1164 – Book Review 189

« Someone, somewhere figured out that, like chimpanzees, superheroes make everything more entertaining. »

Grant Morrison est un des plus grands scénaristes de comics du monde. Voilà. Cet écossais quadragénaire chauve est une figure polarisante dans l’univers de la bande dessinée. Il est autant adoré que détesté et, à titre personnel, je trouve qu’il est capable du meilleur comme du pire. N’empêche que ses All-Star Superman, Batman & Robin ou son run sur X-Men confinent au génie. Comme plusieurs de ses projets hors super-héros comme We3 ou The Invisibles. Surtout, Grand Morrison aime intellectualiser à mort. Puit de science, il creuse toujours plus loin dans la psychologie, l’histoire et les mythes pour trouver du nouveau matériel pour ses scénarios. Une curiosité qui lui a valu d’apparaître dans plusieurs documentaires ou des clips de groupes de rock comme My Chemical Romance.

Grant Morrison est comme tous les génies : fou. Alors quand il écrit un bouquin sur le rapport entre les super-héros et les dieux, on le lit.

Supergods part d’une idée simple, analyser l’histoire des super héros avec un prisme mythologique. Morrison découpe l’évolution des comics en périodes qui lui permettent de soutenir son propos, mêlant société de l’époque, état de l’industrie et courants idéologiques pour rattacher personnages et scénarios à une mythologie sans cesse en mouvement. Et dès que Morrison en arrive à sa date de naissance, il vient s’inclure dans le récit, en racontant une partie de son enfance, ses motivations, ses premiers pas de scénaristes jusqu’au succès. Notons une cinquantaine de pages dédiées à ses expériences avec les psychotropes à Katmandu, qui lui auraient permis de rencontrer des divinités de la cinquième dimension. Et l’influence que cela a pu avoir sur ses comics par la suite.

Là on rigole mais en vrai c’est fascinant.

Le problème avec Supergods est qu’on ne sait pas toujours ce qu’on lit. Est-ce une histoire des comics au fur et à mesure des bouleversements de la société américaine, un traité philosophique sur le parallèle entre le super-héros et les divinités, une autobiographie de Grant Morrison, auteur prolifique, fou et fascinant ? Le livre est un peu tout ça à la fois, d’où une impression de lecture un peu disjointe. On peut s’emmerder prodigieusement sur dix pages pour être fasciné par les dix suivantes, tout en étant déçu qu’il en manque une dizaine sur tel ou tel sujet peu approfondi. Frustration. Heureusement qu’on apprend plein de trucs super cools comme par exemple que Grant Morrison a écrit un numéro de The Ultimates à la place de Mark Millar pendant que celui-ci était à l’hôpital sans qu’aucun lecteur ne s’en rende compte.

Grant Morrison reste un personnage controversé et ce n’est pas Supergods qui fera taire ses détracteurs. La presse US n’a pas été tendre avec le livre et bien que je reste un peu sur ma faim, je crois l’avoir plus apprécié qu’eux. J’imagine qu’un néophyte curieux des comics l’apprécierait encore plus.

Avec un peu de chance, à ce stade de l’article, vous devriez savoir si c’est pour vous ou pas.

BUY STAGE !!!

Si oui alors hop, on passe à la caisse.

1163 – Casting Call

A un moment sur mon dernier bouquin que j’écris (plus, parce stage et presque mémoire), je me suis retrouvé coincé quand il a fallu faire intervenir un nouveau personnage. Je savais à quoi il servait, d’un point de vue narratif. Mais ni à quoi il ressemblait ni comment il parlait. D’où léger malaise dans l’écriture. Surtout au niveau des dialogues, qui est un des aspects les plus difficiles à réussir dans un roman. D’une parce que dans la vraie vie on ne passe pas notre temps à ponctuer nos phrases par le prénom de notre interlocuteur. De deux parce qu’on ne parle pas de la même façon d’une personne à l’autre. Sauf qu’on écrit seul. Une astuce courante est de trouver un tic de langage par perso (qui dira tout le temps « mec » par exemple) ou un gadget grammatical récurent.

A la place j’ai plutôt décidé que le personnage masculin serait joué Sam Worthington.

Ce qui me ramène à l’excellent Writing Movies For Fun And Profit. Le bouquin élabore sur ce cliché maintes fois entendu de « j’ai écrit ce rôle avec machin en tête ». Nos amis scénaristes nous expliquent que le but n’est pas tant que courtiser l’acteur en question que de trouver une voix unique pour ses personnages. Nous avons tous une idée simplifiée et archétypale de la personnalité de la plupart des acteurs. Que ce soit à cause d’un bon doubleur, d’une série de rôles ou d’un physique, on croit savoir comment ils parleraient, comment ils réagiraient. Alors oui, des fois ça permet aussi de séduire la star qui a servie d’inspiration au script. Mais le reste du temps c’est un excellent moyen d’habiter un personnage le temps de lui faire jouer son scénario.

