Donc oui, le Kindle 4 a été annoncé, en même temps que le Kindle Touch et le Kindle Fire, la tablette d’Amazon qui va réduire le siège d’Apple en un amat de cendres encore fumantes. Ça va, on a compris, tous les médias high-tech étaient boucle dessus (et je vous en reparle vite). Mais tous les médias high-tech (et littéraires) ont loupé un petit bout d’info capitale lâché par Jeff Bezos, le boss d’Amazon. Pourtant, c’était difficile de le louper : il y avait une slide entière de powerpoint consacré au Kindle Singles.

Les Kindle Singles sont des textes courts, allant de quelques pages à quelques dizaines de pages, vendus à un prix modique. En gros, ce sont de longs articles de presse, des nouvelles, des novellas, des recueil de poésie etc…
C’est surtout tout ce qui N’EXISTE PAS (ou très peu) en papier.
Dans le monde réel, on a inventé le concept de recueil. C’est ce qui permet de justifier les coûts d’édition, d’impression, de distribution et de promotion du bouquin. C’est la théorie d’échelle : plus tu produits, moins ça coûte cher à l’unité. Une page d’un pavé de 600 revient moins chère vis-à-vis du prix total qu’une page d’un livre de 50. Alors quand un journaliste, un écrivain ou un poète veut vendre une œuvre dont la faible taille ne justifie pas les coûts de production, il n’a que deux solutions : produire plus et vendre plus cher un recueil, ou filer son texte (presque toujours gratuitement) à une revue.
Quand soudain, le numérique, et la destruction totale et absolue de tous les coûts d’impression, transport et stockage. Soudain, on peut proposer à la vente un texte d’un volume inférieur à celui qu’un roman. Soudain, le numérique se retrouve doté d’une offre que le monde réel et le papier ne peut pas reproduire.
Le mois dernier, j’ai acheté The Bathtub Spy, une nouvelle par l’auteur de Les Imperfectionnistes (que vous n’avez plus aucune raison de ne pas avoir lu depuis qu’il est sorti chez nous). Ca faisait une quinzaine de pages, ça m’a coûté 2$ et ça m’a occupé le temps d’un trajet de métro. Dans le même ordre d’idées, Stephen King propose Mile 81, une novella de 80 pages, pour 3$. Sinon j’ai acheté un long reportage sur le comicon de San Diego, ça m’a coûté 1$.
Dans tous les cas, il s’agit de textes que, sans le numérique, je n’aurais pu acheter à un prix aussi bas, sans avoir le double de contenu en rab autour pour justifier le coût du papier.
Or je suis certain que pas mal d’auteurs ont dans leurs cartons des grosses nouvelles, ou des réflexions, des débuts de quelque chose. Un tas de textes qui ne sont pas sorti parce qu’il leur manquait un support. Sans parler du petit bonus que de pourvoir être payé rapidement sur un travail qui n’aura pas pris deux ans à rédigé. Proposer des nouvelles entre chaque roman pourrait devenir à la fois un moyen de survivre financièrement pour un auteur, et de continuer à exister en dehors d’une sortie tous les deux ans.
Ca, notre ami Jeff le sait, tout comme il sait qu’en proposant du contenu unique, qui n’existe pas autrement, il va se faire un tas de consommateurs d’amis.
La bonne nouvelle pour nos amis éditeurs, c’est qu’on aura quand même besoin d’eux pour éditer le texte, le mettre en page et autres petites contrariétés administratives. Tout comme ça sera quand même drôlement plus pratique d’être déjà présent en librairie avec des « vrais » livres pour trouver un public sur le net au milieu de l’offre qui n’en finit plus d’exploser.
Toujours est-il que plus de textes, plus formats, plus d’accessibilité ne peuvent être que de bonnes choses. Le recueil n’existera plus que dans une vraie logique thématisée, tandis que le texte moyen ou court sera libre d’être vendu et apprécié pour ce qu’il est.
Vivement.
"Plus de textes, plus de formats, plus d’accessibilité ne peuvent être que de bonnes choses"
Tu devrais "téléchacheter" La société de consommation de J. Baudrillard, c’est une prescription urgente !
Donc par anti-capitalisme primaire tu es contre plus de culture, plus accessible, moins chère ? Y’a un moment faut se détendre hein.
