1177 – Hot Seat

En 1997 j’avais 11 ans mais pas de TV. Et encore moins de Nintendo 64. Alors au moins deux ou trois fois par semaine je passais chez un pote pour jouer à Diddy Kong Racing. Loin d’être des pro gamers, on souffrait de concert pour passer des circuits qui me paraissent d’une simplicité abyssale aujourd’hui. Je le sais pour l’avoir bouclé en quelques jours il n’y a pas si longtemps. N’empêche, à l’époque, c’était la souffrance. Parfois on jouait à deux, parfois on se passait la manette à tout de rôle, au fil des crises de nerfs. Le but étant d’aller au bout. Alors forcément, il se mettait à faire nuit et j’appelais chez moi pour prévenir que je ne rentrais pas. C’était pates au fromage et second round jusqu’à minuit. Si je ne dis pas de conneries au final personne n’aura réussi sur le moment à battre le boss de fin.

Mais putain on aura essayé.

Ce mercredi j’ai rendez-vous chez moi avec un ami. Il doit venir avec une bouteille de Pepsi Max. L’idée c’est qu’on joue à Battlefield : Bad Company II, chacun notre tour. On a eu l’idée sur Medal of Honor. On joue en multijoueur, et toutes les deux morts, on se passe la manette. Tout en discutant des filles, des gens des internets, du boulot, des vacances, de la vie. Là où c’est cool c’est qu’on peut commenter la partie de l’autre, se marrer ou simplement tenter d’être le meilleur possible pour ne pas lâcher la manette. Là où ça devient intéressant, c’est qu’on a tenté de jouer ensemble en réseau, ce même ami et moi. Mais tous deux concentrés en même temps, ça ne marchait plus. On n’arrivait pas à discuter ET jouer. Tout ça pour dire que ce jour-là quand, avachis face à la TV, on se partageait une seule partie, je me suis souvenu d’avant.

Je me suis rappelé les niveaux aquatiques infâmes de Diddy Kong Racing. Je me suis souvenu de la demi-heure qu’on a passée en relai à trois pour battre Sephirot alors qu’on était clairement trop faible pour tenter le boss de fin. Plus près d’aujourd’hui j’ai partagé des aprèms d’été entières sur Rock Band avec trois potes, sachant qu’on finissait forcément tous torse nus à cause de la chaleur infernale produite par quatre post-ados wannabe rockeurs. No homo. Ou simplement une petite aprèm’ en coop sur l’excellent Shank ou Scott Pilgrim avec mon frangin. Autant je suis incapable de participer à une session FIFA entre collègues de bonne volonté, autant je réalise que je devrais peut être inviter mes potes plus souvent à venir taquiner du stick. Au lieu de ça je me contente de buter des ados ricains sur Call Of Duty pour égayer mes longues conversations au téléphone.

Parce que dans un studio pourri on invite moins ses potes, et de toute façon on a qu’une manette, et des jeux solo chiant. Puis un jour on se rappelle, on bute des ados ricains à deux. Double lol. Vivement mercredi, et toutes les fois d’après où j’inviterai plein de gens.

Peut-être.

1176 – Book Review 193

J’aime bien Philippe Jaenada.

Parce j’ai eu envie de le lire en l’écoutant lire un bout de son précédent bouquin (jeu : retrouve la note où j’en parle et que je ne linke pas). Je me rappelle m’être dit « putain c’est pas mal ». D’où l’achat du dit livre un peu plus tard. Dans un monde parfait on découvrirait des romans comme ça, en en lisant ou en en entendant un morceau qui donne envie. Parce qu’on en aurait le temps et l’opportunité. Depuis, avec Philippe, on a eu le temps de se croiser une ou deux fois. Assez pour qu’il déteste mon manuscrit (jeu² : retrouve la note où j’en parle et que je ne linke pas). Le mois dernier il m’a payé un Perrier, ce qui est potentiellement la preuve que je suis un vendu et que cette note est sponsorisée. C’était surtout l’occasion de lui taxer son dernier roman, qui vient de sortir chez Grasset. Ça s’appelle Le femme et l’ours, et c’est «le bouquin que j’assume le plus, d’ailleurs, tout dedans est vrai».

Bix Sabaniego est las. La quarantaine bien tassée, il vit à Paris avec sa femme et son fils. Sa fierté était d’écrire des livres, mais avec le temps c’est surtout un bon moyen de pouvoir continuer à s’offrir à boire. Il écume les bars en bas de chez lui, connait tout le monde, du serveur au poivrot édenté. D’ailleurs, il peut vous raconter toutes les anecdotes glanées au fond d’un verre depuis des années. Un jour c’est l’engueulade de trop à la maison. Dépité, Bix ne veut pas rentrer une fois calmé et imbibé. Alors il erre dans le dixième arrondissement et au delà, allant de rencontres en rencontres. Il croisera la route d’une fan magnifique, d’un cambrioleur casse-cou et autres serveurs de nuit. Autant de travaux sur la longue route qui ramènera l’ours dans sa tanière, jusqu’à sa femme.

