1170 – Book Review 191

Les classiques, c’est bizarre. Tu en entends parler pendant vingt ans sans avoir envie de les lire, et des fois, paf. Dans le cas de To Kill A Mockingbird, il s’est trouvé que @IrisKV le lisait et nous le commentait en direct sur Twitter. Ça m’a motivé à l’acheter. Pour participer à la conversation. Sauf que pour une obscure raison l’auteur Harper Lee, âgée de 82 ans, ayant écrit un des plus gros best-seller du continent et détentrice d’un prix pullitzer, a décrété que les possesseurs d’eReader iraient bouffer du papier quand même. Mon sang de petit con technocrate n’a fait qu’un tour et je suis allé pirater le bouquin pour le lire sur le média de mon choix. Parce que dans le cas d’un livre vendu à des dizaines de millions d’exemplaires, rentabilisé depuis 50 ans et constituant un patrimoine culturel important, je trouve ça assez dommage (euphémisme poli) d’en restreindre l’accès. A fortiori quand les versions pirates pullulent. Voilà.

Donc.

To Kill A Mockingbird c’est plusieurs années du milieu du siècle dernier vus par les yeux de Scout, une petite fille du sud. Elle et son frère Jem sont élevés par Atticus, leur père avocat, et leur servante noire, Calpurnia. L’activité principale des gosses, en dehors des cours, est de tenter de faire sortir Boo Radley, le fils des voisins, de chez lui. Le garçon est un mythe local, le croquemitaine de la ville, ayant vécu sa vie entière terré dans sa maison. Mais très vite un procès vient secouer la communauté pourtant paisible et soudée. Un noir, Tom Robinson, est accusé d’avoir violé la fille des Ewells, une famille de délinquants notoires. Atticus est désigné pour assurer la défense du garçon et très vite, les préjugés exacerbent les tensions sociales entre voisins et amis. Pour Scout, qui peine à tout comprendre, c’est la fin de l’innocence et les premières confrontations avec l’injustice, le racisme et la violence entre les hommes.

Effectivement, To Kill A Mockingbird, c’est très bien. Déjà dans la forme car écrit à hauteur d’enfant mais avec une grande intelligence dans le choix des mots et un style léger. Et sur le fond puisque ce fut un des premiers romans américains à aborder des questions de racisme ou de lutte des classes. Par contre, ça fonctionne mieux si le lecteur est originaire des dits Etats Unis. C’est en tout cas l’impression que j’ai pu ressentir. Les problématiques du livre viennent chatouiller des blessures américaines, qui sont propres à ce pays et son histoire. Et j’imagine que j’aurais été bien plus touché si cela faisait partie de mon héritage. N’empêche qu’en se mettant un tout petit peu à la place d’un américain, on comprend que To Kill A Mockingbird soit encore enseigné de nos jours à l’école. Qui reste le meilleur endroit pour forcer les gens à lire des classiques (bien que Twitter puisse faire des miracles, la preve).

Tout ça m’explique en partie pourquoi peu de gens en France ont lu Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (lol titre is lol). Et c’est fort dommage. Parce que ça vaut le coup.

En papier ou en eBook piraté.

BUY STAGE !!!

Le poche français est pas cher, mais le poche américain est encore moins cher.

1169 – Fahrenheit

Le patron des éditions Stock a déclaré qu’il fallait interdire la vente de livres en ligne le même jour où Amazon a annoncé avoir signé son premier auteur dans sa propre maison d’édition. C’était jeudi.

L’univers à la sens de l’humour et le karma est une pute.

Je me souviens avoir acheté un livre des éditions Stock, qui se trouve être un grand éditeur, qui compte, avec plein de beaux auteurs. J’avais entendu parler du dit roman en retard, sur internet, et j’ai galéré pour le trouver dans deux librairies avant de le commander sur Amazon. D’après Jean-Marc Roberts, le directeur de la maison Stock, je m’y suis pris de travers. Car selon lui « La vente en ligne, c’est ce qui va peu à peu détourner le lecteur de son vrai libraire et donc, de la littérature ». Ce qui le pousse à conclure « Je pense qu’il faut se battre sur le lieu unique ». Les livres aux libraires, les déodorants aux déodoristes et le capitalisme sera bien gardé.

Autant dire que j’en menais pas large avec mon livre recommandé par un ordinateur froid au lieu d’un chaleureux libraire, et commandé chez l’ennemi. L’espace d’un instant je me suis demandé si Amazon allait accepter de me le reprendre.

Le fait est que dans le vrai monde, on n’a pas tous une librairie pas loin de chez nous, avec un libraire qui nous connait et qui a tous les livres du monde en stock. Et quand bien même, pour un type comme moi qui bosse en banlieue et finit après 19h, la librairie c’est le weekend uniquement. Malaise si l’envie me prend de lire en semaine. Fallait prévoir. La réalité est qu’il existe un public de librairie, que ça fait frétiller d’aller taper le bout de gras et de se faire cajoler. Tout comme il existe un public qui feuillette les recommandations des algorithmes de sites de vente en ligne et vont lire blogs et critiques pour se faire un avis. Et acheter.

Jean-Marc Roberts est éditeur, et à ce titre son boulot est de diffuser la littérature. Peu importe le lieu d’achat et le format d’achat, la seule chose qui doit compter est qu’une personne de plus ait été exposée au dit livre. Sans parler des bénéfices que cela engendrerait pour s’offrir des vacances (dont on/il a toujours besoin) et investir, prendre des risques créatifs. Sauf que pour une raison qui lui appartient, Mr Roberts préfèrerait se couper d’un canal de distribution entier, et du lectorat qui va avec.

Pendant ce temps-là, de l’autre côté de l’atlantique.