"Anti-capitalisme primaire", Dieu du Ciel tout de suite les gros mots, on se dirait sur Le Monde ! Ce qui est primaire c’est de tout de suite sortir ce genre de truc, c’est le point Godwin économique ! Et pourquoi le raccourci "contre plus de culture", ai-je dit ça ?
Je ne suis absolument pas anti-capitaliste (quel rapport ?), je ne suis pas non plus tendu, le commentaire était plutôt léger au contraire, je suis vraiment surpris que tu l’aies pris comme ça. C’est plutôt toi qui m’a l’air hyper tendu sur le sujet (ce que je peux comprendre quand je vois les commentaires des pros et des anti !)
Du coup je livre mon avis pour éviter les malentendus : je ne crois pas que cet aspect numérique va créer une "révolution" culturelle, une bulle miraculeuse de culture qui va rayonner sur la société. On a déjà dit ça pour la télé, puis internet, et voilà le résultat. Plus accessible peut être, plus cultivés, hummm…
Je ne peux évidemment pas prédire l’évolution de l’édition (personne ne le peut). En revanche il me parait évident que les libraires vont disparaitre en grande partie, il n’y a qu’à voir la place dévolue aux CDs dans les magasins. Les avis se feront par des sites internet. Quel libraire continuerait de payer un bail commercial sans livre papier à y placer, alors qu’il pourra tout aussi bien donner ses conseils sur internet et les vendre par l’intermédiaire d’un site, tout ça depuis chez lui ? Clairement cela se produira à long terme, pas dans les 10 ans, mais ça finira ainsi.
Moins chère, ça reste à prouver. $3 pour 80 pages NUMERIQUES, ça me parait plutôt cher pour quelques bits quand on compare au coût des productions papiers, le personnel, le matos, le papier, le transport etc. J’ai sous la main "Lire aux cabinets" d’H. Miller, 101p, 2euros.
Tout ça pour dire que NON, le numérique ne créera pas une révolution culturelle, elle a eu lieu avec internet et l’accès illimité et instantané à cette immense banque de donnée (et ça n’a pas rendu les gens plus cultivés).
Et mon commentaire faisait simplement référence à Baudrillard qui analyse la société de consommation et ce fameux mythe selon lequel "plus" signifie forcément "mieux", l’histoire contredisant cette affirmation (ton affirmation dans ta conclusion).
Donc rien à voir avec l"anti-capitalisme primaire"
M*rde j’ai pas répondu dans le fil de la discussion xD
C’est pas grave.
Et je suis pas stressé hein, tu me postes juste que tu es contre la croissance, je te réponds sur le sujet.
Ah, la la, le bon monologue de nombriliste des familles : "moi je pense, moi je dis, moi je sais"…
Tu as une ex qui est libraire ou quoi ?
Même pas. En plus aujourd’hui j’ai rien dit de mal sur les libraires, je parle de la chaîne du livre là.
"La bonne nouvelle pour nos amis éditeurs, c’est qu’on aura quand même besoin d’eux pour éditer le texte, le mettre en page et autres petites contrariétés administratives."
Pas mal ta définition du métier d’éditeur… j’y penserai la prochaine fois que je mettrai à jour mon cours sur la chaîne éditoriale avec mon collègue éditeur.
Il manquait aussi la communication, les relations presses et l’aiguillage de carrière mais tu auras rempli toi même les blancs.
Là je ricane… Pour 3% des bouquins qui bénéficient d’une com’ fournie par l’éditeur, dont 75% tombe à côté, combien d’auteurs doivent se coltiner ça eux-mêmes – et non des moindres?
Soyons sérieux 5 minutes…
J’ai lu l’article Lâm sur le sujet Amazon ( cf http://www.journaldugeek.com/2011/10/02/chronique-du-we-amazon-le-fleuve-se-reveille/ ) qui en soi te rejoint sur l’avancée de cette société.
J’avoue que l’ajout de courts textes comme ceux-là me donnent fortement envie de me porter acquéreur d’un Kindle.
Message pour rien dire, c’est juste histoire de rompre la chaîne des anti.
Je plussoie, donc.
"XavYeahz XavYeahz D.
@LeReilly Le commentaire sur l’ex libraire m’a quand même bien fait rire
LeReilly Benjamin LeReilly
@XavYeahz Non mais c’est une habituée de la rage pro libraire. Sauf que là j’ai rien dit quoi."
