1088 – Comic Review 08

J’ai décidé d’être proactif dans ma recherche de nouveaux mangas à lire/découvrir. C’est-à-dire qu’au lieu de simplement réagir aux étals de nouveautés dans les librairies, je vais lire des revues sur la BD japonaise. Je me renseigne. Et j’en chope des migraines, vu l’amoncellement de news et de noms d’auteurs. Clairement je ne suis pas dans le game, mais j’essaie de suivre. Comme les maigres dividendes de mon affiliation Amazon (quand vous achetez un truc depuis un lien de mon blog) sont tombées, j’ai pu acquérir un tas de tomes un. La bonne moitié s’étant avérée prodigieusement pourrie (pardon pour le gâchis). Au rayon des bons crus, je suis tombé sous le charme de Que sa volonté soit faite, dont les deux premiers tomes sont sortis en début de mois. 

Le pitch est une sorte de Hitch à sauce otaku/paranormal. Keima est un licéen précieux et pas très sociable. Tête de classe il passe tout son temps libre sur des jeux de simulation de drague. En répondant à ce qu’il pensait être une demande d’astuce sur un jeu, il se retrouve propulsé Dieu de la drague par une démone empotée. Contraint par un contrat infernal, il doit chasser les mauvais esprits qui se terrent dans le cœur des filles malheureuses. Pour les déloger, elles doivent tomber amoureuse. De lui. Il doit donc utiliser toute sa connaissance de geek dans le monde réel, là où les filles sont pénibles et où il n’a pas droit à l’erreur. D’où aventures rocambolesques, techniques de séduction à deux balles et bisous tendres.

En gros c’est une sorte de manga pour filles déguisé en manga pour garçon. Vu que ça parle principalement de romance et de problèmes de demoiselles (celle qui a pas confiance en elle, celle qui assume pas ses daddy issues, celle qui a peur d’être transparente). Après la surcouche pour garçon va du comique jusqu’à l’un peu gênant. Par exemple la démone convainc le héros d’habiter chez lui parce qu’elle sait bien faire le ménage et veut apprendre à cuisiner pour lui plaire. OKAY. Au-delà de ça le manga à le mérite d’être super léger. Deux tomes plus tard et pas la moindre ombre de grande histoire avec un méchant qui va faire durer le truc pendant deux mille ans. Simplement des histoires de quelques chapitres sur une fille, entrecoupés de passages plus légers.

Niveau dessin le style des personnages peut paraître simple mais est en réalité ultra maîtrisé. Les cadrages sont sobres, clairs et les décors toujours détaillés. Que sa volonté soit faite est d’une excellente qualité graphique, le haut du panier de ce qui sort en ce moment. Entre ça et le scénario qui ne se prend pas au sérieux, ce fut pour moi un vrai petit bonheur de lecture. J’ai hâte de pouvoir mettre la main sur le tome III.

A signaler aussi une première saison en anime d’excellente qualité. Qui se trouve, heu, là où vous savez. Ceux qui savent.

BUY STAGE !!!

Hop, soutenez mon budget mangas pourris en chopant le Tome 1 et le Tome 2.

1087 – Sugar-Coated

Ce matin, enfin pas vraiment ce matin, on se comprend, j’étais dans le métro, peu réveillé. J’ai machinalement sorti mon kindle de mon sac et l’ai allumé. Avant de reprendre ma lecture de la veille, mon regard a bloqué quelques secondes sur une autre passagère. Puis j’ai mis le nez sur l’écran, avant de relever le visage et constater que non seulement elle me fixait elle aussi, mais que j’étais persuadé de l’avoir déjà vue. Déjà trop fatigué pour creuser la question, j’ai laissé tomber et ai commencé à lire. Quelques stations plus tard, elle avait disparu. Et je me suis souvenu d’où je la connaissais. De l’école où, à plusieurs reprises, j’ai passé plusieurs minutes à la dévisager. Elle s’en rendait compte, rendait la pareille, se laissait faire. Je me suis souvenu que déjà à l’époque, j’avais envie de l’embrasser.

En sortie avec mes amis, j’ai une habitude étrange. Je porte les verres d’alcool de mes camarades jusqu’au bout de mon nez. Je crois l’avoir déjà dit, mais là, dans le contexte, ça a un sens. C’est cette envie de participer à moitié, de gouter un peu, à ma manière. Je ferme les yeux et je laisse l’odeur picoter l’intérieur de mes narines. Bien sûr je rends le verre et ça ne va pas plus loin. Quand bien même un mélange de curiosité, d’excitation, d’envie me pousse à vouloir un peu plus. Dans le cas présent, cette fille a un visage particulier, plus qu’une expression, un truc qui fait que. Il y a aussi ces lèvres, en longueur, épaisses mais pas trop. Je me demande quelle est leur texture, à quel point elles peuvent recouvrir les miennes, comment elles se comporteraient sous la pression de mon visage. J’aimerais pouvoir lui demander un baiser.

