1209 – Import Fees

Haruki Murakami est l’un des plus grands auteurs contemporains. Alors quand il sort un nouveau livre, même en trois parties, c’est un évènement. Mais c’est aussi l’occasion d’observer comment fonctionne l’industrie du livre à travers le monde.

En France, 1Q84 suit la publication japonaise, c’est-à-dire deux tomes d’un coup, le troisième six mois plus tard. L’éditeur est Belfond et chaque partie est vendue 23 euros, ce qui nous fait un total de 69 euros en un semestre pour acquérir l’intégrale. Les livres sont imprimés avec une couverture souple, vendus avec 5.5% de TVA et les deux déjà disponibles comportent respectivement 533 et 529 pages.

En Angleterre, 1Q84 est disponible en deux volumes à couverture cartonnée disponibles à une semaine d’intervalle, le premier regroupant les tomes 1 et 2 japonais (et donc français). Dans leur édition anglaise, les tomes 1 & 2 font, en tout, 624 pages et sont vendus 20 livres. Le second volume comporte 368 pages pour un prix de 15 livres.

Aux Etats-Unis, 1Q84 est disponible en un seul volume Intégral, qui regroupe les trois tomes japonais sous une couverture cartonnée de 944 pages, pour 30.50 dollars.

Un rapide état des lieux nous apprend que, sur ce même livre, pour le prix d’un volume français, on peut en acheter deux anglais ou l’intégrale américaine. Et que pour ce même prix, la couverture devient cartonnée et le format s’agrandit. La petitesse du livre français ainsi que le choix de marges et de taille de police explique que nos éditions prennent 50% de pages en plus. Les éditions anglo-saxonnes sont donc de meilleur qualité physique, et moins coûteuses.
Avant de hurler à la mort, il faut néanmoins reconnaitre que le prix de la traduction est divisé par deux, puisque le coût est réparti entre l’éditeur US et l’éditeur Anglais. Tout comme, vu la taille de ces marchés, on peut penser qu’ils écouleront beaucoup plus d’exemplaires et peuvent se permettre de dégager moins de profits par livre vendu.

Est-ce suffisant pour expliquer une telle disparité de pricing entre chez nous et nos voisins ? Sont-ce les seules raisons ? Et l’écologie dans tout ça ?

Je vous laisse seuls juges, mais je vous offre un petit tableau comparatif avant de vous dire de quelle édition j’ai fait l’acquisition. Et à combien.

Je ne voulais pas attendre six mois pour lire la troisième partie, tout comme j’avais peur de trimballer autant de pages dans un épais et lourd volume cartonné avec moi dans les transports. J’ai donc choisi l’édition numérique américaine (prix unique chez tous les revendeurs).

Ça m’a coûté 15 dollars. En tout.

Voilà.

1208 – Magpie

La semaine dernière, j’errais au rayon manga de la Fnac quand, soudain, j’ai planté.

Sur le rayonnage en face de moi, un numéro 1 du manga Hatsukoi Limited en édition collector. On parle ici d’un quelque chose de tout simple : le manga de base coincé dans un joli fourreau en carton avec, à l’intérieur, la promesse d’un marque page et de cartes postales. Le tout sous cellophane, pour éviter le vol et attiser l’envie.

SI C’EST COLLECTOR C’EST QUE C’EST BIEN !

Non mais, parce que, si l’éditeur a décidé de faire un effort de conception et de production sur un titre, c’est pour le mettre en avant. S’il le met en avant, c’est qu’il doit être mieux que la moyenne. Après tout, le collector sert à maximiser les ventes du populaire. On se permet de proposer un produit plus cher que si on sait que le consommateur sera prêt à l’acheter.
A MOINS QUE !
Sauf si l’éditeur sait que son titre est faible. Dans ce cas il peut décider de mettre le paquet sur le premier numéro, pour attirer le chaland. La preuve, c’est que je suis en train de me poser des questions, je suis en train de me demander si je dépense huit euros de plus que prévu pour un manga dont je ne sais rien. A part qu’il est en édition collector. La version enrichie, c’est augmenter la proposition de valeur, me faire croire qu’un objet est meilleur, alors qu’au fond, je n’en sais rien.

