1199 – Cartoon Time!

Je regardais une mouche avec un pistolet laser racketter les tartes royales en apesanteur dans le caisson de transport d’un gamin de 12 ans quand je me suis dit que je devais faire un article sur Adventure Time.

D’après ma montre je suis bientôt en recherche d’emploi en rédaction de mémoire en vacances. Il est donc normal que je révise la programmation des chaînes enfant du câble. Ce qui m’a poussé à passer une partie de mon weekend à jongler entre Cartoon Network, Disney XD et compagnie. Au hasards de la télécommande je suis tombé sur Adventure Time, une série d’épisodes de onze minutes, dont j’avais entendu du bien sur les internets.

J’ai passé le reste de la soirée à me filer des baffes pour ne jamais avoir regardé plus tôt, n’arrêtant de m’auto flageller qu’une fois l’intégrale téléchargée et prête à la consommation marathon.

Adventure Time with Finn and Jake raconte les périgrinations (paie ton synonyme pour éviter la repetition) de Finn le chien et Jake l’humain dans le monde fantastique de Ooo. Il s’agit d’un univers fantastique avec des princesses en sucre, des panneaux indicateurs sociopathes, des mouches squelettes et des dongeons plein de trésors. Finn est d’ailleurs un chien capable d’étirer son corps pour prendre toutes les formes, ce qui est pratique pour terrasser les monstres ou devenir une luge improvisée. Chaque épisode raconte une épopée (synonyme) souvent épique, qui se plie en une grosse dizaine de minutes. Pour y arriver, la série adopte une narration un peu épileptique, avec des personnages qui courent et hurlent sans arrêt. En combo avec l’univers déjanté et le style graphique très indé, c’est un peu comme sniffer du LSD par les yeux.

Le show est fortement inspiré des comics indépendants, des jeux de rôle ou des jeux vidéo et offre un délire complètement barré. D’où un début de statut culte chez les geeks et hipsters. Il m’aura fallu un seul épisode pour être accro. Encore maintenant, alors que je me mets à jour, j’hallucine devant l’audace visuelle et narrative (avec des passages franchement perturbants mais qui passent pour les enfants grâce au style). Je sens que l’achat de produits dérivés ne devrait pas tarder.

Si vous avez la chance de ne pas bosser aujourd’hui, mattez en un ou deux. D’ailleurs si vous bossez, mattez en aussi un ou deux, c’est pas comme si votre boss n’avait pas posé sa journée.

Parce qu’il n’existe aucune tristesse qu’un super dessin animé ne puisse pas soigner.

ADVENTURE TIME !!!

1199 – Booth Babes

Je n’aime pas demander à une très jolie fille si je peux me poser avec elle. Une hôtesse sur un salon, c’est un peu comme un Pokemon : on préfère l’attraper plutôt que de la prendre en photo. Tout ça pour expliquer les ventes médiocres du jeu de safari Pokemon Snap. Alors un safari avec des filles payées une misère pour s’exhiber en catins, je trouve ça un poil sinistre. Pourtant, cette semaine, je me suis retrouvé aux bras de l’hôtesse la plus jolie du Paris Games Week. J’avais décidé, à l’aide de critères super scientifiques, que c’était LA PLUS CRAQUANTE. Ce qui m’a poussé à la zieuter de loin, me lamenter du dit loin sur Twitter, encore et encore. Un pote plus courageux est allé la coincer pour lui demander une photo avec moi. Je n’avais rien réclamé, je voulais pas. D’où léger malaise, bien qu’il soit trop tard, le destin déjà en marche.

J’ai repensé à tous les geeks qui réclament des pics avec les demoiselles, mais n’osent pas les toucher. On appelle ça le « hover hand ». Perdu pour perdu, j’ai enroulé mon bras autour de la fille et planté mes doigts dans son bustier en vinyle, pour le plus grand délice de mon petit cœur.

