1196 – Goodies

Hier soir , à la fermeture du Paris Games Week, nous étions en train de nous préparer à partir quand deux enfants ont ouvert la porte de la salle Halo Anniversary. Nous les avons arrêté. Désolé, les présentations sont terminées. Ils ont demandé ce qu’il se passait derrière la porte. On montre le prochain Halo au public. Le gosse, le grand frère, devait avoir pas plus de dix, onze ans. Il a ouvert grand ses yeux. Bon sang ! On a cherché le stand Halo toute la journée ! Oui, mais le salon ferme, il faudra revenir demain. Le môme, avec un voix triste, nous a expliqué qu’ils venaient du nord, et que ce soir ils rentraient, et que ils ne pourraient pas revenir.

J’étais en train de leur expliquer que le jeu sortait dans trois semaines, quand un collègue est rentré dans la pièce pour aller chercher deux petites figurines Halo en plastique. On en offre quelques uns à la fin de la démo. Les deux enfants en ont eu une chacun, et ils ont presque crié tellement ils étaient contents. Une putain de figurine Halo cadeau chacun ! Au comble du bonheur, ils nous ont chaudement remercié avant de repartir rejoindre leurs parents.

Bien entendu, on a applaudit notre collègue.

J’ai passé mon weekend à bosser sur un salon de jeu vidéo, en tant qu’exposant. Sous l’épuisement, la fatigue morale, je me demandais qui avait envie de venir se casser à attendre des heures dans une ambiance pareille pour voir ou jouer quelques minutes à des jeux. Mais ces deux mômes, pile sur la fin du weekend, m’ont prouvé que le Paris Games Week pouvait être le truc le plus cool du monde. Je ne suis qu’un connard blasé, ou simplement du mauvais côté de la barrière. Pour eux, c’était génial.

Alors si le chemin du retour, j’étais un peu moins dépité que prévu. Je rempile demain et mardi. Et cette fois, je sais pourquoi.

1195 – Igor

Le premier soir de mes vacances, je portais un épais pull à capuche Rip Curl par-dessus un tee shirt bariolé, un pantalon coupé droit mais trop large et une paire de baskets épaisses et lourdes. Tenue pas très correcte pour une soirée VIP, avec open bar champagne et serveurs en costume où je m’étais (malicieusement) incrustée. Et pourtant. J’étais sur la terrasse d’un bar privatisé par Quiksilver, où tout le monde, du grouillot au directeur europe était habillé comme moi. Peut-être pour la première fois depuis mes quinze ans je m’étais sapé comme j’aimais pour côtoyer le gratin. J’étais tombé dans une faille spatio temporelle, le genre de vortex qui vous avale et recrache dans un autre univers. La plus jolie britannique du monde, une rousse tout sourire à la veste en cuir et robe colorée, bossant chez Roxy, m’a forcé à remplir une flûte de champagne de coca et à trinquer avec elle. C’était bien. C’était mon premier soir à Hossegor.

Or donc, j’avais décidé d’assouvir un rêve de gosse et de partir apprendre à surfer pendant une semaine.

Je me suis vautré la gueule plus souvent en six jours qu’en 25 ans de vie. J’ai chuté sur mon longboard avant de rebondir dans l’eau, je suis tombé par la gauche, par la droite, par devant, j’ai fait plusieurs tours sur moi-même sous les vagues, j’ai rappé mon corps sur plusieurs mètres de sable, j’ai bu la tasse, j’ai pris un retour de planche dans les côtes. J’en ai bavé. A la fin du premier jour, je n’étais arrivé à rien et j’avais mal partout. Ces vacances étaient l’idée la plus stupide du monde. Je n’étais pas capable de faire ça. Et puis, le second jour, je suis monté sur ma board, une seconde, assez pour perdre l’équilibre. Mais c’était nouveau. Alors j’ai réessayé. Le soir venu, j’étais encore persuadé d’être incapable de mieux. Pourtant. Le dernier jour je me hissais deux fois sur trois sur la planche, je tenais bon une fois sur trois. C’est peu, mais c’est mieux. Et surtout, quand ça fonctionne, c’est le meilleur truc du monde entier.

