
Le débat sur les adverbes en littérature me fascine. C’est un sujet qui déchaîne les passions et sur lequel personne n’arrive à se mettre d’accord. Selon les détracteurs de l’adverbe, ça alourdirait un texte. Ce serait un effet de manche du néophyte qui ne serait pas capable de s’en sortir sans. Mon prof d’écriture de licence nous a interdit leur utilisation dès la première heure du premier cours. Pour au final ne pas tiquer plus que ça en fin d’année à la lecture et certains textes bourrés d’adverbe. A croire que les règles toutes faites ont aussi leurs exceptions. A titre personnel je pense surtout que ce n’est pas parce qu’un outil est casse-gueule qu’il faut s’en priver. Quitte à se planter de temps en temps. C’est en se prenant des coups de marteau sur les doigts qu’on devient forgeron. Tout ça pour en venir au fait que le style, c’est comme le reste, ça se travaille et ça se pense un minimum.
Ne serait-ce que pour savoir si on s’autorise ou non les adverbes.
La bonne idée du coup, c’est de tenter quelques exercices. En début de mois, je lisais un essai de Chuck Palahniuk sur les verbes de « pensées » (penser, se souvenir, réaliser, ressentir etc…). Selon lui, ces verbes permettent de tricher. Au lieu d’expliquer pourquoi un personnage pense ce qu’il pense, on dit qu’il pense et basta. Alors qu’avec un minimum d’effort en plus, on peut arriver à la même idée. D’où : challenge ! Chuck encourage son lecteur à tenter d’écrire plusieurs mois en feintant sans jamais utiliser le moindre verbe de pensée. Le but du jeu étant de muscler le style des jeunes apprentis qui s’y risqueront. Sortir de sa zone de confort et se confronter à une autre façon de faire ne pouvant être que bénéfique. A la fin de l’exercice, chacun sera libre de reprendre ses bonnes vieilles habitudes, s’il le souhaite. A moins d’être convaincu. Pour avoir testé sur une nouvelle la semaine dernière je peux au moins admettre que l’exercice était amusant.
Sinon, on a les névroses personnelles.
En ce qui me concerne, et c’est un avis très personnel, je déteste utiliser des propositions incises. Vous savez, ces trucs en plein milieu d’un dialogue : « […], s’exclama Brandon », «[…], s’émue Tiphany ». Je trouve ça prodigieusement (adverbe) artificiel à inclure. Alors que ça ne me dérange pas quand je les lis ailleurs. C’est une névrose, qui a quelques avantages. Ca me force à être un minimum créatif quand il s’agit d’amorcer un dialogue, vu que je dois d’une façon ou d’une autre indiquer qui commence à parler. Ensuite ça m’oblige à insérer des informations factuelles au milieu des conversations. Pour à la fois épaissir l’ambiance, traduire les actions mais surtout pour ne pas perdre le lecteur et resituer de temps à autre qui dit quoi. Enfin je dois surtout m’assurer que chaque personnage dispose de sa propre « voix ». Si je ne passe pas mon temps à préciser qui parle et sur quel ton, les répliques doivent le faire pour moi.
Ce qui est peut-être le plus difficile niveau dialogue pour un auteur : écrire avec plusieurs voix.
Sinon en ce moment je lis un bouquin qui a réglé le problème d’une autre manière. Chaque réplique de tout le livre commence par « [Nom du personnage] said : ». Je connais des théoriciens littéraires qui en saigneraient des adverbes par les yeux. Ou un truc du genre.
Tant que vous réfléchissez deux secondes à comment et pourquoi vous écrivez comme vous écrivez et que, de temps en temps, vous essayez autre chose, on se fout des règles.
Royalement.
(Adverbe)
… Oui (adverbe) enfin (adverbe) tous les adverbes ne finissent pas (adverbe) en -ment. Ce sont ceux-là qui posent problème et que certains ne veulent jamais utiliser. Ils sont la majorité, certes, mais bon voilà. Un peu de précision ne nuit pas.
Bon c’est sûr que “adverbe en -ment” c’est moins classe, mais écrire c’est pas que la classe, c’estl a précision aussi.
Pour les incises, je suis complètement d’accord avec toi ! On peut difficilement s’en priver.
(Et deux adverbes en -ment dans une seule phrase!
Les adverbes (à petites doses) c’est parfois bien pratique. Surtout quand tu trouves que le rythme de la phrase n’est pas bon. Un petit adverbe et hop c’est réparé. J’aime bien les phrases qui “tombent” correctement. Chacun sa névrose…
Je te reciterai la horde du contrevent, où les personnages sont désignés par des symboles ( golgoth, le ” chef ” par un omega par exemple ) et on passe d’un personnage à l’autre directement, avec le signe au début, et on finit par ne plus voir ces signes et juste reconnaitre chaque personnage à leur facon de parler et de voir les choses. Si c’est pas le livre que t’es déjà en train de lire
A force de lui rabâcher, il va “sûrement” le lire. Et il nous remerciera par la suite :p
Je n’aurais qu’un conseil: change le nom de tes persos…
Un article qui m’a complètement fait réfléchir.
J’aime également beaucoup les adverbes pour la précision qu’ils apportent. Après, au niveau du style, j’écris tellement peu que j’m'en tape. Du moment que mes idées passent bien et qu’on comprend où je veux en venir ….
daelf –> Tu casses tout mon délire.
Zoltrane –> La musique c’est bien. Mais je la gère plutôt avec les virgules. Avant j’en mettais trop peu, là j’en utilise presque trop.
Soi-John –> Laissez moi tranquille avec la horde du contrevent… Gniii. Oui je le lirai c’est bon.
spidernight –> LAISSEZ MOI TRANQUIIIILLE !!! :’(
mixlamalice –> T’es jalouze stoo !
Zali –> Cool. Du coup.
Ernest –> Ca reste le principal.
Je me souviens que dans “Ecrire, mémoires d’un métier”, Stephen King avait dit la même chose : il existe “le verbe” qui remplacera toujours l’utilisation des adverbes. ex : il ferma violemment la porte => il claqua la porte.
Et pour les dialogues, c’est qu’il n’y a pas plus chiante que l’auteur qui sort toute sa liste de verbes