Le Paris Games Week est le plus grand salon français du jeu vidéo. Cette année, porte de Versailles, on aura fait 180 000 visiteurs, soit plus de 30% d’augmentation par rapport à l’année précédente. On y présente les jeux à venir, on y vend des goodies, on organise des tournois et on file des cadeaux. Le public était principalement masculin, entre 15 et 30 ans, la plupart des stands ont engagé des hôtesses en tenue courte. Plus le jeu/stand est à potentiel « masculin » (euphémisme mélioratif), moins les filles sont habillées. Chez Ubisoft on avait des danseuses en short/petit haut (soft), chez Activision des filles en poum poum short et haut au dessus du nombril combo décolleté (middle) et chez Razer des filles en mini-jupe moulante, bustier cuir et collants déchirés (hard). THQ et son stand Saints Row III étant hors concours, puisqu’ils avaient des strip teaseuses pro sur des barres de pole à l’intérieur (very hard).

Bien sûr, les appareils photos mitraillaient dans tous les sens, les geeks étaient aux anges, ça matait de partout. Moi-même j’avais du mal à rester concentré de 9h à 19h en bossant à côté de la perfection du salon. Le problème, c’est qu’à force de cohabiter plusieurs jours dans un espace avec des dizaines de filles anormalement canons et dévêtues, c’est que ça te brise ton réel. Viol de la réalité. Tu te demandes si les filles que tu as eues étaient au niveau, si toi tu es au niveau. Tu finis par avoir l’impression que j’avais tu n’arriveras à avoir une fille comme ça. Des filles qui ont d’ailleurs toutes des mecs, des exs, des plans culs, des tas de gars qui les ont eues et pas toi. Et quand tu ressors du salon en fin de journée, tu es boursouflé d’hormones, malade, à l’ouest et avec une vision du monde aussi tordue et malaisaine qu’erronée.

Parce qu’on ne voit pas les mêmes choses après cinq jours de salon, en coulisses, que pendant une journée en tant que visiteur.

Déjà, on remarque les expressions du visage des filles qui sont fatiguées. La moue de lassitude juste avant le sourire pour la photo. Ensuite, on réalise que les nanas qui sont payées toute la journée pour décapsuler des cannettes de coca gratuites à la chaîne doivent avoir envie de se pendre. Je retrouve ma préférée dans la zone fumeur, en train de s’en griller une, emmitouflée dans une épaisse écharpe en laine qui détonne avec le reste de sa tenue. Ma meilleure amie m’aura rappelé entre temps que les hôtesses (pour l’avoir vécu elle-même), sont souvent des étudiantes, qui paient leur loyer entre deux cours, en monnayant leur sourire. Surtout, replacées dans les vrais vêtements, sous le maquillage, la plupart sont normales, abordables. C’est facile de passer pour une bombe quand on vous habille et maquille en catin.

J’ai mieux vécu les derniers jours. Je suis sorti de mes délires et frustrations. Quand je rentrais chez moi je me disais que les filles repartaient aussi se reposer, et j’espérais que ça irait pour elles comme ça va pour moi. J’ai repensé à cette photo un peu accidentelle, cette main contre son corps. Je ne suis pas spécialement “content” de l’avoir.

En vérité, j’aurais préféré pouvoir simplement lui poser une question à l’écart, une amorce de quelque chose, de vrai rapport. Lui demander, à part ça, tu fais quoi dans la vie ?

1197 – Book Review 200

200 chroniques littéraires.

Pour l’occasion, j’ai voulu sortir de ma zone de confort, me faire du mal.

Cloud Atlas est un roman anglais de David Mitchell. Sorti en 2004 (et traduit chez nous sous le titre La cartographie des nuages), il s’agit d’un pavé de près de 600 pages à l’excellente réputation. En ce moment même, les frangins Wachowskis tournent une adaptation cinématographique avec un budget faramineux et un casting de luxe. La question étant de savoir si, de base, Cloud Atlas est adaptable A la fois exercice de style et de narration, on m’a prévenu plusieurs fois de la difficulté de sa lecture. Et pendant le premier quart du livre, j’ai eu l’impression de me faire tabasser avec une barre à mine au fond d’une allée sombre et poisseuse. C’était dur, pénible et pas marrant. Un peu comme Infinite Jest de David Foster Wallace, mais en moins sadique, puisqu’au bout d’un moment, la douleur s’estompe. Dès lors, il ne reste que la performance de l’auteur et le plaisir du lecteur.

