1057 – The Times, They Are a-Changing

[Bon. Mon stage me bouffe 101% de mon énergie, donc pour les images... pardon.]

Vous connaissez Wil Wheaton ? Moi non plus. En fait c’est un ancien acteur un peu has been, qui a joué dans le film culte Stand By Me de Rob Reiner et dans une des séries Star Trek pendant des années. Depuis il s’est reconverti en star un peu lose et joueur de poker. Bien lui en a pris puisqu’il cumule un million et demi de followers sur Twitter, ce qui est BEAUCOUP. Si je vous en parle, c’est qu’il essaie de se reconvertir en tant qu’écrivain et gratte du papier assez régulièrement. La semaine dernière il a pondu une nouvelle de 2500 mots (5 notes de mon blog) et, plutôt que de tenter de la fourguer aux magasines pour un prix dérisoire, il a décidé de la mettre en vente sur son blog. Le prix ? Ce que vous voulez, entre zéro et plus de neuf mille dollars.

Le modèle économique n’est pas neuf. Ca s’est déjà vu dans la musique par exemple. Mais là c’est sur une nouvelle, une petite nouvelle d’ailleurs. Le texte est disponible dans tous les formats du monde (mobi pour Kindle, ePub pour le reste du monde et PDF pour les imprimantes), sans DRM et sans feinte quelle qu’elle soit. On clique, on télécharge, on lit et on paye. Ou pas. En l’occurrence je n’ai pas versé un centime étant donné que j’ai trouvé la chute assez faible et qu’il y a une répétition moche dans le premier paragraphe (de l’abus un peu). Si là vous vous demandez encore pourquoi je fais un article sur un has been ricain qui a écrit une nouvelle qu’il vend/donne selon un système pas nouveau, je vais être simple : il est TRES connu. Et du coup ça va lui rapporter une masse indécente de pognon.

Entre ses 1 500 000 followers sur twitter et tous ceux qui le retwittent, je suis plus que complètement certain que plusieurs milliers de curieux vont lire le truc. Après tout, c’est que 2500 mots et c’est gratuit. D’après les dernières nouvelles les gens paient en moyenne 2$ pour la nouvelle. Imaginez que 1000 personnes (come on, c’est genre 0,6% de rien que ses followers à lui) et ça fait 2000$ de revenus (vu que personne d’autre que lui ne croque une part du gâteau, à part Paypal et encore…). On est pas loin d’un dollar par mot. Et ce n’est qu’un exemple. Alors oui, tout le monde n’a pas la fanbase de Wil Wheaton. Très clairement. Mais là c’est sur une seule nouvelle. On peut très bien imaginer qu’un type moyen avec une petite fanbase, sorte un recueil de nouvelles en kit, du type 1 pour 50cts, à intervalles réguliers. Quand on sait qu’un premier roman moyen en France paye 3000€, il en faut pas beaucoup pour arriver pareil en solo quand personne d’autre ne prend sa marge.

Les outils existent de plus en plus. Par exemple Paypal permet d’intégrer facilement des solutions de micropaiement sur un blog. La demande ne peut que progresser (les smartphones partout, les tablettes, les eReaders, les mentalités qui évoluent). Des exemples étrangers cartonnent (les romans à suivre sur téléphone au Japon). Depuis que je blogue dans mon coin je couine que non, ce n’est pas possible de s’auto produire avec succès en littérature en France bla bla bla. Je n’ai jamais dit que ce ne sera pas le cas un jour. Et je garde les yeux ouverts.

J’espère pour eux que les éditeurs aussi, parce que le meilleur moyen de ne pas se prendre la baffe dans la gueule, c’est de la voir venir et de l’accompagner.

INFINITE JEST STAGE !!!

Sinon, j’en suis à 10% de Infinite Jest…

1056 – Free Stuff Creep Me Out

Un été, dans ma prime jeunesse, j’ai été embauché comme balayeur smicard et je m’occupais entre autre des bureaux de Sanofi-Pasteur. C’était cool parce que j’étais persuadé qu’ils avaient des souches de virus motels et des vaccins secrets contre le cancer dans les sous-sols. C’était pas cool parce que ma boss était une marâtre qui hurlait et faisait faire des heures sups, de balayage. Du coup l’un des collègues, le basané chauve musclé et tatoué (no shit) se vengeait à taxant les machines à café de Sanofi Pasteur. En effet elles sont gratos. On pouvait se gaver en café/choco/soupe/thé. Sauf qu’on avait pas le droit de s’en/se servir, parce qu’on était des balayeurs indépendants. Et que donc pas de café gratos pour nous, quand bien même nous étions les seuls sur les lieux. La boss hurlait, mais nous on buvait petit à petit l’équivalent d’un second smic dès qu’elle tournait le dos.

