1091 – Run

Quand on court, on va plus vite que quand on marche.

Je préfère commencer par là, parce que visiblement c’est pas clair pour tout le monde. Prenez Paris. Pour voir un Parisien courir, il faut qu’il ait peur de manquer son métro/bus/tram. Le reste du temps, dans les couloirs du dit métro, dans la rue, le long des promenades, ca avance mollement. En pilotage automatique, la masse a un temps de réaction proportionnel à sa vélocité. Si par malheur un objet est propulsé à une vitesse supérieure à la sienne, la masse ne réagira jamais à temps pour l’éviter. Je le sais parce que depuis que j’arrive à mettre un pied devant l’autre sans me vautrer, je cours.

A Lyon, une de mes activités préférées est de slalomer entre la plèbe dans la rue piétonne de la République. La plupart des gens sont ailleurs, dans leurs pensées, dans leurs discussions, dans leur fatigue de vivre. Alors je cours à contrecourant, je bondis de gauche à droite, fais crisser mes chaussures sur la pierre avant de profiter d’une ouverture pour piquer un sprint. A Paris c’est pareil. Je cours dans les couloirs du métro, je cours dans les allées du salon du livre, je cours dans les couloirs du bureau, je cours pour gruger un feu qui vient de passer au rouge. Puis j’essaie d’aller du taf’ jusqu’au métro en courant d’une traite, de chez moi jusqu’au Monop’ dans l’arondissement d’à côté.

Je cours pour deux raisons, parce qu’on va plus vite que quand on marche et parce que ça pique.

Les gens font comme s’ils tenaient absolument à gagner du temps dans leurs déplacements, ce qui va de l’escalade d’escalateur à l’achat et l’entretient d’une voiture. Mais ils ne courent pas. Je trouve ça absurde de manque de logique interne. Même si, effectivement, courir ça pique. Ca accélère le cœur, ça tire sur les muscles des jambes, ça tape sous la semelle, ça fait suer. Les vrais gens n’aiment pas être bousculés. Ils sont pour aller vite, mais assis, ou alors en un seul morceau. Paradoxe des types qui vont courir une heure dans le vide le weekend mais pas le reste de la semaine où ça pourrait leur servir à quelque chose. Moi, j’aime être à bout de souffle, les joues pourpres. J’aime me coucher avec mal aux muscles, après m’être étiré sur la pointe des pieds.

Au delà de ça, je cours aussi parce je que peux.

Par opposition à ceux qui ne peuvent pas et qui crèverait de le faire (j’en reparlerai). Alors je vis en baskets, je ne porte des semelles plates que lorsque j’y suis obligé. Même mes converses prennent la poussière. Et je me fous de ce qu’on me dit, je me fous des grognement des veaux qui sursautent sur mon passage. Que ce soit pour quelques dizaines de mètres ou une borne, quand je peux, je cours.

18 réflexions sur “1091 – Run

  1. En fait Matthias a été la doublure de Tom Hanks dans Forrest Gump (film magnifique s’il en est) :)

    Sinon une chose qu’il faut souligner, c’est la différence majeure entre le coureur occasionnel – “merde mon tram” – et le slalomeur urbain (merci jizzkov pour le nom ^^ ).

    Quand le slalomeur va réussir à parcourir 500m en 52 secondes en ayant juste ébouriffé le caniche de la vielle dame qui n’a pas eu le temps de bloquer le passage, le coureur à la bourre va mettre 10 minutes, après avoir bousculé 10 personnes, s’etre:
    - pris les pieds dans la laisse du caniche cité précédemment,
    - fait agressé à coup de sac par la propriétaire de ce con de caniche
    - et arrêté par la BAC pour avoir “attaqué brutalement cette pauvre vielle dame” – et en plus fait peur à kiki!!!.

    Sinon courir c’est cool, même sans bus à rattraper (parce qu’en plus, 9 fois sur 10, le mec qui cours pour avoir son bus, il l’a déjà raté…)

  2. “En pilotage automatique, la masse a un temps de réaction proportionnel à sa vélocité.”
    Je suis pas sûr mais le fond de ta pensée, c’est pas plutôt :
    “En pilotage automatique, la masse a un temps de réaction INVERSEMENT proportionnel à sa vélocité.”
    ?

    Sinon, je pense aussi que beaucoup de gens ne courent pas autant qu’ils le veulent dans leurs déplacements de tout le temps, parce que comme tu le dis, courir, ça fait suer, et que tout le monde n’a pas une douche au point d’arrivée pour ne pas empester toute la journée au bureau, la soirée avec ses potes, etc.

    En tout cas, le crowd surfing, c’est le bien (je préfère le terme anglais au terme de “slalomeur urbain”

  3. Dingue… Moi qui pensais être seul à aimer ça 0_0…

    J’avoues que si un jour on trouvait un moyen de courrir sans suer plus jamais je ne marcherais… Quand je vivais à Toulouse, je devais prendre un bus pour aller en cours, toujours plein, forcément et qui passait devant moi à chaque fois que j’ouvrais la porte de mon appart, s’arrétait au feu rouge juste suffisament pour que je me dise “j’ai graaaaave le temps” avant que le feu vert ne lui dise de repartir. Je me rappelle très bien le moment ou à chaque fois je me disais “chiche que je l’ai ?” Et régulièrement je partais dans un sprint de fou pour rattraper ce satané bus, sautant par dessus les trottoirs, esquivant les voitures, et figeants les veaux comme tu les appelles sur place. Il y a même une fois où je l’ai poursuivi sur 4 ou 5 arrêts ! Le tout en gros baggy, pompes de skate, blouson de snow, écouteurs dans les oreilles et sac a dos ficelé sur les épaules. Quand je suis monté le chauffeur m’a regardé comme un détraqué et m’a conseillé de m’inscrire au prochain marathon.

    L’article sur eyeshield et l’instantanéité est excellent… Le moment ou tu vois le bus arrété pour laisser passer un piétons, le mec qui distribue les 20minutes et la foule autour, la vieille, et où tu prends la décision de faire un appui de dingue sur le pied gauche pour partir à 90 degrés vers la droite, passer dans le seul interstice que la foule t’offre l’espace d’une demi seconde, sauter entre la vieille et le mur et retomber en ayant largué la foule quelques mètres plus loin… QUEL PIED !

  4. J’ai toujours adoré les gros rushs à pieds, ça remonte à l’époque où je n’avais pas de voiture pour faire des courses poursuites à la FastNfurious, mais même depuis que j’ai le permis j’ai toujours kiffé ces courses effrénées. Après comme l’on dit certains, certaines fois c’est un peu tendu car courir en costard par exemple et arriver au taff dégoulinant de sueur y’a mieux. Mais je me refais avec plaisir quelques rushs à la poursuite du tram… (je kiffe aussi les courses poursuites à pieds des films!!)

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