Six destins à travers le temps, six personnages avec la même marque de naissance, qui chacun lisent, regardent, écoutent l’histoire de celui qui l’a précédé. Un notaire du dix-neuvième siècle voyage entre les îles de la nouvelle Zélande, rongé par un ver parasite. Au début des années trente, un apprenti musicien Belge se voit voler ses travaux par son maître. Au milieu des seventies, une journaliste enquête sur une centrale nucléaire et une série de meurtres. A notre époque, un éditeur poursuivi par des malfrats se retrouve prisonnier d’une maison de retraite. Dans un futur proche, un clone se découvre un âme et s’apprête à lancer une révolution. Enfin, dans plusieurs siècles, une tribu revenue à l’état sauvage découvre les vestiges de notre civilisation et la vérité sur « La chute ».

Cloud Atlas est avant tout un exercice de style aux règles bien précises. Chaque novella est coupée en deux. On lit une première moitié d’histoire en avançant dans le temps de manière chronologique jusqu’à la sixième, qui est lue d’une traite. Ensuite chaque personnage reprend le récit du précédent et l’on remonte le temps au fil des cinq secondes moitiés jusqu’à revenir à la conclusion de la première. OUF. Difficulté supplémentaire : utiliser le style et vocabulaire de chaque époque à laquelle se déroule chaque histoire. Le journal de bord d’un notaire du dix-neuvième est rédigé en vieil anglais, aux phrases alambiquées et précieuses. L’enquête des seventies se lit comme un polar un peu kitsch. Tandis que le récit se déroulant dans un futur lointain possède des structures grammaticales qui n’existent pas encore. D’où le mal de crâne à la lecture des chapitres éloignés de notre présent.

Le tour de force de Mitchell est de faire fonctionner cette recette improbable. Toutes les novellas sont intéressantes, coupées en leur milieu par un suspense et conclues de manière satisfaisante. Le style est parfois lourd mais toujours à propos. Surtout, les liens entre les différentes histoires sont présents, mais subtils. On a par exemple la marque de naissance identique des différents héros, et le fait qu’ils lisent l’histoire qui les précède. Le lecteur attentif notera d’autres indices, beaucoup plus tenus, comme le fait qu’un personnage cite Soleil Vert (« Soylent green is people ! ») pour le fun dans un novella, alors qu’un peu plus tard un autre narrateur réalise qu’il se nourrit d’autres hommes sans le savoir (vague spoiler). Il conviendra donc d’être attentif lors de la lecture de Cloud Atlas. La bonne nouvelle c’est qu’en tant que lecteur, on n’a pas tellement le choix.

Le début du livre est rude, on sue à lire au ralenti chaque phrase en vieil anglais. On peste contre l’auteur, on se demande à quoi tout ceci rime. Puis les époques défilent, l’écriture se fait plus accessible. Le temps d’arriver au milieu du voyage et l’on a plus qu’une envie : dévorer toutes les moitiés restantes afin de savoir comment s’achève chaque novella. Je me suis alors surpris à achever les derniers chapitres sans aucune gêne au niveau du style, simplement parce que j’étais enfin rentré dedans.

Cloud Atlas est un grand livre, que ce soit par la performance d’auteur, les thèmes abordés (domination de l’homme par l’homme) ou le fait que sa réussite est intimement liée à son format romanesque. Je doute qu’une adaptation cinéma soit possible, tant les grands studios ont peur des patchworks, qu’ils soient narratifs ou stylistiques, et qu’il faudra une énorme dose de courage et de talent pour transposer la réussite du livre sur grand écran.

Il m’aura fallu trois semaines pour venir à bout de Cloud Atlas, mais je ne le regrette pas une seule seconde. Je pense pouvoir le citer régulièrement dans mes listes de romans préférés, d’inspiration et de source d’admiration.

La bonne nouvelle, c’est qu’il est dispo en anglais et en français. La mauvaise c’est qu’il n’existe pas en poche. Mais si vous avez l’occasion (et la volonté) de vous y frotter, foncez.

Vraiment.