Dans mon nouveau stage, c’est encore mieux. Il m’a fallu le temps de comprendre, enfin de croire surtout. Non seulement les boissons chaudes sont gratuites au distributeur, mais les cannettes aussi. C’est-à-dire que je peux, quand je veux, me lever et aller choper un coca zero. Face au frigo géant j’appuie sur un bouton et BIM, ça tombe. Ce malgré la présence d’une fente pour les pièces (l’excision appliquée aux distributeurs automatique : je reçois du plaisir mais je ne donne rien). La première fois j’y ai pas cru, je pensais à une blague. Mais, une fois la canette dans la main, j’ai repensé à toute la thune engouffrée dans les distributeurs de mon précédent stage. Cette cannette gratuite est en réalité une économie. Rapport au fait que sans caféine/bulles dans la journée je ne tiens pas des horaires de bureau sans m’effondrer en pleurant. True story.

Bon, maintenant j’ai un nouveau problème, c’est que je vais pas oser aller gratter autant de coca zero que je peux/veux/ai besoin. J’arrive pas trop à faire comme ces gens qui, dès qu’on leur propose des trucs gratuits, se lâchent comme c’est pas permis. Il s’agit sûrement d’un problème de retenue, à moins que ce ne soit mon éducation, ma timidité ou je ne sais quoi. Chez Sanofi Pasteur je buvais 2 choco à l’heure parce que c’était de la défiance, un doigt levé en secret face à ma patronne maléfique. Le but du jeu était de taxer autant que possible. Là non seulement j’ai le droit, mais en plus on me traite bien. Le coca zéro n’a pas le gout de rebellion, mais de nécessité, et un peu de culpabilité imaginaire. Ce qui du coup me bloque un peu.

J’ai des vrais problèmes dans ma tête je crois.

Mais je vais me soigner. En commençant par aller chercher un coca. Maintenant. Genre tout de suite. Enfin, quand personne me regardera.

1055 – Motivational

Si vous allez devenir écrivain il n’y a rien que je puisse dire qui empêchera ça. Et si vous n’allez pas devenir écrivain, il n’y a rien que je puisse dire qui fera de vous un écrivain.

Donc si vous allez devenir écrivain c’est déjà plus ou moins gravé dans le marbre. Et si tel est le cas je veux vraiment vous féliciter. Parce qu’il y a plein de choses à faire dans la vie. Il y a la lessive, il y a la poussière, il y a les courses pour manger. Il y a toutes ces choses qu’il faut faire pour pouvoir avoir ces dix ou vingt minutes pendant lesquelles vous êtes un écrivain. Et vous avez tous réussi à faire toutes ces corvées, vous faites tout, et vous faites ça [écrire] en plus. La plupart des gens ne font pas ça. La plupart des gens sont content d’avoir fait la poussière et bonne nuit.

Et vous faites tout ça, et vous vous autorisez assez de temps et d’énergie qu’il vous reste pour écrire. Ceci en soi est remarquable. Ça n’arrive pas simplement, naturellement, dans le monde. Vous vivez une vie très disciplinée et vous faites en sorte que cela [écrire] se produise.

Alors félicitations, car vous n’êtes pas la plupart des gens.

Ceci étant une traduction approximative (j’ai sommeil bordel) du début d’une intervention d’une heure de Chuck Palahniuk lors d’un déjeuner/groupe d’écriture en 2009. Le tout a été filmé et si vous pigez un minimum l’anglais ça vaut vraiment le coup d’oeil.
Et je sais que parfois je ressemble à un disque rayé mais je trouve ça prodigieusement inspirant quand un auteur reconnu se lance dans des discours motivants, s’adresse à ceux qui n’y sont pas encore.  Ça manque beaucoup. J’aimerais bien que la prochaine fois qu’un écrivain à succès se retrouve en access prime à la TV française il prenne 2min pour booster le moral des troupes, de ceux qui grattent entre deux cours, à la pause midi au taf’ ou dans un coin de weekend.

Je pense beaucoup à ça et j’aime à croire que si un jour je me trouve assez légitime pour ce genre d’intervention je prendrai le temps de le faire. En attendant je vais mettre paris en bouteille et je reviens.