1156 – Snapshots

La meilleure fonctionnalité de Facebook est la notification groupée des mises à jour de photos de profils de vos amis.

Voilà.

A un moment, il faut arrêter de se voiler la face. Il y a plein de trucs cools sur Facebook comme l’outil d’organisation d’évènements. Si on m’invite à une soirée je pleure pour qu’on crée un event histoire de pas avoir à faire l’effort de retenir/noter toutes les infos. Le chat intégré c’est cool aussi (avant la mise à jour latérale dégueulasse), pour converser avec les relous qui ne sont pas sur Gtalk. Puis checker les photos de soirée/vacances des gens/filles, c’est bien aussi. Sauf qu’en vérité, tout ça, c’est de la gnognotte comparé au vrai truc qui nous intéresse tous : l’alerte quand vos contacts changent de photo de profil ! Et quand je dis contacts je veux dire contacts du sexe opposé. Et quand je dis du sexe opposé je veux dire filles.

On se comprend.

Le principal avantage de la photo de profil, c’est qu’on la choisit. Elle n’a pas été mise en ligne par un ami peu scrupuleux, ni taguée au hasard dans un vieil album sans intérêt. Une profile pic, ça se sélectionne soigneusement, ça se recadre, ça gonfle le cœur de fierté. C’est la lingerie fine de ton réseau social. Alors forcément, découvrir les nouveautés dans tes cercles groupes d’amis, c’est magique. Tu surveilles l’état de celle sur qui tu fantasmes en secret depuis des mois, voire des années. Est-ce qu’elle est toujours aussi jolie ? Si oui alors double fantasme. Si non alors début de rancœur de pas l’avoir eue à temps (qui se transformera en joie d’avoir échappé à ça au final). Tu fliques celles avec qui ça aurait pu, celles avec qui ça a failli, celles avec qui ça a complètement été.

Les profiles pics c’est ta photo de classe qui vieillit avec toi, c’est un point de référence qui te rappelle où en sont les gens, dans la réalité.

Et là vous me direz qu’on peut faire pareil avec tous les réseaux sociaux, qu’il y a des profils avec photo de partout. Oui mais Facebook te fait une notification groupée. Non seulement tu es prévenu, mais tu en as plein d’un coup à aller voir. C’est le maxi best of du voyeurisme, sauf que c’est pas sale vu que les gens ont choisi de mettre leur image à jour. Surtout, le véritable ascenseur émotionnel 2.0 il est là. Plus que n’importe quel statut, lien vers un site, un CV ou quoi que ce soit d’autre, la photo de profil est celle qui va le plus te secouer le palpitant. C’est dans ce rectangle que tout se joue, qu’on tombe amoureux, qu’on se défait enfin de quelqu’un, qu’on a envie d’envoyer un email à la hauteur du like qu’on ressent. Le like qu’on finit par déposer sur la photo, par dépit de ne pas pouvoir oser plus.

Pire : les profiles pics des gens qu’on ne suit pas. Vous savez, quand vous tombez sur la mise à jour « votre pote est ami avec machine et plein d’autres gens ». C’est autant de mini frimousses qui vous tendant les bras. Toutes ces personnes qui existent dans la vraie vie avec leur sourire et tout mais qu’on ne connait pas. Non seulement tu ne peux pas liker leurs photos, mais tu ne peux rien faire d’autre non plus. A moins de passer pour un psycho perv. CE QUE NOUS NE SOMMES PAS. Enfin je crois. Supplice donc.

Au final Facebook tient la promesse de son titre : être un annuaire de têtes, une collection de photos de profil. Oui il y a plein d’autres fonctionnalités autour, un peu comme la sucette autour du chewing-gum qu’on continuera à mâcher bien après avoir jeté le bâtonnet. Elles ne sont que secondaires et accessoires.

