1161 – Book Review 188

Cette année encore, je me suis fait avoir. J’ai acheté LE best-seller anglo-saxon qui va bien, le bouquin aux 233 critiques Amazon pour une moyenne de 4 étoiles sur 5. Le livre tellement bon que les droits français ont été achetés avant sa publication anglaise (il est d’ailleurs déjà dispo, avec 54 critiques Amazon pour une moyenne de 4,5/5). Avant d’aller dormir est le premier bouquin de l’anglais S J Watson. Le mec a fait une école d’écriture, ce qui lui a permis d’avoir un diplôme, un roman, un agent et un contrat. Il faut dire que le pitch du livre est super sexy, assez pour m’avoir fait passer à la caisse. Ça et ma curiosité qui veut que j’aille fourrer mon nez dans les succès littéraires étrangers. Pour la science.

Chaque jour Christine se réveille sans savoir où elle se trouve. Chaque jour celle qui croit avoir la vingtaine découvre un corps de quadragénaire dans la glace de la salle de bain et un mari inconnu endormi au fond du lit. Blessée lors d’un accident, Christine est incapable de retenir de nouveaux souvenirs et doit tout réapprendre chaque matin. Heureusement que Ben, son mari, a la patience et le courage de répéter les mêmes rituels d’apprentissage tous les jours. Encouragée par un neurologue qu’elle voit quand Ben travaille, Christine commence la rédaction quotidienne d’un journal, qu’elle lira au réveil, dans le but de stimuler sa mémoire. Très vite l’amnésique se rend compte que quelque chose cloche, son journal lui révèle que Ben lui ment, que sa vie et son accident sont bien plus complexes que ce qu’on lui laisse entendre. Quelque chose cloche et Christine est prête à tout pour découvrir quoi, avant de tout oublier à nouveau.

Before I Go To Sleep est donc la version thriller hardcore de 50 First Dates (que vous devez regarder). C’est aussi la version roman de plage avec une écriture qui ratisse le plus large possible. J’ai absolument détesté la narration de BIGTS. J’ai voulu jeter le bouquin contre un mur mais ça marche pas avec des fichiers numériques et je tiens à mon Kindle. Le truc, c’est que les deux tiers du livre sont composés du journal de l’héroïne. Sauf que le style d’écriture ne change pas. Parce que l’introduction est déjà à la première personne et surtout parce que Christine raconte ses journées comme elle écrirait un roman (pour sa défense, son personnage est écrivain, mais même). C’est-à-dire qu’en plus de consigner les évènements de sa journée, elle décrit la couleur du ciel, le bruit de la pluie et l’odeur des rideaux du salon. Elle met de l’ambiance et du “style” dans son journal intime. Problèmes : c’est prodigieusement lourd (et prétentieux) et surtout c’est contre-productif.

Si tu as 12h pour relire tes mémoires, vivre ta journée et mettre à jour ton texte, TU VAS PAS ECRIRE UN PUTAIN DE ROMAN.

Dans Memento, le héros consigne sa vie sur des polaroïds et via des mots au marqueur sur sa peau. En 30sec il sait tout ce dont il a besoin pour fonctionner avant son prochain blackout. Assez vite dans BIGTS l’héroïne nous raconte qu’elle a passé la matinée entière à lire son journal, ou qu’elle a du sauter des passages pour arriver au bout avant midi. NO SHIT SHERLOCK ?! Quand bien même tu es assez une connasse prétentieuse pour proser ta vie, à un moment tu réalises le problème logistique posé par la lecture et tu fais des petits résumés de chaque entrée pour la prochaine fois. En plus ça aurait donné un exercice d’écriture intéressant, une narration éclatée mais conçue pour être lisible facilement. Oui bon du coup ce serait trop compliqué pour la ménagère qui lit son seul bouquin de l’année à la plage (et va s’émerveiller sur Amazon après). Va pour la prose alors.

Je suppose que c’est cette même logique d’ultra simplification qui a prévalu quand l’auteur a décidé de TOUT expliciter. Rien n’est suggéré, tout est multi-analysé. Par exemple Catherine appelle sa meilleure amie, lui pose une question. L’amie ne répond pas tout de suite. L’auteur nous précise « comme si elle était embarrassée par le sujet ». NOT SHIT. Et c’est comme ça tout le long. Dès qu’une idée où un point de détail est amené, S J Watson le pointe du doigt, pour être certain que tout le monde l’ait bien vu. Horreur et suicide de la subtilité.

Entre le refus de faire confiance à l’intelligence du lecteur et le style uniforme que ce soit dans les flashbacks, le journal intime ou le présent, le nivellement littéraire vers le bas de Before I Go To Sleep est total. Même que c’est comme ça qu’on vend beaucoup et à tout le monde.

Il reste l’histoire, qui ménage ses effets de manche et qui, une fois passé le ventre mou de l’intrigue, s’achève sur une conclusion bien troussée. Tout est expliqué (avec une ou deux feintes) et les derniers chapitres accrochent autant que les premiers. Le succès total du bouquin tient au thriller très efficace qui s’y niche. Ca fera un super bon film si quelqu’un achète les d… Ah, on me dit dans l’oreillette que c’est déjà fait. Bon bah cool. Comme ça je peux vous conseiller l’adaptation ciné.

