1062 – Fueled

Les réactions face à l’article de lundi dernier m’ont un peu étonné. J’y retranscrivais un court texte de motivation de l’auteur Chuck Palahniuk. Pas mal de commentaires indignés, en mode c’est jeter des miettes aux affamés, les ateliers d’écriture de toute façon c’est de la merde, ce discours a été écrit par captain obvious. Etonnamment, ceux qui validaient le plus la démarche de Chuck (et la note) sont mes amis qui sont payés depuis des années pour écrire des trucs. Preuve s’il en est que la réussite rend humble. Tout comme l’absence de réussite se compense parfois par de l’arrogance. Et je dis ça sans jugement de valeur puisque je m’en sers aussi pour avancer. De l’arrogance, de la prétention, des certitudes. Parce qu’en vrai, dans ce genre de boulots/rêves, tout carburant est bon à prendre.

Je ne radote pas, j’aborde le sujet sur un angle différent. Mais une fois encore je ressens le besoin de parler de l’importance de toutes ces petites choses qui vont faire que temps, motivation et énergie vont converger assez longtemps pour que j’abatte quelques lignes de prose. C’est un peu comme les alignements d’étoiles dans l’espace : ça n’arrive quasiment jamais ! Il faut forcer l’univers. Par exemple le temps c’est très relatif, ça se trouve, ça s’étire, ça se déplace. La motivation et l’énergie aident. Et pour ça… En l’absence de succès tangible, de réussite claire ou d’un chèque à la fin du mois, il faut chercher d’autres sources pour alimenter la flamme. Là effectivement chacun est plus ou moins sensible à différents stimulus. Effectivement si vous ne voyez pas qui est Palahniuk ou si vous n’avez aucun affect positif sur son œuvre oui lui-même c’est compliqué.

En ce qui me concerne j’ai remarqué que les séries/films avec des gens qui écrivent ou qui ont des rêves me boostent bien. On peut trouver tous les défauts du monde à Californication, n’empêche qu’à la fin d’un épisode je suis souvent reboosté. Ça marche aussi dans une moindre mesure avec How To Make It In America. Sinon chaque fois que j’écris un bout de texte je l’envoie à ceux dont je sais qu’ils devraient aimer. Recevoir le mail retour en mode « yay c’est top continue toussa t’as vu ! » devient primordial pour contribuer à remplir la jauge. Sinon il y a des bouquins que je lis, des bouquins qui sortent, ou bien des conversations. Raconter l’histoire d’un manuscrit me donne souvent une idée ou deux, qui me poussent à essayer de les intégrer. Et donc d’écrire. C’est une poursuite sans fin de petites motivations qui ne demandent qu’à être mises bout à bout.

Alors ouais, pour moi un bon discours de motivation par une figure que j’estime fonctionne aussi bien que le speech d’un coach à la mi temps dans les vestiaires à son équipe en train de perdre la finale du championnat. C’est un besoin, un shoot, une nécessité en l’absence d’autre chose.

L’important c’est de trouver ce qui marche pour vous.

1061 – Jurassic Plot Point

Quand j’ai vu Jurassic Park, j’avais six ans (la dernière fois, j’en avais 23). Et forcément j’ai hurlé de traumatisme infantile à plusieurs reprises le long du film. La scène qui m’a le plus stressé (ce pendant des années après) est celle où l’informaticien obèse Nedry se fait prendre en embuscade dans la nuit, sous la pluie, par des dinosaures fictifs cracheurs de venin (en vrai ils crachent pas et ils frétillent pas des oreilles). La tension du passage, l’ambiance et les sons d’horreurs ont marqué mon cerveau au fer rouge. Mais moins que le plan juste d’après. Vous savez, celui où Nedry lâche les embryons qu’il a volé et qui ont tout déclenché et que ceux-ci se retrouvent enfouis sous une coulée de boue. Le plan est super long, comme s’il nous disait « Hé ! Regardez ! Des œufs de dinosaures ! Là ! Ca va être important ! ».

Sauf que non.

Les embryons ne réapparaissent ni dans le II (qui se passe sur une autre île), ni dans le III (qui se passe sur la même île mais plus tard). C’est comme si les mecs avaient foutu ça là dans le but de s’en resservir pour une suite (oh noes des mercenaires ont récupéré les embryons et ont fait… des trucs !) avant de finalement décider que non. En fait c’est un peu comme dans A la poursuite d’octobre rouge, où tu as un plan super long du cuisiner qui passe sa tête par la porte avec un air étrange genre « tin tin tin ! » et où finalement ça ne sert à rien (en réalité c’est une sous intrigue du bouquin qui a été tronquée en route dans le film). Je vous avais déjà parlé du pistolet de Tchekov. Le concept étant que si un coup de feu est tiré, on doit avoir vu le pistolet avant pour que ça ne sorte pas de nulle part.

Là c’est un peu le contraire. On vous montre un flingue, mais personne ne tire avec.

A moins que, presque vingt ans plus tard, quelqu’un de traumatisé par ce putain de plan de canette d’embryons sous la boue décidé qu’IL FAUT FAIRE QUELQUE CHOSE !!! Telltale Games développe un nouveau jeu tiré de Jurassic Park. Ca a l’air globalement très moyen est visuellement très moche. Mais le pitch est que tu joues un mercenaire qui doit aller récupérer les embryons volés par Nedry ! Fuck yeah putain ! Rien que pour ça je vais leur filer mon fric. Parce que ce sera une expérience cathartique. Je vais pouvoir évacuer pas loin de vingt ans de frustration cinéphilique. Enfin, ces quelques secondes de Jurassic Park vont prendre un sens, vont servir à un truc.

Dès lors, chaque fois que je reverrai le film, quand Nedry se fait vomir au visage par les dinos avant de se faire bouffer, j’aurais un petit sourire. Je saurais que le plan qui suit est UTILE.

Maintenant, il faudrait un remake d’A la poursuite d’Octobre Rouge pour s’occuper de la storyline du cuistot.

Puis on s’occupera de tous les autres !

TRAILER STAGE !!!

La bande annonce du jeu qui vient de réparer une névrose de vingt ans.