1201 – You Got Served

Je viens de battre les Glitterati, le crew de danseurs jumeaux incestueux psychopathe, ce qui fait de moi le roi de la ville. Quand, sans prévenir, je me retrouve dans un dirigeable, face à un savant fou : le Dr Tan. Derrière lui, une vidéo de mes exploits de danse tourne en boucle. Le docteur m’explique qu’il m’observe depuis le début, analyse mes mouvements pour programmer une armée de robots danseurs. Avec ses machines il veut asservir le monde de la danse et diriger toutes les battles de la planète. Mais avant de mettre en place son plan diabolique, il veut s’assurer que ses cyborgs sont au niveau. Et pour ça, il me met au défi de les vaincre dans un duel de danse jusqu’à la mort !

OH PUTAIN IL Y A UNE CINEMATIQUE ET UN BOSS DE FIN DANS DANCE CENTRAL II !

A PARTIR DE 5min24s

Bon, okay, je m’en doutais un peu. Mais tout de même. Je reste soufflé qu’un jeu de danse qui n’offre absolument aucun fil narratif pendant 99% de l’expérience pète un plomb et te sorte deux minutes de vidéo et un combat final. Sachant que quasiment personne ne le verra, puisque pour y arriver il faut au minimum se farcir 25 chansons prédéfinies dans un mode à part. Le joueur moyen de Dance Central va foncer dans le mode « On Danse », jouer à ses dix chansons préférées et fera quelques battles sur le reste avec ses potes, sans aller chercher plus loin. J’étais donc, le weekend dernier, face à une anomalie scénaristique dans un jeu qui n’en a pas besoin. Pour ma plus grande joie, puisque je m’en suis roulé par terre en frétillant.

Surtout que cette petite cinématique de fin possède une ou deux caractéristiques magiques. D’une elle intègre le joueur, qui aura été filmé plusieurs fois pendant le jeu. J’ai vu ma frimousse sur les écrans du Dr Tan, créant un liant avec le reste de l’’aventure. Ensuite, on me dit qu’on m’a « observé », qu’on a « étudié mes mouvements » et provoqué mes duels contre les crews de la ville. On nage en pleine métafiction puisque les caméras du Kinect deviennent un dispositif de capture et le joueur un pion sur l’échiquier du savant fou. Les plus malins feront un beau parallèle avec le twist de Bioshock, où le joueur était complice malgré lui de l’intrigue. Sauf que cette fois c’est moi en vrai qui suis incrusté dans la cinématique.

Une fois l’armée de robots vaincue (au prix de 10 minutes de danse non-stop), le Dr Tan s’enfuit dans un ricanement maléfique. To be continued.

Au passage on récupère quatre nouveaux personnages jouables : trois robots (bleu, rose, doré) et Tan lui-même. Ce qui fait qu’à présent je joue à Dance Central II avec un grand père et son monocle. Le truc le plus cool du monde. Un peu comme le scénario du jeu, dont quasiment personne ne parlera jamais, malgré le fun et le génie du truc. Parce que c’est un jeu de danse, et pas un truc où on tue des gens.

Il fallait que je rétablisse la vérité. C’est à présent chose faite.

1200 – Book Review 201

« Are you there Satan ? It’s me, Madison. »

Chuck Palahniuk a vraiment une vie pourrie. Après avoir perdu son père, abattu par l’ex de sa nouvelle petite amie, c’est l’année dernière sa mère qui s’est éteinte des suites d’une longue maladie. A son chevet pendant plusieurs mois, Chuck s’est mis à écrire sur la mort. Damned est la première partie d’une trilogie calquée sur la structure de La divine comédie de Dante (Enfer, Purgatoire, Paradis). On aura beaucoup attendu ce dernier roman. D’une part parce qu’il a mis plus de temps à sortir que les précédents, mais aussi parce que la cuvée 2010 était un énorme rattage. Et que venant mon auteur préféré, ça m’a un peu piqué le cœur. C’est donc avec appréhension que j’ai entamé Damned, moins de deux heures après sa sortie (merci les internets du numérique).

Madison avait treize ans quand elle est morte. Quand on lui demande les causes de son décès, elle répond qu’elle a fait une overdose de marijuana. Innocente fille d’une star mondiale de cinéma et d’un entrepreneur multimillionnaire, elle se retrouve malgré tout en enfer, comme la majorité de la race humaine. Morte avant d’avoir appris la vie, elle décide par défaut d’apprendre la mort. Elle se lie rapidement d’amitié avec une clique d’adolescents tout droits sortis de Breakfast Club (la princesse, le punk, le geek et le sportif) et entreprend d’arpenter les enfers. Alors qu’elle découvre petit à petit comment fonctionne son nouveau plan d’existence, elle se souvient des petites médiocrités de sa vie, de ses études en école privée jusqu’à sa tentative d’aventure avec son grand frère adoptif. Mais idéalement, elle espère surtout rencontrer Satan au fil de ses pérégrinations, pour pouvoir lui poser quelques questions.

Damned est relativement court, du haut de ses 250 pages. Et pour une fois Palahniuk a renoncé à l’utilisation d’un gimmick de style ultra lourd et se contente d’ouvrir chaque chapitre par un mini résumé des évènements à venir. Un procédé qui se rapproche de demi spoilers que j’affectionne tout particulièrement. L’écriture est à hauteur d’enfant et l’une des astuces de Palahniuk est de faire suivre chaque mot compliqué par « Ça vous épate qu’une [gamine/enfant/…] connaisse le mot [mot] mais je ne suis pas […] ». Les répétitions sont le procédé préféré de Chuck et sont ici utilisées avec malice. Les chapitres étant courts, on avance plutôt vite jusqu’à la conclusion annoncée : à suivre…

L’histoire commence par une parodie infernale de Breakfast Club, mais très vite on passe ensuite à un road trip à travers l’enfer. Les lieux sont composés des rejets corporels des hommes (le désert des ongles coupés, l’océan de sperme gaspillé), de bêtes grouillantes et d’anciennes divinités réduites au statut de démon par les religions suivantes (avec une bonne vanne selon laquelle Jésus finira par devenir Satan quand on sera passé au culte d’après). Au milieu du chaos, les humains sont réduits à devenir soit des acteurs pornos à la webcam pour les sites de cul bas de gamme, soit des télémarketeurs dont le but est d’emmerder au maximum les vivants. Bien sûr, on a un bout de trame, avec Madison qui recherche Satan, mais c’est véritablement l’univers qui « charme » au fil de la lecture. Palahniuk oblige, on se demande une bonne partie du bouquin comment est vraiment morte l’héroïne (parce que la marijuana, come on…) et surtout, OU EST LE PUTAIN DE TWIST.

Il est à 93% du roman. J’ai noté.

Par contre il est un peu étrange, ou faiblard. Je ne sais pas encore. En fait au terme de Damned on ne sait pas grand-chose à tel point on a vraiment l’impression d’avoir lu la première partie de quelque chose (ce qui est le cas, j’en conviens). Ce dont je suis sûr c’est que le livre est équilibré, bien écrit avec un style abordable, un personnage principal complexe et un univers riche. C’est donc nettement mieux que Pygmy ou la purge Tell-All.

Mais on n’atteint pas encore la folie ou le génie des œuvres précédentes de Palahniuk. Pas encore, puisqu’il reste deux romans avant la fin. La bonne nouvelle, c’est que je les attends de pied ferme et ça me fait infiniment plaisir.

BUY STAGE !!!

C’est cartonné et ça coûte 18€.