Ce qui vous dispense d’acheter le livre. Winning !

BUY STAGE !!!

Mais si vous y tenez ça vous coûtera vingt euros en VF et quinze en VO.

1160 – Trick And Treat

Le truc super relou : être persuadé d’entendre son téléphone vibrer. Tu as beau savoir que tu as imaginé le « brrr » du vibreur, tu vas quand même vérifier, au cas où. C’est Pavlovien. Le son de vibration est associé à la récompense du texto, du message, dont personne ne doute qu’il va changer ta journée (« Hé viens on va boire un verre ») ou ta vie (« hé viens on part baiser et se marier à Las Vegas »). Ca me le fait aussi avec les jeux vidéo. Par exemple ce petit bruit caractéristique quand tu débloques un succès sur Xbox, le « plop », qui vient gonfler ton égo et faire frétiller tes oreilles, bah je l’entends tout le temps. Je joue peinard et là, PLOP, sauf que c’est dans ma tête. Parce que je suis un malade mental. Et ça les gens qui font des jeux de fitness l’ont bien compris, vu qu’ils usent et abusent des récompenses sonores.

Non vous ne rêvez pas, je suis tellement taré que je vais vous faire un benchmark des sons pavloviens dans les jeux vidéo de fitness. Du plus soft au plus lobotomiste.

On commence par YourShape. Le jeu te demande d’être en rythme avec le coach et d’effectuer les bons mouvements. Quand tu rentres en synchro avec le jeu, un léger son de clochette te fait entendre. Si tu perds le rythme, un autre léger son plus grave retentit. On a donc deux signaux : bien/pas bien. Qui ne se répètent que quand on rentre en/perd la synchro.
Ça se complique dans EA Sports Active. Le jeu te demande de faire les mouvements requis à chaque exercice et ne va pas s’arrêter tant que tu n’as pas complété tes répétitions. Pas de rythme, pas de signal sonore lié. MAIS, dès que tu fais une portion de mouvement correcte, un ding de récompense se fait entendre. Tu lèves ton haltère, ding, tu baisses ton haltère, ding. Ca en devient un facteur de motivation. Une sonnerie signifie une micro-réussite. Plein de sonneries, plein de réussites.
Le système est poussé jusqu’au bout dans UFC Personnal Trainer. Le (seul) jeu de fitness ciblé pour les hommes te demande de faire les mouvements requis à chaque exercice mais s’arrête au bout d’un temps donné. Le facteur temps devient important. Ici encore chaque portion de mouvement correcte déclenche un son approbateur. Sauf qu’en plus on a un son qui prévient qu’on doit bouger juste avant. En gros « ding » pour te dire qu’il faut donner un coup de poing et « blip » quand tu donnes correctement le coup de poing.

On a donc un jeu qui t’ordonne une action avec toujours le même bruit et qui te récompenses si tu l’exécute avec un autre bruit. Félicitations, tu es à présent lobotomisé.

Quand dans UFC tu accélères le rythme de tes enchainements de coups, c’est autant pour suer que pour te shooter les neurones avec la cascade de ding/blips que ça entraine. Ces sons sont associés à des récompenses et c’est ton cerveau reptilien qui se vautre dans la cocaïne sonore. D’où colère est frustration quand le jeu ne capte pas bien ton mouvement, ou si tu le fais mal et qu’il ne compte pas. Tu te fous du nombre de calories perdues, tu veux ton putain de susucre !

Là où ça devient encore plus pervers, c’est qu’UFC Personnal Trainer utilise une gamme sonore dépréciative avec la même efficacité. Si tu n’effectues pas le mouvement dans les temps (parce que tu t’es effondré comme une merde au bout de 16 pompes sur 20), tu reçois un son grave connoté négativement : « bom ». Si tu vas trop vite ou de travers, le son positif devient négatif avec un « blop ». Ces bruitages deviennent rapidement associés à une punition dans l’esprit : tu as raté, tu es puni. Non seulement tu n’as pas ton susucre sonore, mais tu as une gifle à la place. On obtient donc rapidement l’effet désiré : que le joueur fasse tout pour éviter les mauvais sons. Ce qui inclue aussi le chronomètre qui, dans les dix dernières secondes, se lance dans des sonneries stridentes.

A titre personnel je me demande si la horde de sonneries d’UFC Personnal Trainer n’est pas liée à la cible masculine du jeu, à priori beaucoup plus motivée par des « engueulades » qu’une fille moins habituée à des mécaniques de scores et de punitions. D’ailleurs dans YourShape les rares exercices de boxe déclenchent un son à chaque coup lorsque les exercices de cardio/aérobique ne signalent que le bon rythme.

Les humains sont des animaux stupides, à peine plus évolués que le chien de Pavlov. Certes on est capable d’aller bosser pour s’acheter une Xbox et un jeu. Mais les game designers ont bien compris qu’avec trois bruitages basiques ils nous tiennent par les neurones. La lobotomie n’est pas très loin.

La bonne nouvelle c’est que ça fait (peut-être) mincir.