Pour moi Sam Worthington c’est un beau gosse à l’accent à peu près aussi niais que sa personnalité mais qui a un grand cœur au fond et parle d’une voix sombre et douce à la fois.

Voilà.

Et mine de rien ça fonctionne plutôt pas mal. Parce qu’en plus de te donner une personnalité dans les dialogues, ça t’aide aussi à visualiser un physique, ses déplacements, des fringues, tout plein de détails beaucoup plus difficiles à extraire du néant. Et l’avantage c’est qu’à la manière d’un film joué par un autre acteur, c’est transparent pour le lecteur. C’est comme le crayon bleu avant l’encrage d’une BD, c’est là mais on ne le voit plus une fois le travail achevé et mis dans les mains du premier venu. D’ailleurs depuis le début mon héroïne est basée sur quelqu’un que je connais, et son ami d’enfance est calqué sur un autre type de l’époque du lycée. J’ai fait mon petit casting et bien qu’il me manque encore quelques rôles à combler, je ne peux que valider la méthode.

Et puis ça permet de s’amuser à constituer son casting hollywoodien de rêve, ou faire vivre un tas d’aventures plus ou moins cool à ses amis de la vraie vie. Ce qui, dit comme ça, est un peu flippant.

Mais c’est pour la bonne cause.

1162 – Don’t Tell Me Who I Can’t Do !

Je suis allé voir J’aime regarder les filles au cinéma. A cause du titre et des lèvres de l’actrice principale (dont une de ses amies m’a appris qu’elle était beaucoup plus casée que la plus casée des meufs qui ne sera jamais ta copine). L’histoire du film, c’est un prolo provincial sans le sou qui s’amourache d’une princesse bon chic bon genre parisienne. Sauf que quand la fille découvre que son nouveau mec est un plouc, elle le largue. Mais il insiste, parce que c’est pas perdu. Sauf qu’il finit par comprendre qu’en fait il est mieux avec la meilleure amie mignonette, tendre et moins bourgeoise. Parce que même dans le cinéma indé français intellectuel, la beauté c’est superficiel et faut pas trop aimer hors de sa classe sociale.

Sur le coup je n’ai pas trop prêté attention au sous-texte trop obnubilé par une scène en ombres du film (pour ceux qui savent). Puis la morale m’est remontée en tête deux semaines plus tard, au détour d’une conversation.

J’étais concentré sur l’ordre de nomage de mes sashimis quand la fille en face de moi m’a reproché de vouloir la pom pom girl. T’es un mec spécial, dans le sens un peu bizarre mais plein de personnalité, Matthias. Mais tu veux la bonnasse de service, la pom pom girl. Mais tu peux pas, parce que ça marche pas comme ça, que tu fantasmes à plein régime. C’est comme moi, je peux pas avoir mon Hank Moody parce que je suis le genre de fille compatible. Du coup t’es malheureux pour rien. Faut pas t’étonner qu’elles t’ignorent, te prennent de haut ou comme là te mettent des coups de latte dans les rotules. Faut pas fricoter avec parce que tu vas perdre. D’ailleurs c’est pas pour rien si dans les films le nerd finit toujours avec sa copine choute et pas la pétasse qu’il convoite depuis le début. Leçon de vie. Leçonne toi.

Ouais bah moi j’aime bien The Faculty, et dans The Faculty y’a Elijah Wood qui joue un gros nerd et qui se tape la chef des pomp pom girls à la fin, parce qu’il l’a sauvé des aliens et qu’en fait elle est pas superficielle. D’abord.

Alors oui je sais que les couples ont tendance à se former dans les mêmes classes sociales. Je sais que parce que je ne clope/bois pas ça devient rapidement hyper galère de séduire une fille qui clope/bois. Je sais aussi que quand on croise un couple mal assorti dans le métro on ricane qu’il/elle la larguera vite quand il/elle comprendra. Nous sommes bouffis de préjugés et le réel leur donne raison. Pendant que dans les comics Peter Parker se marie avec une mannequin pour tous nous venger. Sauf que des fois ça existe, l’étincelle à la couleur un peu étrange qui fait s’assembler deux personnes qui ne se ressemblent pas, où le fantasme de l’un devient contagieux. Quand bien même ça ne dure pas longtemps, se termine dans le sang et s’exorcise dans un manuscrit au fond d’un tiroir. Pure hypothèse.

Fuck le cinéma, fuck les copines avec leurs sushis, fuck les accidents du passé et fuck les connasses du présent. La pom pom girl à un cœur, et avec un peu de chance, on peut l’atteindre. On peut avoir celle qu’on veut.

Au pire il y a toujours les invasions aliens.