
Quand on court, on va plus vite que quand on marche.
Je préfère commencer par là, parce que visiblement c’est pas clair pour tout le monde. Prenez Paris. Pour voir un Parisien courir, il faut qu’il ait peur de manquer son métro/bus/tram. Le reste du temps, dans les couloirs du dit métro, dans la rue, le long des promenades, ca avance mollement. En pilotage automatique, la masse a un temps de réaction proportionnel à sa vélocité. Si par malheur un objet est propulsé à une vitesse supérieure à la sienne, la masse ne réagira jamais à temps pour l’éviter. Je le sais parce que depuis que j’arrive à mettre un pied devant l’autre sans me vautrer, je cours.
A Lyon, une de mes activités préférées est de slalomer entre la plèbe dans la rue piétonne de la République. La plupart des gens sont ailleurs, dans leurs pensées, dans leurs discussions, dans leur fatigue de vivre. Alors je cours à contrecourant, je bondis de gauche à droite, fais crisser mes chaussures sur la pierre avant de profiter d’une ouverture pour piquer un sprint. A Paris c’est pareil. Je cours dans les couloirs du métro, je cours dans les allées du salon du livre, je cours dans les couloirs du bureau, je cours pour gruger un feu qui vient de passer au rouge. Puis j’essaie d’aller du taf’ jusqu’au métro en courant d’une traite, de chez moi jusqu’au Monop’ dans l’arondissement d’à côté.
Je cours pour deux raisons, parce qu’on va plus vite que quand on marche et parce que ça pique.
Les gens font comme s’ils tenaient absolument à gagner du temps dans leurs déplacements, ce qui va de l’escalade d’escalateur à l’achat et l’entretient d’une voiture. Mais ils ne courent pas. Je trouve ça absurde de manque de logique interne. Même si, effectivement, courir ça pique. Ca accélère le cœur, ça tire sur les muscles des jambes, ça tape sous la semelle, ça fait suer. Les vrais gens n’aiment pas être bousculés. Ils sont pour aller vite, mais assis, ou alors en un seul morceau. Paradoxe des types qui vont courir une heure dans le vide le weekend mais pas le reste de la semaine où ça pourrait leur servir à quelque chose. Moi, j’aime être à bout de souffle, les joues pourpres. J’aime me coucher avec mal aux muscles, après m’être étiré sur la pointe des pieds.
Au delà de ça, je cours aussi parce je que peux.
Par opposition à ceux qui ne peuvent pas et qui crèverait de le faire (j’en reparlerai). Alors je vis en baskets, je ne porte des semelles plates que lorsque j’y suis obligé. Même mes converses prennent la poussière. Et je me fous de ce qu’on me dit, je me fous des grognement des veaux qui sursautent sur mon passage. Que ce soit pour quelques dizaines de mètres ou une borne, quand je peux, je cours.