1155 – Book Review 186

La science ! Les clones ! Deux passions personnelles. Les plus attentifs se souviendront par exemple que Le Reilly, c’est un pseudonyme de clone d’araignée. Sinon on peut parler de la vague de films de clones qu’on a eu pendant quelques années, du Sixième Jour jusqu’à The Island (notez qu’on a progressé en qualité avec le temps). Le sujet est riche, pouvant servir tant à des questionnements existentialistes que pour produire des thriller à base d’échange d’identité. Ou pour faire un Star Wars aussi pourri que son titre. Toujours est-il que ça fait un moment qu’on a pas parlé de clones. La vraie vie s’est contentée d’un mouton tandis que l’industrie culturelle est passée à autre chose. Jusqu’à la sortie d’un livre l’année dernière au titre aussi improbable que fabuleux : How To Defeat Your Own Clone. Je l’ai acheté sans même chercher à savoir de quoi ça parle. LE POUVOIR DES MOTS.

Si vous lisez Variety (vous devriez, c’est pas super sexy mais c’est intéressant), vous penseriez que How To Defeat Your Own Clone est un thriller cynique. Parce qu’il a été optionné par Hollywood qui veut en faire un film. C’est que ça doit prendre aux tripes, que le concept est aussi cool que l’exécution. C’est un peu ce que je me suis dit. Et là, gros frein dans la gueule. En fait, HTDYOC est un bouquin de vulgarisation scientifique écrit par des professeurs d’université. Le truc qui se rapproche le plus d’une histoire c’est l’historique de la découverte de l’ADN, de son séquençage et de ce qu’on peut faire avec. Non mais vous barrez pas, parce que le livre est malgré tout super intéressant. Principalement à cause de son traité complètement débile et science-fictionnesque de vraies questions. D’autant plus que le titre ne ment pas. Une fois au bout de HTDYOC, vous aurez eu tous les conseils et astuces possibles pour vaincre votre propre clone.

Par exemple, on vous martèlera que, jumeau ou clone, personne ne peut avoir les mêmes empreintes digitales. C’est IMPOSSIBLE.

Dans ta gueule Hollywood.

How To Defeat Your Own Clone va s’employer à définir avec précision la notion de clone et la faisabilité de sa création. De Dolly à l’humain, tous les cas de figure sont envisagés et tous les clichés du genre passés à la moulinette. On parle de vieillissement accéléré, de copie des souvenirs, de défauts génétiques, des traits acquis et innés. Ensuite tout un chapitre est dédié aux améliorations génétiques possibles que nous réserve le futur. Au cas où votre propre clone en soit équipé et pas vous. Enfin le dernier quart du livre s’emploie à répertorier tous les conflits possibles avec son double génétique. S’il essaie de vous voler votre vie, s’il vous fait accuser à sa place, s’il est plus jeune et veut se battre physiquement contre vous, etc… La plupart des cas de figure sont passés en revue et avec ça, vous devriez être parés à toute attaque.

Surtout, vous vous coucherez moins cons, en sachant beaucoup plus sur le corps humain, la génétique et l’état des sciences à l’heure actuelle et dans un futur proche. Je décerne à How To Defeat Your Own Clone la médaille de validation Fred & Jamie. Ca veut dire que si ça vous branche, je vous le recommande.

Sinon attendez l’adaptation ciné. Qui n’aura plus rien à voir avec le truc à priori. Sacré Hollywood.

BUY STAGE !!!

Mangez-en, ça fortiera le cerveau de votre clone.

1154 – Funny People

« Pour moi, le KFC c’est comme les Inrocks : au bout d’un moment j’oublie que c’est pourri et j’y retourne. Sauf que la dernière fois, c’est mon pote renoi qui m’a proposé. Ca faisait assez longtemps pour que ça me tente. Fuck, j’ai envie de poulet pané ! Grosse angoisse à la caisse. Que comme d’hab’ la smicarde se goure dans ma commande, que les pièces de poulets soient froides, que je tombe malade le lendemain. STRESS. Oui mais non. C’était hyper bon. Genre meilleur que sur l’affiche, meilleur que dans la pub avec tous les blancs qui sont payés pour sourire. Et là forcément, tu te demandes si c’est parce que tu manges ton poulet avec un renoi. Le doute est plus fort que ta morale bienpensante. Aux KFC ils ont deux bacs à Hot Wings, un pour les renois, et un pour les pauvres types comme toi ! »

Le mec en face de moi a les yeux qui s’illuminent.