L’ennui quand on se lâche sur un blog, puis sur tweeter, c’est que rien n’est plus privé. Je suis pas tellement "habituée de la rage pro libraire". Je fréquente assidûment les librairies mais accessoirement j’ai un kindle aussi.
Très amusante, cette tendance qu’on trouve chez quasiment chaque personne qui se soucie du sujet, à s’emballer sur le "débat pro/anti livre numérique", un "sujet sensible" si j’en crois mes flux rss et autres alertes twitter, web, etc. Ce qui me surprend toujours, c’est que tout le monde s’accorde à cette distinction idiote entre adorateurs du papier et disciples de la tablette ou de la liseuse – pas tellement puriste en langue française, je cherche juste un terme générique. Est-ce que c’est vraiment le problème ? Est-ce qu’on va vraiment un jour enterrer l’une ou l’autre des formes ? Est-ce qu’il le faut ?
Est-ce que si je dis à un "pro" ou à un "anti" que son raisonnement a des failles, je suis forcément du côté adverse ?
C’est facile de s’emballer facilement et de crier haut et fort son avis sur un sujet sans chercher à le définir d’abord. D’une part, avant d’envoyer les libraires COMME LES ÉDITEURS brûler dans les flammes de l’enfer, il faudrait se renseigner un peu plus sur la réalité de leur métier, ainsi que sur toutes les professions qu’il y a entre : celles que tu condamnes – sous l’appellation généraliste de "métiers du livre", sans sembler en avoir entendu parler – je parle des diffuseurs par exemple. Je ne sais plus qui a dit "connais ton ennemi", je ne pense pas que les RATM aient été les premiers, mais avant de tenir fermement une position aussi tranchée, c’est bien de se documenter un peu plus sur l’argumentaire adverse, qu’on soit "pro" ou "anti", ou qu’on soit entre les deux.
La technologie, c’est bien, c’est même plus que bien, ça nous permet de vivre mieux, chaque jour. Mais à mon sens – et selon l’avis de milliers d’experts bien avant moi – une révolution n’est pas un nom donné un jour par un cadre enthousiaste d’Apple ou d’Amazon à la dernière prouesse technologique ; elle est ce qu’il se passe quand cette même prouesse rencontre un phénomène social de masse qui décide seul si ladite avancée technologique restera dans l’Histoire ou non. Et ça, ni les "pro", ni les "anti", ni même personne ne peut le prévoir.
Tu as le droit d’avoir une opinion sur le sujet. L’exposer sur un blog, c’est se préparer à des commentaires qui ne seront pas toujours positifs. Ce n’est pas être un "hater", comme certains le disent, que de ne pas adhérer à un propos sur un blog.
PS : les libraires et les éditeurs, oui, tu en as parlé. Tu leur réserve une toute petite place dans ton monde idéal du livre, tu les sauve presque de la déchéance, grand seigneur que tu es, enfin ça sonne un peu faux, cette goutte d’espoir au milieu de l’océan de tes récriminations et de tes réflexions sur le livre numérique. De toute façon mes commentaires ne réagissent pas à un seul article, mais à tout ce que tu développes sur le livre, dans et hors de ton blog.
Je te réponds par mail. En espérant que cette fois tu y répondes.
En tant que future professionnelle de l’édition, je me dois de reconnaître que ton article frappe plutôt juste. Même si je ne suis pas toujours en accord avec tout ce que tu dis (du genre à défendre la librairie indépendante contre le méchant monstre Amazon, J’AVOUE), j’ai tendance à avoir la même lecture des futurs usages du livre numérique. Ce qui est intéressant en te lisant c’est que tu n’as pas une approche de parti pris mais de consommateur, ça évite de tomber dans le piège du fanatisme débile. Après, que tu n’aies pas raison sur tout, c’est une autre histoire, mais l’intérêt de ton approche en général, pour des personnes comme moi, c’est de rendre plus lisible, pour des professionnels déconnectés de tout ça, l’usage du livre numérique, du Reader, la place d’Amazon dans la vie du lecteur, etc. Ça peut sembler violent pour un prêtre du Papier, mais, je répète, tu tombes assez juste.
Par contre tu me feras le plaisir de reconnaître que l’éditeur est un Dieu suprême pour l’auteur, s’il te plaît, sinon je vais être obligée d’appeler le SNE pour des poursuites jusqu’à la mort de ton Kindle. Muahaha.
Bah Le Reilly, moi je suis ok sur tout ce billet.
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