1108 – Authority

[Cet article a pour but d'être repris chez l'excellent blog d'urbanisme [pop-up] urbain. Mais vous pouvez le lire ici et maintenant en attendant.]

Jack Hawksmoor est le Dieu des villes. Kidnappé à de multiples reprises dans son enfance par des humains du 70ème siècle, il a été modifié pour en faire un super héros. A présent adulte, Jack vit en communion avec les villes. Sa puissance est proportionnelle à la mégalopole qu’il occupe. Déplacé en campagne, loin de toute urbanisation, il fait plus que faiblir. Il tombe malade et pourrait rapidement mourir. L’air frais lui est littéralement toxique. Mais dans une ville, il est le roi. Il bondit d’immeubles en immeubles, marche le long des façades avec ses pieds à la texture proche de pneus. La ville lui parle, le fait souffrir quand elle souffre, hurler quand elle hurle. Alors Jack protège la ville en la nettoyant de sa corruption, des malfrats qui la gangrène. En échange, la cité accepte de lui obéïr : d’abattre ses bâtiments sur un ennemi, d’engloutir une armée sous des pavés mouvant ou bien de former un golem géant de maisons encastrées.

La plupart des super-héros sont la résultante d’un fantasme de puissance. Si seulement je pouvais voler pour m’enfuir loin. Si seulement je pouvais me régénérer pour encaisser les coups. Si seulement j’étais assez fort pour me battre. Là où Jack Hawksmoor diffère, c’est qu’il est la réponse à un fantasme un peu différent. Un fantasme nouveau. Créé il y a un peu plus de dix ans dans la série Stormwatch (puis Authority) par le génialissime scénariste Warren Ellis pour l’éditeur Wildstorm, Jack Hawksmoor répond à l’angoisse de l’individu seul dans la mégalopole. Au fil de son expansion, la ville est devenue un organisme. Les individus en sont les cellules, qui se déplacent d’un bout à l’autre pour faire vivre la cité, empruntant artères et transports en commun, façonnant chacun à leur niveau, sans s’en rendre compte, le paysage urbain. La ville évolue, mais plus seulement par la volonté d’un seul homme, d’une mairie centralisée. Nous sommes tous responsables collectivement mais impuissants à un niveau individuel.

Jack cristallise toutes les angoisses de l’urbain moyen. La ville n’est plus une ennemie mais une amie. Il n’est pas seul au milieu des anonymes, la ville est là avec lui. Il peut influer seul sur l’organisme tout entier. Et quoi qu’il arrive, la ville est là pour lui comme il est là pour elle. Le personnage est un peu la version suprême de ces habitants des villes qui vivent mal la campagne, l’absence de repères et un fonctionnement complètement inadapté hors d’une mégalopole. Hawksmoor est un super héros du vingt et unième siècle, qui n’aurait pas eu le moindre sens s’il avait été créé pendant l’âge d’or des comics, au milieu du XXème. Il répond à une problématique contemporaine et des peurs de notre époque. Mais plus que ça, il revendique une appartenance à un écosystème, un milieu, un mode de vie.

Les villes modernes nous étouffent autant qu’elles nous offrent tout ce dont nous pouvons avoir besoin. De leurs bon fonctionnement dépend aussi le nôtre. Un quartier laissé à l’abandon gangrène, des artères bouchées ralentissent le bon fonctionnement de l’ensemble et c’est un membre de l’organisme qui meurt à petit feu. Le tout est de savoir ouvrir les yeux, surveiller. Et agir.

Jack Hawksmoor n’est peut-être qu’un personnage de bande dessinée. Mais tous ses pouvoirs existent, ils sont simplement fractionnés en millions de petits morceaux. Et nous en possédons tous un.

COMIC STAGE !!!

Je ne crois pas que la mini série sur Jack soit dispo en français, mais tout le run d’Authority existe et commence par celui-ci. On parle là d’un truc culte qui a impacté durablement les comics depuis plus de dix ans. Cher mais très bon.