J’ai sorti mon téléphone et, toujours planté au milieu du rayon mangas, j’ai googlé Katsukoi Limited. Wikipédia m’apprend que c’est une mini série en 4 volumes sortie en 2007, par l’auteur du connu Ichigo 100%. J’ai pas aimé Ichigo 100%. Ca ne m’aide pas. Je retourne sur Google et je cherche une critique. Sur Manga Sanctuary je lis que c’est un manga chorale d’histoires d’amour dans un lycée. Le webzine conclut que c’est pas mal sans plus. Je rengaine mon téléphone. Je doute.

Au final je suis allé en caisse avec Need For Speed : The Run, Bakuman 8, God Only Knows 5 et Hatsukoi Limited 1. Parce que je suis faible, et curieux. Mais faible, principalement. Dans le metro du retour jusque chez moi, je constatais que les cartes postales étaient imprimées uniquement côté dessin, et vierges à l’arrière. Le manga normal est encastré avec élégance dans le fourreau, c’est joli. Je réalise que si les livres normaux sortaient en édition collector, je lirais moins de numérique. Parce que c’est mon propre profil de consommateur, mi pie voleuse attiré par ce qui brille, mi pigeon qui prend n’importe quoi.

Et au fond, ce n’est pas très grave.

Le manga ? Oh, je ne l’ai pas encore terminé, donc je ne peux pas trop vous dire. Mais il est joli.

1207 – Next Gen

J’ai pas signé pour ce cours de linguistique.

C’est ce que je me dis, chaque semaine que je meurs d’ennui dans cet amphi perdu au fin fond de la banlieue lyonnaise. Alors aujourd’hui, je dégaine mon ordinateur portable flambant neuf et je balance un foutu Divx. Ce sera Advent Children, le film direct to DVD Final Fantasy 7. Et comme il est en japonais, je colle des sous-titres et je coupe le son. Rapidement, mes voisins de gauche, droite, derrière, se penchent en direction de l’écran. C’est parti pour deux heures de bonheur, grâce à mon nouveau meilleur ami, mon premier ordinateur portable.
A la fin du cours, je le mettais en veille prolongée (progrès technologique) avant de le ranger dans son épaisse sacoche de trois kilos que je trimballais en bandoulière jusque chez moi. Au revoir, à demain !

Six ans plus tard, je l’éteignais pour de bon.

Cet enfant de salaud m’aura pris par les tripes jusqu’au bout. Alors que, la semaine dernière, j’avais pris la décision de le remplacer pour pouvoir bosser sur un Word qui ne met pas deux minutes à s’ouvrir, mon portable s’est repris. Pour la première fois depuis des mois, il était de nouveau véloce, ramait moins, faisait tourner ses ventilateurs en semi silence. Je l’entendais me supplier de chaque hertz de son processeur, me dire qu’il n’était pas bon pour la casse. Tu es une ordure Matthias, comment tu peux me faire ça ? Après tout ce qu’on a vécu !
Bordel… Bordel.
J’ai repensé à il y a trois ans, quand ma garantie était à deux doigts d’expirer (indice, c’est dans une des 100 premières notes de ce blog). Le réparateur DELL m’a dit de jeter ce vieil ordi poussiéreux par la fenêtre. On m’en refilerait un autre. Pendant des semaines j’ai essayé. En vain. Il est resté sur mon bureau, branché en permanence pour compenser la mort de sa batterie. Quand le clavier m’a lâché, j’en ai racheté un, tout comme j’ai remplacé le trackpad défaillant par une souris auxiliaire. Lui et moi, on a tenu trois ans de plus.

Bien sûr, je réalise l’absurdité de m’attacher à un bout de plastique mourant. Mon portable se contrefout d’être abandonné. It has no feelings ! Et pourtant. Cette semaine donc je suis parti acheter un écran correct et la tour la moins chère possible, de quoi pouvoir bosser mon mémoire sur un matos qui ne plante pas, de quoi uploader sans heurts mon CV sur Monster. Alors j’ai éteint mon vieil ami, et je l’ai rangé dans le meuble de l’entrée de mon petit studio. Mais je crois que ce n’est pas si grave. Pour une raison toute simple : je ne le jette pas, il fonctionne encore. A l’intérieur j’ai laissé quelques gigas de photos, des conversations MSN et plein d’autres gifs animés qu’il faudra bien que je récupère. L’essentiel, pour travailler, a été transféré. L’indispensable est toujours là, gravé dans son disque dur.

Il faudra bien que j’aille tout récupérer à un moment.
Il faudra bien que je le rallume.

Quelque part, j’ai un peu hâte.