Ce que j’aime bien dans les bouquins de Jaenada, c’est le style de style. Je m’explique. Plutôt que d’utiliser un dictionnaire de synonymes et un index des figures de la langue française, Philippe préfère se concentrer sur le rythme du texte. Les phrases sont courtes, se font écho, rebondissent sur des parenthèses. Ça vous parle aux yeux, en gros, avec une certaine cadence. Alors je me surprends à ricaner bêtement sur mon trajet de métro. Et ce n’était pas gagné, vu que le livre raconte la virée sur trois jours d’un alcoolique en pleine déprime. Rapport au fait que je n’ai jamais bu de verre de ma vie et que la trame La femme et l’ours relève pour moi d’une expérience proche de la science-fiction. Ce qui, du coup, me met dans l’embarras quand j’en arrive à vous le conseiller (ou pas).

En ce qui me concerne, le style seul de Philippe m’aura suffi à apprécier La femme et l’ours. Je pense que le même livre, écrit par quelqu’un d’autre, m’aurait prodigieusement barbé. Surtout une trentaine de pages trop longues dans le dernier tiers. Il est aussi fort probable que mon Perrier et moi ne soyons pas la cible idéale vis-à-vis de la trame du roman. Un buveur y trouverait peut être autre chose.

A vous de voir.

BUY STAGE !!!

Hop, 18 euros.

1175 – Ubiquity

La semaine dernière DC Comics relançait l’intégralité de sa ligne de comics avec de nouveaux numéros 1 et une continuité purgée de décennies de complexité. On en avait déjà parlé ici mais cette fois, ça y est, le nouveau Justice League 1 est dans les bacs depuis mercredi. On peut y lire la (nouvelle) première rencontre entre Batman, Green Lantern et Superman. L’histoire est donc écrite et réécrite à la fois. Et comme annoncé au printemps, le comic est sorti au même moment en version papier et numérique. L’info que je n’avais pas relevée au moment de l’annonce, c’est que Justice League sorti aussi dans une version « Combo Pack » en librairie. Pour un dollar de plus, le numéro est vendu sous film plastique avec un code unique à l’intérieur, donnant accès au téléchargement du même numéro sur la boutique en ligne de DC.

Le futur de la bande dessinée (et de l’édition en général), commence ici.

Je m’émerveillais déjà des Triple-Pack pour les films : quand on a dans la même boite le Blu-Ray, le DVD et la copie numérique. Joie du consumérisme et logique du présent. Si l’on achète « une licence d’utilisation » d’une œuvre, argument contre la copie et le piratage (si tu ne possèdes pas l’œuvre, mais une licence d’utilisation, tu ne peux pas faire ce que tu veux avec), cela semble logique pour les éditeurs de contenu de toute faire pour qu’on puisse jouir de la dite licence sur le plus de formats possibles. A une époque on piratait le Divx du film qu’on avait en DVD. Maintenant on te le file d’office, ça évite de faire vivre les réseaux tout ça. COUCOU LE BON SENS. Là où ça devient intéressant, c’est quand ce service s’étend au reste de l’industrie culturelle.

Cette année le jeu vidéo Portal II était vendu sur Playstation III avec un code débloquant une version PC gratuite sur le service en ligne Steam. C’était une première, jusqu’à la fin du mois dernier où Deus EX : Human Revolution contenait dans sa version PC un code permettant d’y jouer sur le service de streaming OnLive. La pratique a traumatisé la chaîne de magasins physiques Gamestop qui a envoyé un mémo à ses employés, les enjoignant à retirer le coupon des exemplaires PC avant de les vendre. Parce que ça leur faisait trop mal de pousser les consommateurs vers un distributeur concurrent numérique via la copie offerte. Sauf qu’ouvrir une boîte de jeu pour en retirer un élément et la vendre comme neuve, c’est pas hyper légal. D’où retour de bâton cosmique dans leur tête. Mais leur position n’est pas simple à tenir.

A moins que.

L’autre grosse news de la semaine vis-à-vis de Justice League 1, c’est que le Combo-Pack papier plus numérique s’est retrouvé en rupture de stock et va être réimprimée. Certes le tirage était moindre mais cela illustre une réalité du marché : les gens veulent tout avoir d’un coup et sont prêt à dépenser un peu plus pour ça. Et si le capitalisme nous a appris une chose, c’est que si la demande existe, l’offre va venir à sa rencontre. De la même manière que tous les films sortent en version double ou triple pack, cela ne m’étonnerait pas que DC étendent son idée de combo pack au reste de sa ligne. Peut être pas cette année, mais à terme. Et si les lecteurs préfèrent avoir les deux plutôt que simplement se rabattre sur le numérique, les revendeurs de comics (ou autre) n’ont peut pas tant à y perdre que cela.

Peut-être que la véritable réponse au tout numérique est le compromis : au lieu de forcer les consommateurs à choisir un camp, un format, autant lui donner l’intégrale. Achète une fois, récupère tout d’un coup. Et achète en magasin si tu as la flemme de te faire livrer.

C’est en tout cas ce que semble croire le cinéma en général, Valve, Sony, OnLive ou encore DC Comics. Je suis certain que les autres regardent avec attention.