1107 – Shelved

 

- Service client Ikea bonjour ?
- Oui allo bonjour, je vous appelle parce que j’ai un problème avec mon étagère Billy, elle a planté.
- Décrivez-moi le problème.
- Bah physiquement elle va bien, enfin elle est un seul morceau. Mais dès que j’essaie de prendre un livre, je ne peux pas l’ouvrir. Les pages sont comme collées. C’est devenu des briques.
- Je vois. Est-ce que vous avez secoué votre Billy ou est-ce que vous avez tenté de sortir et rentrer plusieurs livres d’un coup ? Ça peut causer ce type de problèmes.
- Non, rien du tout. C’est arrivé comme ça. Qu’est-ce que je peux faire ?
- Ecoutez, je crois que le plus simple c’est que je vous renvoie une nouvelle étagère. Vous n’aurez qu’à transvaser les livres et ils devraient fonctionner de nouveau. En attendant utilisez votre ordinateur ou votre téléphone, voire l’étagère d’un ami.
- Okay, super, merci beaucoup !

Mon kindle est pété. Enfin, pour être plus précis il a planté. Tout fonctionne très bien, sauf le logiciel en interne. Impossible de récupérer mes bouquins et de faire défiler les pages. L’écran reste désespérément gelé sur un portrait d’Emilie Dickinson. D’ailleurs son visage m’angoisse tellement que j’ai retourné l’appareil sur mon bureau pour ne plus la voir (la nuit, à la lueur de la champe de chevet, FEAR). Parce que les ebooks, c’est pas trop mal fait, je peux toujours continuer ma lecture sur un ordinateur ou mon appli téléphonique. Même si ce n’est pas tout à fait pareil. Dès que je récupèrerai un nouveau Kindle, je n’aurai qu’à attendre quelques minutes connecté à un Wifi pour tout rapatrier. Au final, ce n’est pas si grave.

Amazon n’est pas chiant. Ils savent que leur logiciel est faillible et sont prêt à réexpédier un nouvel appareil par UPS contre le renvoi de l’ancien. D’ailleurs je n’ai pas à me plaindre. Je préfère ça qu’avoir inondé ou crâmé par accident un vrai livre (ou une étagère Billy pleine). Parce que dans ce cas là, j’aurais rien pu faire. Je constate simplement que les nouveaux usages numériques entrainent de nouveaux problèmes. C’est un peu comme si j’avais planté ma bibliothèque. Ce qui est drôle. Dans le fond.

Je ne vais pas repasser au physique pour autant. Je me suis trop fait à l’eBook. Le prochain vrai livre avec du carton autour que j’ai prévu d’acheter (sauf accident) sort en 2013. J’ai le temps.

1106 – Chewing

Depuis le succès de The Walking Dead, les chaînes US commencent à lorgner sérieusement du côté des comics un peu transgressifs pour remplir leur grille. On peut par exemple penser à l’adaptation en cours du Powers de Brian Michael Bendis. Mais depuis quelques semaines, Chew est venu grossir les rangs des candidats au câble (sur la chaîne Showtime pour être précis). Je vous avais parlé de ce polar cannibale il n’y a pas si longtemps. On y suit les aventures de Tony, un détective capable de lire dans l’esprit de ce qu’il mange. Y compris les cadavres. Sortir chez Image Comics, les recueils ont traversé l’Atlantique et sont enfin dispos chez nous.

Entre temps j’ai avancé ma lecture et je peux vous dire si la suite est du même niveau. En gros : oui. L’univers imaginé par Layman et Guillory, un monde où la consommation de poulet est interdite à cause de la grippe aviaire, prend de l’épaisseur sur le second tome. Centré autour d’un mystérieux fruit tropical au même goût que la volaille, le Tome 2 de Chew assure son quota d’explosions, de grosses marrades et autres personnages aux pouvoirs culinaires toujours plus barrés. Non sans oublier l’intrigue de fond, qui progresse doucement mais sûrement.

Le troisième volume m’attend sagement sur mon bureau mais je peux déjà admettre que l’essai est transformé et que Chew en a dans le ventre. Si vous voulez vous familiariser avec la série avant l’adaptation TV vous n’avez plus vraiment d’excuses, sortie française oblige.