Minuit passé. La jolie brune sur le quai de la 4 au départ de Porte D’Orléans regardait dans le vide. Elle a passé les six minutes d’attente sans bouger, les écouteurs de son iPhone remontés jusque sous ses cheveux. Elle ne tapait pas du pied en rythme, ne hochait pas la tête. Son visage n’affichait rien. Planqué derrière mon téléphone, j’étais perplexe. Alors je me suis assis en face d’elle, sur le carré de sièges d’à côté (forcément). Deux arrêts plus tard et une nouvelle fille vint se poser pas trop loin. Elle aussi regardait dans le vide. Son visage ne trahissait aucune expression. J’aurais pu me trouver dans l’invasion des profanateurs version MP3. En bon psychopathe, je les ai fixées par-dessus mon Kindle sur une bonne vingtaine d’arrêts. Mais à part bouger vaguement au fil des remous du métro, rien.
Mais… mais à quoi vous pensez ?

Ma logique de rentabilisation à outrance fait que je suis toujours occupé dans le métro. Sur un trajet court je vais twitter, écrire des textos, vérifier un truc sur mon agenda. Sur un trajet moyen je vais bouquiner des scans de manga. Sur un trajet long je vais sortir mon Kindle et bouloter un roman. Le tout avec les écouteurs fermement enfoncés intra auriculairement. Obsédé à l’idée de maximiser le temps passé dans les transports, j’en deviens complètement fermé. Je n’entends rien, je ne regarde rien et les gens ne peuvent ni savoir ce que j’écoute ni ce que je lis. En gros je suis un con. Mais je rentabilise mon trajet. Ce qui fait que je me demande toujours ce que font les gens qui ne font rien. Enfin, ce qu’il se passe pour eux, dans leur tête, pendant vingt stations.
J’abuse un peu, puisqu’il m’arrive d’oublier mon Kindle, ou de ne pas capter, ou simplement d’avoir la flemme. Je me laisse porter, je dodeline de la tête, je somnole, je reviens, je pense à avant, je pense à après. Ah, on arrive.

Peut-être que je fais des tonnes de trucs pendant mes trajets en transports justement parce que je suis incapable de me concentrer chez moi, pas fichu d’ouvrir un bouquin. Peut-être que les autres gens fonctionnent à l’envers, dissipés dans le métro et concentrés chez eux, le nez dans leur livre de chevet. Au fur et à mesure de l’avancée de la 4 ce soir-là, d’autres personnes sont venus s’asseoir et participer à la contemplation silencieuse du rien. Au bout d’une dizaine de stations, un type est entré dans ma rame et a ouvert un bouquin. Je me suis senti moins seul. J’ai repris ma lecture.
N’empêche, à Réaumur, quand je suis sorti, j’ai eu envie d’aller voir la brune encore là. Pour lui demander, dis, tu penses à quoi ?
Ça peut être une bonne technique de drague. Sinon comment font les gens pour lire et écouter de la musique en même temps ?
Moi j’ai de la musique dans les oreilles et je ne fais que regarder les gens.
J’aime trouver des jolies filles et me dire “Tiens celle là je sortirais bien avec si j’étais célib.”
Ou quand je croise 2 filles je me dis “Si tu devais choisir entre les 2, tu prendrais laquelle ?”
Tout ça dans un système de pyramide de combat à la Dragon Ball (il ne peut en rester qu’une).
Le plus souvent j’aime juste regarder les gens, mon regard m’oblige à le porter partout. Dévisager les gens, décortiquer leurs mimiques, m’imaginer leur vie.
Evidemment, à chaque rentrée dans le tunnel sombre du métro, je jette un regard à la porte vitrée pour vérifier l’image que peuvent avoir les gens en me regardant, si ils ont la même obsession que moi.
Et bien peut-être qu’elle écoutait un livre audio ?
POur répondre à Lucie, on peut tout à fait écouter de la musique en lisant… ce que je fais assez souvent : une BO et un bon bouquin (à condition qu’il n’y ait pas de chanson par contre).
Ca fait longtemps que je me fais cete réflexion. A quoi pensent les gens qui ne font rien. Je veux tellement rentabiliser mon temps que je mélange parfois des tas de trucs, musique, lecture, ordi. Je regardes des séries la nuit, dans les transports, dès que j’ai cinq minutes je me renseigne sur tel ou tel trucs.
Et quand je discute avec des gens, j’ai souvent des yeux ronds et des remarques : “mais où est-ce que tu trouves le temps ?!”. Et j’ai souvent envie de savoir comment eux font, comment ils passent leur temps puisque justement il ne font pas ce que je fais.
C’est le problème de notre société: toujours tout optimiser. On ne sait plus s’ennuyer… Enfin bon je ne vais pas commencer à tergiverser là-dessus, sinon ça va être chiant.
)
@Lucie, tu arrives bien à regarder un film en parlant avec une amie ou à répondre à tes textos en travaillant, non? Ben c’est pareil: tu allumes ton MP3, tu ouvres ton bouquin et tu apprécies les deux en même temps. Mieux vaut quand même faire attention à ce que les deux soient compatibles (évite le Doom Metal pour lire la biographie d’une personne opprimée par exemple
En tant que personne qui n’a pas de lecteur MP3 ou assimilé, et qui parfois a trop de trucs dans les mains / sur le dos / sur les genoux pour ouvrir un livre, je peux vous dire ce qu’il se passe dans ma petite tête : j’observe les gens.
Je tourne la tête, je souris aux mémés, je tire la langue aux bébés, je notre la phase d’approche du petit brun face à la petite brune, je remarque que les gens cherchent (pour la plupart) à être ailleurs qu’ici, que chacun dans sa bulle invisible oublie que ce monde n’est pa juste une autoroute.
En résumé, je médite sur le sens de la vie:)
Ne penser à rien parfois, cela fait du bien. Surplomber les abysses du vide et côtoyer le néant a quelque chose de reposant…
J’ai bien imaginé le truc… Et j’aime aussi regarder écouter fantasmer sur ce que les gens pensent… Quand ils rêvent debout. Merci pour ces lignes … Dis tu lis quoi comme manga ?
En ce moment ?
- Bakuman
- The World God Only Knows
- One Piece
- Bleach
- Fairy Tail
“A penny for your thoughts”
Moi je compte les néons entre les stations, y’en n’a jamais le même nombre, c’est fou !
Etant timide, j’evite le regard des autres et je me refugie dans mon monde musical. Je ne me suis jamais pose la question sur ce que les autres peuvent bien penser. Je pense que je m’en fiche, meme de leurs opinions sur moi.