Amazon a créé il y a quelques mois sa propre maison d’édition, qui éditera des livres papiers qui pourront être vendus en librairies. Rue 89 posait cette semaine la question « Amazon devient éditeur. Faut-il en avoir peur ? ». Heu… Qui a peur ? Les auteurs seront contents d’avoir une maison de plus dans laquelle espérer signer. Les lecteurs seront contents d’avoir plus de livres sur les étals. Le public de Rue 89 doit donc être composé en majorité de libraires et d’éditeurs. Les libraires n’aiment pas vendre les livres de leurs concurrents : ça leur fait de la pub et ça les forces à leur payer une marge. Avant de s’insurger, n’oublions pas l’histoire : car beaucoup d’éditeurs ont commencé en étant des libraires qui éditaient leurs propres ouvrages. C’était au siècle dernier, à Paris.

Quand je parlais du karma et de l’ironie de l’univers.

Sinon oui, je comprends Jean-Marc Roberts et ses collègues qui voient d’un mauvais œil l’arrivée d’un nouveau concurrent disposant de son propre canal de distribution. Alors qu’au même moment il existe une entente française au niveau des éditeurs de littérature pour qu’ils vendent eux-mêmes leurs livres numériques. Ils sont éditeurs et distributeurs. Ils reprochent donc à Amazon de faire avec le papier ce qu’ils essaient de faire avec le numérique. OUPS.

Jeudi dernier les éditions Amazon ont signé leur premier auteur : Tim Ferris, un mec qui vend plusieurs MILLIONS d’exemplaires de chacun de ses livres. Peu importe ce que pensent ou espèrent les acteurs du livre. Amazon ne va pas perdre. La bataille pour empêcher le géant de s’implanter en tant qu’éditeur est finie avant même d’avoir commencée. Les éditeurs et libraires refusent d’admettre une simple vérité, pourtant connue de chaque gamin de six ans qui joue à Pokemon : si tu n’évolues pas, tu meurs.

Si la concurrence est bonne à une chose, c’est de forcer à l’innovation. Gens de l’édition et de la distribution, au lieu de freiner des deux pieds, retroussez-vous les manches et innovez. Faites comme avant mais en mieux, en nouveau.

L’écrivaillant et le lecteur que je suis ne demande que ça.
Parce que je vous aime bien en vrai.

1168 – Wallpapergirl Etiquette

J’ai la photo d’une vraie fille que je ne connais pas du tout en image de veille de téléphone. Ce qui m’a poussé à me justifier en mon fort intérieur. Ce qui m’a poussé (si si) à évaluer la légitimité d’une photo de fille en fond d’écran :

  • La photo de votre copine

J’ai tenté ça quand j’étais jeune. Le gros plan 15 millions de pixels de la frimousse de sa belle. Sur le moment j’étais super fier. Puis la copine en question est tombée dessus et ce fut l’instant malaise. Elle avait l’impression de s’auto fliquer. Et d’avoir un miroir figé braqué sur elle. Gros traumatisme. Quelques minutes plus tard je rendais à Ichigo Kurosaki sa juste place sur le bureau de mon ordinateur. Au passage j’ai retenu la leçon, et n’ai plus jamais utilisé le moindre début de petite amie/plan quelconque comme papier peint.

  • La photo d’une actrice

Attention, là je vous parle d’une actrice de film « en costume ». C’est-à-dire dans son rôle pour le film en question. Par exemple j’ai eu pendant près d’un an Olvia Wilde dans Tron en fond d’écran sur l’ordi de chez moi. Moralement ça va, parce qu’on peut argumenter. Non mais tu vois je suis pas un coquinou pervers, j’admire la direction artistique et puis c’est parce que je suis fan du film. C’est une façon de l’attendre un peu chaque jour.

  • La photo d’une actrice²

Oui, j’ai cédé. Cette année j’ai eu Alison Brie en lingerie en fond d’écran de téléphone. C’est la faute de @zeni qui m’a envoyé une photo trop belle pour n’être regardée que quelques heures par jour. Alors j’ai renoncé à ma dignité, mes bas instincts ayant pris le dessus. Joie de tapoter le booty d’Alison pour déverrouiller mon portable. Et puis merde j’ai acheté une nouvelle de l’actrice, un jour, j’avais le droit ! Heureusement, n’écoutant que mon courage, j’ai réussi à me séparer de Brie et de remettre Peter Parker à la place. Mais pendant quelques semaines j’étais pas fier.

  • La photo d’une fille random

Offense capitale : utiliser un fond d’écran coquin trouvé au pif, sans attachement particulier au modèle, juste parce que ça fait plaisir. Jamais, même dans mes heures les plus sombres, je ne me suis abaissé à ça. Ce qui vaut autant pour mes bureaux numériques que pour les murs de ma chambre d’ados : que du dessin, jamais de poster Playboy à déplier. Parce qu’il faut se fixer des limites. C’est important les limites.

Tout ça pour en revenir à ma dernière trouvaille : la photo d’une fille random qui fait un cosplay.

Techniquement ça pourrait rentrer dans la catégorie actrice en costume. Sauf qu’on n’a jamais vu la fille auparavant. En même temps on est pas loin du dessin ou de l’illustration. Dans le cas présent j’aurais tout aussi bien pu prendre une capture de l’héroïne de Bioshock Infinite. A la différence près que là, on a affaire à une vraie fille de chair et de sang, qui reste fausse parce que costume, lentilles de couleurs etc… Il s’agit d’une zone d’ombre idéologique, un espèce de croisement chelou ou dignité et envie se mélange sans qu’on sache vraiment où commence et termine quoi que ce soit.

Alors je me l’autorise. Voilà.
Parce que j’aime bien.

Et c’est pas sale.

Okay ?