Ce serait comme sentir un verre d’alcool. Satisfaire un brin de curiosité sans aller plus loin. Même si, une fois encore, ce n’est pas le plus simple, la retenue. Un baiser en appelant rapidement un autre, puis serrer la personne contre soit, planter ses doigts entre les omoplates. Et ainsi de suite. Forcément ça ne donne pas envie de se mettre en danger, pour satisfaire une curiosité, une envie. Je vois ça comme attraper la fine couche de sucre sur une fraise Haribo. Avoir l’aperçu qui vous ronge, pas plus, tenir bon vis-à-vis du reste. Une sorte de contrat. Je ne veux que ça, promis. Sur le reste du trajet qui mène aux bureaux, je me suis imaginé tous les scénarios possibles. On s’est déjà vu ? Hé, je te reconnais ! Salut. Tu t’appelles comment au fait ? Ceux qui se termineraient par est-ce que je peux goûter tes lèvres ?

Je fais des fixettes sur des bouches. Mes yeux se posent et mon cœur s’accélère en silence, planqué sous un t-shirt trop large. Pour la fille du métro, comme d’autres, c’est complètement transparent. Parce que vouloir approcher une bouche se cache plus facile que lorsque l’on court après l’ensemble.

Ce n’est pas moins fort pour autant, niveau compulsion. Si elle avait su. Si elles savaient.

1086 – Gurinuderu

Non mais, qui prend des cours de Japonais le samedi matin à dix heures et demi ? Et paye pour ça en plus. J’avoue que je me dosais doucement la question en allant à mon premier cours au début du mois. Au final nous étions cinq, puis sept le cours d’après. Oui trois types ne sont inscrits soit le jour même, soit la deuxième semaine. D’un coup je me suis senti un peu con d’avoir flippé de ne pas avoir de place en m’inscrivant littéralement trois mois à l’avance. Niveau casting donc, il s’avère que nous sommes une bande de gens complètement différents, avec des motivations qui n’ont à priori rien à voir. En fait, plus j’y repense et plus j’ai l’impression de me retrouver dans Community, rapport aux gens de tout âge qui viennent prendre des cours dans une école un peu étrange et étudient ensemble.

On a J., l’otaku de service. Parce qu’il faut toujours un otaku dans un cours de Japonais. Le twist c’est que J. est une fille. Pas maquillée, emmitouflée dans un gros pull à capuche, on sent le potentiel de jolie fille. Mais à priori ça, elle s’en tape. Par contre elle kiffe le Japon, c’est marqué sur ses vêtements, sa ceinture et son sac à dos. D’ailleurs elle ne perd pas une occasion de répondre fièrement avant les autres ou de dire bonjour/merci/au revoir en japonais à la prof quand nous on n’ose pas encore.

T. est quadra, mais T. est aussi timide. Il déglutit avant de répondre, se perd parfois au milieu de l’exercice en cours. On sait qu’il est ingénieur parce qu’il s’est illuminé quand on a apprit à le dire en japonais. Je m’assois à côté de lui, parce qu’au premier cours il était le seul autre représentant du sexe masculin. Et que je suis timide aussi. Par contre, je serais incapable de dire pourquoi il est là, enfin, quelles sont ses motivations. Il ne parle pas beaucoup.

Mais toujours plus que S., hispanique en cours de japonais. Je ne lui donne pas loin de la trentaine, mais c’est la seule chose que je puisse dire tellement elle ne laisse rien filtrer de qui elle est.

Par contre j’ai des tonnes de théories sur S. Je lui donnais mon âge mais elle n’a que 17 ans. Elle l’a confié à la prof à la fin du premier cours. Elle est lycéenne et étudie à Louis Legrand, ce qui explique qu’elle nous fume tous la tronche en termes de mémorisation. Capable de répéter immédiatement la nouvelle forme apprise, c’est la première de la classe. De loin. Mais je sais qu’elle a au moins un complexe. Bien qu’elle soit blonde aux yeux bleus, élancée, elle vit mal sa grande taille. Géante, elle ne porte que de petits escarpins en toile, à la semelle la plus inexistante possible.

En observant les vêtements de E., nouvelle recrue, je le voyais bien prof. La veste en tweet marron, d’ordinaire ça ne trompe pas. Mais il a avoué être ici pour le travail, parce qu’il voyage beaucoup au Japon pour affaires et en à marre de ne pas pouvoir s’immerger plus dans la culture nippone. Il a l’air cool. Enfin, il ressemble surtout à une version plus détendue et sympa d’un prof de mon Ecole.

Enfin, P. me file les jetons. Le doyen du groupe, il accuse une sévère calvitie, des longs doigts veineux. Il est lyonnais et porte le même nom de famille que le type qui m’a fait haïr le Japon au lycée. J’essaie de ne pas prendre ça pour un signe ou un début de conspiration. En tout cas, il est celui qui interrompt le cours et pose beaucoup de questions, dont la moitié auraient pu trouver réponse dans son esprit s’il avait tenté de les résoudre de lui-même.

Puis il y a moi.

Mal rasé, les cheveux trop longs en bataille, avec des t-shirts bariolés, qui arrive en retard de 5min dès la deuxième semaine, avec un vieux sac eastpack dont la poche avant ne ferme pas, et qui bredouille parfois. Il est chelou. Qu’est-ce qu’il fait là ?

Je leur laisse le soin d’extrapoler.