder d’un cancer, ça remet le livre en perspective. Un bon techno-thriller, une dystopie bien troussée, une réflexion philo, une radiographie de la société japonaise actuelle, Harmony est tout ça à la fois. Pris à fond dedans du début à la fin, je ne peux que le recommander chaudement.
Cours chiant à en crever ou pas d’ailleurs.
En anglais chez Amazon.fr ou version Kindle sur le .com.
Je discutais de ça il y a quelques temps avec Navo, qui me disait qu’en vrai, j’étais un faux modeste. Mais pas que moi, tout le monde, dans un monde où il est quasiment impossible de s’affirmer sans passer pour un vantard ou un prétentieux. Le fait est que pour essayer quelque chose, un concours, un scénario, un roman, un spectacle, il faut à un moment savoir que l’on est au niveau. Sinon on ne tente pas, on n’envoie pas, on laisse le temps passer et on fait autre chose. Chaque type qui a un jour essayé, savait sur le moment, au moins au fond, qu’il était bon. Même un bref instant, la minute furtive où l’on envoie un mail, l’après midi où l’on fait le tour des éditeurs, le weekend dans un festival à démarcher. Le plus drôle, c’est que bien souvent, la plupart du temps, ils ont tort, j’ai tort. On est peut-être bon, mais pas assez. Sauf que c’est pas le problème.
Bien sûr, parfois, on l’est pour de vrai, bon. On accumule des bribes de compliments, des preuves, tel un détective de sa propre personne. On construit un dossier, une somme qui prouve la valeur. La personne en face ne se satisfait forcément pas de la réponse qui vient des tripes. Elle n’a de sens que pour vous. Alors on déroule les témoins, les pièces à conviction, et au bout d’un moment, votre interlocuteur finit par vous croire. Vous avez démontré votre valeur. Et c’est aussi pratique dans les moments de doute, de se raccrocher à quelque chose de plus tangible qu’une confiance en soi qui va et qui vient. Tout comme on sait que quand on croyait être assez bon quelques années plus tôt, on ne l’était pas vraiment. Mais maintenant c’est différent, cette fois on sait. On sait qu’on est bon.
Alors la prochaine fois qu’on me posera la question, avant que j’explique en long, en large et en travers pourquoi je suis bon, j’aurai un sourire un coin. Le même que vous avez. Quand vous savez que vous êtes bon.