1097 – Agent X

Dans la vie on veut toujours ce qu’on ne peut pas avoir.

Prenez les agents littéraires, alias le truc qui existe chez nous que pour vendre des droits ciné/à l’étranger. Bah j’en veux un. Je sais je l’ai déjà dit. J’ai déjà énuméré tous les avantages à avoir un type qui est payé à la commission et qui va donc suer sa race pour faire toutes les démarches de l’artiste qui n’a plus qu’à rester chez lui à sauter des étudiantes. Plus ou moins. Je me comprends. Enfin. Dans le monde réel pendant ce temps j’imprime en scred un exemplaire de manuscrit, je fais relire à cinq personnes ma note d’intention (aucune d’entre elles n’aura relevé la faute de grammaire) et j’écris avec mes petits doigts l’adresse de l’éditeur sur la lourde enveloppe avant de la poster.

Alors pour conserver un peu de magie dans un monde sinistre, j’appelle tous mes amis de l’édition Agent. Comprenez par là que si quelqu’un me donne ne serait-ce qu’un micro coup de main (rappeller son ex qui a couché avec un type qui a fait un stage dans le service courrier d’un édteur et qui peut être peut me donner un nom), je l’interpellerai toujours comme « Agent », jusqu’à complétion des services. D’une, c’est déjà beaucoup plus valorisant que « contact », « réseau » ou « piston ». Ensuite ça me donne l’impression d’être un génie du mal solitaire qui, derrière son bureau, envoie ses équipes en mission à travers Saint Germain.

A un moment j’avais quand même envisagé d’engager un agent/chasseur de primes. En mode « le premier qui est directement responsable de ma signature gagne XX% au passage. Mais bon, c’est mon côté pistolero du capitalisme ça. Puis vu ce que ça gagne un auteur, je peux promettre un diner au restaurant ça reviendra au même.

N’empêche que je commence des mails par « Agent ! » et que ça me fait plaisir. Je parlais dernièrement des petites motivations qui me font continuer. Mes potes qui jouent le jeu, m’engueulent comme si j’étais un vrai client relou, se démènent et me trouve des bribes de plan, tout ça joue sur le moral. Dans le bon sens.

Si on ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut dans la vie, on peut faire semblant. Ça marche pareil.

1096 – Definitely/Maybe

Je n’ai toujours pas vu Black Swan.

C’est pas faute d’avoir essayé. Je m’y suis risqué à deux reprises à sa sortie. Chaque fois les séances étaient complètes, principalement parce qu’à cause de mon stage je ne peux aller au cinéma qu’aux heures de grande affluence, avec les vrais gens. Pour un tas de raisons je n’avais pas voulu/pu réserver. Les deux fois nous avons donc fini par aller voir autre chose. Ruminant au fond du fauteuil d’une salle voisine, j’ai du admettre le paradoxe dans ma manière de voir les choses. Quand personne ne se déplace pour un bon film, je hurle sur le peuple en vomissant sur leur absence totale de bon goût. Et quand tout le monde se déplace pour un bon film, je hurle sur le peuple en vomissant le fait qu’ils m’empêchent de le voir.

Je ne veux pas relancer le débat sur qui « mérite » d’approcher une oeuvre avant qui. Mais ceux qui ont vu The Fountain devraient avoir le droit de prendre la place des ploucs qui ne font qui suivre aveuglément ce qu’ils ont vu à la TV. Darren qui déjà ?

En vérité, je rumine surtout parce que plus le temps passe et moins j’ai envie de voir Black Swan. Devoir attendre plusieurs semaines entre la sortie et les critiques US a déjà usé ma patience. Tout comme la horde de notes de blog et tweet des « influents » des internets qui sont allé voir le film avant tout le monde et ont participé à mon mal de crâne médiatique. Puis j’ai passé plus de temps dans les transports à tenter d’aller voir le film que la durée totale du dit film. Enfin j’ai dû subir les conversations des amis, proches et collègues sur le sujet, jusqu’à écoeurement. Et maintenant les cinémas sont engorgés des nouvelles sorties que j’ai AUSSI envie de voir.

Nous sommes samedi. Normalement je vais peut-être m’y faire trainer aujourd’hui. Enfin. Mais je ne crois pas avoir envie. C’est comme la fille que t’as tellement voulue et qui t’a tellement fait désirer qu’au final tu ne peux plus la voir en pellicule. D’une main j’écris cette note de blog. De l’autre j’envisage d’envoyer un texto pour annuler.

Parce qu’au fond, je le verrai un jour ce film.

Est-ce que ce sera aujourd’hui, en me trainant à l’autre bout de la vie, avec ma fatigue de la semaine et mon absence totale d’envie ? Ou est-ce que ce sera dans quelques semaines, en blu-ray chez moi, sans connard pour textoter pendant la séance, qui je veux à côté et un pot de glace cheesecake fraise entre les mains ?

C’est quoi le mieux, pile ou face ?

1095 – Unindexed

L’infirmière Joëlle me regarde droit dans les yeux. Elle me demande si je suis sûr de moi. Je hoche la tête. Le Pokedex, éteint depuis plusieurs années, est froid dans ma main. Dire qu’à une époque, j’y avais répertorié l’intégralité des 151 Pokemons. Je le pose sur la table avec mon badge de dresseur. Je rends mon insigne. J’ai revendu ma Nintendo DS Lite.

Avant de replonger.

Non parce que je trouve la campagne d’affichage pour Pokemon Noir & Blanc extraordinairement réussie. Celle qui dit que les Pokemons sont partout, preuves à l’appui.

Déjà elle ne coute rien : des photos de Paris et un Pokemon copié collé. Bim. A la portée du moins doué des stagiaires. Ensuite elle est locale. On sait qu’on est en France, ça se voit. Et au milieu de pubs aseptisées, doublées à la truelle, c’est frais. Je validais déjà le spot TV pour le jeu précédent où Cœur de Pirate nous explique que son Pokemon préféré, c’est Noctali. L’actuelle avec Jean-Baptisne Maunier (Yo you were da bomb in Hellphone !) qui débat de l’éthique du dressage de Pokemons est tout aussi bien fichue. Fuck you les haters, les pubs sont bien fichues.

D’ailleurs, le public ne s’y est pas trompé, avec des brouettes entières de jeux vendus. Vous avez du bol de pas avoir les chiffres exacts sous les yeux. Vous hallucineriez. Le fait est que Pokemon c’est de la drogue, la synthèse de tellement de choses (quête initiatique, rpg, animal de compagnie, collectionnite, choupitude) qui font que quand t’as joué à Pokemon, tu peux replonger aussi sec. Moi-même j’ai longuement hésité. Après un break aussi long, j’aurais bien eu envie de me replonger à la chasse aux Pokemons. A la place, j’ai vendu ma DS. Mon temps de jeu ayant été cannibalisé par mon temps de lecture, je n’en ai plus l’utilité.

Et je ne vais pas acheter de Nintendo 3DS. Parce que c’est (trop) cher. Surtout parce qu’il n’y a AUCUN jeu qui vaille le coup. Aucun. SI j’étais japonais, y’aurait eu Professeur Layton et on ne serait pas en train d’avoir cette conversation.

D’ici là, considérez moi comme dresseur à la retraite. Jusqu’à la prochaine fois.