1206 – Book Review 203

La quasi-totalité des gens se considère, à un niveau individuel, supérieur à la moyenne. C’est logique puisque c’est un mécanisme de défense de l’égo. Sans cette certitude, cela devient beaucoup plus compliqué de se lever le matin. On pense tous être plus intelligent, juste, honorable que la moyenne. Le problème étant que, statistiquement, la moitié d’entre nous l’est forcément moins. Cette illusion n’est qu’un des nombreux travers de notre esprit, et la psychosocio est un peu le SOS Fantômes de l’intelligence. Non, nous ne sommes pas si malins. Et depuis plusieurs années, un excellent blog s’emploie à nous prouver pourquoi. Il s’appelle You Are Not So Smart, et vient d’être relié entre deux tranches de papier cartonné dans un excellent livre. Peut-être le meilleur livre que vous lirez cette année.

Prenez des notes.

David McRaney est journaliste diplômé de sociologie. Passionné par les sciences humaines, il dévore études après études sur le comportement des vrais gens. Son blog est un espace de vulgarisation. Il y explique pourquoi on aime ce qu’on achète et pas le contraire, pourquoi en cas de catastrophe naturelle on reste calme au lieu de paniquer, comment les préjugés sont plus forts que nous et ainsi de suite. L’auteur se base sur une multitude d’études et exemples connus (Milgram, le jeu de l’Ultimatum, la théorie des jeux) tout comme sur des papiers publiés uniquement dans des revues spécialisées pour étayer son propos. Le livre You Are Not So Smart est un prolongement du blog dans le sens où l’on retrouve beaucoup d’articles publiés sur le net, mais allongés et mieux référencés.

Les sceptiques et passionnés se délecteront de la bonne trentaine de pages de sources et liens qui viendront écraser tout doute quant à la qualité des démonstrations.

You Are Not So Smart est un livre salvateur parce qu’il explique avec des mots simples les trois quart de nos emmerdes quotidiennes. On comprend mieux comment on a pu acheter tel bidule dont on se fout, pourquoi l’autre moitié de son couple a pété un plomb ou comment une autre personne peut vous détester aveuglement. Le lecteur qui prend des notes en tirera quelques leçons de vie, qui pourraient d’ailleurs bien lui sauver (la vie). Plus que tout, ce bouquin est une invitation à prendre du recul et à se demander quelle est la part de notre comportement que l’on maîtrise réellement, et comment reprendre petit à petit le contrôle de ses humeurs de son égo. C’est aussi un bon bouclier contre les critiques et préjugés d’autrui, qui ne font parfois que répéter des schémas mentaux encrés depuis la préhistoire.

Enfin, avec You Are Not So Smart, on a toujours de quoi briller en société, preuves à l’appui. Que ce soit par saine curiosité et désir de s’améliorer en tant qu’être humain, ce bouquin est indispensable, le genre qu’on devrait faire bouffer à chaque individu qui compose la société dans laquelle on vit. Le monde s’en porterait mieux.

BUY STAGE !!!

Ca coûte 16€ en version reliée, moins en numérique. Et si vous êtes pauvres, allez lire le blog, c’est gratuit.

TRAILER STAGE !!!

1205 – Mine ? Mine ?

Un livre, à la base, n’a pas que le prix qui soit unique. Lui-même, en tant qu’objet, l’est tout autant. Quand on achète un roman, nous n’avons pas le choix de plusieurs fabricants, plusieurs qualités de papier, plusieurs éditions. Non, un bouquin, c’est égalitariste (sauf pour les acheteurs d’occasion). Enfin c’était, puisque le livre numérique a inventé les différents modèles de liseuses, et les différentes façons de s’approvisionner. Et qui dit différence, dit préférence.

Les fanboys sont prêts.

Par exemple, je préfère mon Kindle à tous les autres modèles de liseuses électroniques (plus fin, plus petit, plus d’autonomie) et je préfère Amazon à tous les autres marchands de livres numériques (plus de services, plus d’applications). C’est un avis qui n’engage que moi et correspond à mes propres besoins. Je peux comprendre qu’un possesseur d’iPad n’ait pas envie de doubler avec un eReader. Tout comme il m’arrive de conseiller la concurrence à des amis qui ont d’autres priorités. Pourtant, j’ai été amené à croiser d’autres utilisateurs de liseuses dans le métro, et à les prendre intérieurement de haut.

AH AH AH BANDE DE TOCARDS VOUS AVEZ PAS DE GOUT AVEC VOTRE FNACBOOK DE MERDE !

Ceci est un comportement prodigieusement méprisable, quand bien même il est mien. Comme disait la célèbre pub anti hooligans : on n’a pas la même équipe, mais on aime tous le même sport. Le livre à le super pouvoir de ne pas être altérable suivant son support. Un film est moins bien en DVD qu’en Blu Ray, un album musical est moins bon avec un casque premier prix que des enceintes de luxe. Du texte, c’est du texte. Sa qualité ne peut pas être diminuée par le support. Prétendre le contraire est un bon moyen de repérer les crétins. Car au final, peu importe le modèle de liseuse, on lira tous un roman identique. Alors comment se fait-il que le fanboy en nous se mette à mépriser son prochain ?

On trouvera plein d’études behavioristes qui expliquent que l’on n’achète pas une marque parce qu’on l’aime, mais le contraire. J’aime Apple parce que j’ai acheté un Mac un jour et que je dois rationaliser intellectuellement la dépense. Dans le même ordre d’idées, j’ai dépensé 100 euros pour acquérir un Kindle et près de 500 euros de livres chez Amazon. Je suis obligé d’aimer mon appareil et ma boutique plus que de raison, puisqu’ils m’ont tant coûté et que changer de camp implique un “gâchis” monétaire. Plus tu investis dans quelque chose, plus c’est difficile d’admettre que tu peux avoir tort.

De la même manière que les utilisateurs de Spotify méprisent les abonnés Deezer (et inversement), la différents modèles de liseuse ont déjà commencé à créer des clans (Tablette VS Papier VS eReader). Le livre n’est plus un objet unique au prix unique. Sa consommation passe par un outil que l’on aura dû préférer avant d’acheter. Tout se complique. Nous ne sommes plus égaux devant la consommation de littérature.

Maintenant, quand je croise un compatriote du numérique, je ferme ma bouche mentale bien fort. Le gars ou la nana lit un livre, on est frère de culture, liés par le texte, et non par le matériel. C’est tout ce qui doit compter.
Même s’ils ont tor… NON ! VILAIN LE REILLY !!!