- Oh putain, c’est une bonne phase ça. J’ai un sketch sur le KFC, je vais récupérer deux ou trois de tes vannes !

Hein, mais t’es fou toi ? C’est mes blagues ! Même pas en rêve tu me les pompes !

Retour arrière.

Mercredi dernier j’étais au théâtre de dix heures pour voir le spectacle que fait copain Navo avec son pote Kyan. A force d’écrire pour les autres, Navo a fini par écrire un peu pour lui. De quoi monter trois quart d’heure de sketchs pour deux personnes. Il suffit d’inviter un copain chaque représentation pour arriver aux soixante minutes réglementaires. Presque planqué au troisième rang, j’espérais rire beaucoup parce que, dans le cas contraire, j’aurais été obligé de lui mentir à la sortie. Coup de bol, j’ai ri. Mais moins que l’humour, ce qui m’a fasciné dans leur spectacle, c’est toutes les idées de mise en scène et d’organisation des sketchs. Ils trouvent de nouveaux usages à la voix off, à un écran sur la scène, une présentation Powerpoint ou un violon (dont je ne saurai jamais si la bande son était live ou enregistrée). A la sortie j’ai serré des mains, remercié Navo et félicité tout le monde. C’était bien. Assez pour qu’après une heure de squat dans le hall du théâtre, je m’incruste à dîner avec la bande de comiques.

Assez vite j’ai eu l’impression de me retrouver dans Funny People, le film que vous avez tort de ne pas avoir vu. Etre autour d’une table avec une bande de comiques, ça force le cerveau à tourner à plein régime. Parce que quand quelqu’un parle, c’est pour sortir un bon mot. Le public est rentrée chez lui depuis longtemps (restau, missionnaire, dodo), mais les acteurs continuent à balancer de la punchline. D’un côté ça entraîne, de l’autre ça frime auprès des potes. Même quand on est un pince sans rire comme Navo, on fait des blagues dans la vraie vie. Tout le temps. Aussi comme dans Funny People, ça récupère les vannes des autres. Me sentant pris dans le mouvement, je gesticulais, je ressentais le besoin de faire rire. Aussi. Alors j’en faisais des tonnes, je racontais des anecdotes comme des sketchs. Et à un moment on m’a dit que ouais, cette blague, on allait la reprendre.

J’ai voulu me plaindre. D’où t’as cru que t’allais voler la punchline que j’ai mentalement bossé depuis ce jour où j’ai englouti un demi bucket au KFC Belleville ? Puis je me suis rappelé que je n’étais pas comique, je n’écris pas de sketch, je n’en joue encore moins. Et puis bonjour l’hypocrisie, moi qui pille une demi-douzaine de mes potes et amis pour l’histoire de mon prochain bouquin. Alors j’ai rangé mon début d’indignation et j’ai laissé faire. Parce que c’est le jeu.

Des amis comiques, ça vous épuise à coup de vannes et ça vous pille vos quelques bonnes idées. Et c’est difficile de se plaindre, parce qu’au fond, on aimerait bien être comme eux, même un peu. A défaut, si je peux faire rire des gens par procuration avec une de mes blagues, c’est déjà pas mal.

(Navo vous dirait que c’est comme ça qu’on devient auteur de stand up, mais il raconte n’importe quoi. Que ça ne vous empêche pas d’aller voir son spectacle avec Kyan. Pas cher. Très bien.)

(Et KFC m’a fait mentir, samedi soir j’y suis allé seul, mes 9 Hot Wings étaient une tuerie. Donc voilà.)