Parce que j’étais parti seul, j’ai décidé de compenser en me faisant rêver. J’étais à la maison Quiksilver, qui accueille des « stagiaires » (douce ironie) à la semaine et propose un tas de trucs cools en plus du gîte et du couvert. J’ai pu visiter la fabrique de planches de la marque, accéder aux loges de l’étape française du championnat du monde de surf et parler un peu de Quiksilver avec les personnes qui y bossent. Surtout, j’étais sur une autre planète, celle des gens en chemise à carreaux, pantacourts et sweat à capuche. La négation totale et absolue de tout ce que Paris me crache au visage. Les gens étaient cools, musclés, avec des carrières absurdes à travers le monde et travaillant sur des projets allant du design de vêtement au sponsoring d’évènements sportifs. J’ai eu l’impression d’être noyé dans autre chose, une alternative à ce qui m’agace et m’épuise. A la fin de la semaine, je me demandais pourquoi je ne plaquais pas tout pour aller marketer par là, les pieds en baskets la journée, sur la plage le soir, sur une planche le weekend.

Malheureusement, tous mes idéaux ne sont pas compatibles entre eux. Certains rêves sont mutuellement exclusifs, en tout cas pour l’instant.

Je suis rentré à Paris avec des souvenirs plein la tête, des images plein la memory card et des bleus plein le corps. Vivre immergé une semaine dans la culture surf m’aura au moins permis de relativiser la prétention de mon environnement quotidien. Ça rassure sur l’existence d’un univers de sortie. Peut-être que c’est aussi ça, les vacances.

Sur le trajet du retour, j’avouais à demi-mot au boss de la maison qui m’avait hébergé que ouais, l’année prochaine je reviens.

1194 – Book Review 199

Je voulais acheter Si peu d’endroits confortables, de Fanny Salmeron, quand il est sorti l’année dernière. D’une parce que ça avait l’air bien, de deux parce que c’est l’œuvre d’une jeune écrivain, enfin parce j’aime beaucoup ce qu’édite ce coquin de Stéphane Million. Mais quinze euros pour un tout petit livre, c’était trop pour mon budget. Alors j’ai voulu à minima le lire, sauf que personne pour me le prêter. Attente. Sortie en poche cette fin d’été. Même là ce fut pas simple, puisque j’ai dû questionner trois librairies avant de pouvoir trouver un exemplaire au fond d’une étagère. En espérant que ça vaille le coup.

Hannah était en couple avec *. Mais * s’est trouvée un garçon, un anglais, qu’elle a finis par rejoindre à Londres. Alors Hannah déprime, se met à détester Paris. Partout elle écrit « Il y a si peu d’endroits confortables ». Au même moment Joss, un étranger aux cheveux bleus, débarque à Paris. Lui aussi trouve la ville moche. Il était venu pour peindre mais n’arrive à rien dans son étroite petite chambre. Jusqu’à ce qu’il rencontre Hannah, qu’ils sympathisent et qu’elle lui propose d’emménager chez elle, à la place de *.

Ma meilleure amie m’a arraché le livre des mains dans le métro, l’a retourné, a lu le résumé avant de décréter que, ça a l’air nul ton truc, heureusement que tu l’as pas payé cher. Je me suis insurgé. Parce que j’ai beaucoup aimé Si peu d’endroits confortables. Le style est clair, simple, enfantin et doux. Toutes les images sont plus jolies qu’alambiquées et on trouve plein d’idées à chaque chapitre. Le livre est du point de vu de Hannah qui écrit à *, et Joss qui se parle à lui-même. Ce petit décalage dans la narration est un plus intéressant, qui fonctionne mieux que l’intro et la conclusion. La première page du livre nous apprend qu’un des trois personnages s’est donné la mort. Il s’agira au final du plus évident. Dommage. Le dernier chapitre est censé apporter une touche de drame, mais je n’ai jamais été fan des « si seulement tu avais su, à cinq minutes près on aurait évité le drame ». Parce c’est un procédé facile et gratuit.

Trois pages qui m’agacent sur cent cinquante, ça reste bien peu. On lit Si peu d’endroits confortables comme on mange un petit bonbon. Et pour le prix du livre de poche, ça serait dommage de se priver.

Maintenant la question est de savoir si j’achète le nouveau roman de Salmeron au prix fort. Hésitation.