1216 – Dick In a Box

Mon studio est une boîte.

C’est peut-être l’appartement le plus carré du monde, tant les quatre murs font à peu près la même longueur. A quelques mètres de plafond près et c’était la vraie boîte. Sans le papier cadeau. La salle de bain est coincée à l’intérieur du cube, dans une fausse pièce dont la seule fenêtre donne sur la kitchenette (néologisme ridicule). Puisqu’on parle d’ouvertures vers l’extérieur, mes deux fenêtres sont presque toujours volets fermés. La faute à la rue à une voie qui fait que l’immeuble d’en face est un peu trop près. Le problème étant que je vois plus souvent passer des mecs en caleçon que des filles qui hésitent quant au choix de sous-vêtements du jour. Forcément. Alors je reste enfermé entre mes quatre murs, derrière les volets.

Je ne peux pas m’empêcher de repenser à l’épisode Shells de Angel. Le démon Illyria a pris possession du corps d’un des personnages et se lamente de ce que l’humanité est devenue, à s’enfermer dans des « boites » au lieu de vivre dehors.

Mon studio est sinistre parce qu’il est utilitaire, il ne trompe personne, il ne prétend pas être autre chose que quatre murs et un plafond. Je ne passe pas de coups de téléphone parce que je ne peux pas tourner en rond dans 22m². J’ose de moins en moins inviter les gens parce que c’est petit et moche alors que mes amis passent à la gamme au dessus de leur côté. Surtout, je ne peux pas quitter l’ambiance d’une pièce et me réfugier dans une autre, parce que je n’en ai qu’une. Quand on travaille, l’appartement devient un refuge. Lorsqu’on ne travaille pas, il se change en cage, dans laquelle on passe le plus clair de son temps à chercher de quoi en sortir. A défaut, on se dit que ça ira mieux avec une nouvelle télé, une énorme, gigantesque, troidé, troisième fenêtre sans vis-à-vis. Ce qui fait de moi, momentanément, une andouille dans une boîte.

Peut-être que je pourrais enfin consentir à afficher la demi-douzaine de posters achetés au fil des années sans les encadrer (trois ans de procrastination). Et puis je ne suis pas à trois tâches de scotch sur les murs près pour récupérer, on y croit, ma caution. Ce serait un début.

Ou alors je ferme word, puis je ferme l’ordinateur, puis je ferme à clef, depuis l’extérieur. ET JE M’EN VAIS.

Ouais.

Trop.

1215 – Printing Is Cloning Too

Le chacal, un scientifique fou, a cloné Spider-Man à partir d’un échantillon d’ADN et envoyé la copie combattre l’original. Mais les deux Peter Parker ont fait équipe et défait le Chacal. Présumé mort pendant l’affrontement, le clone disparu pendant cinq ans. Ayant adopté le nom de Ben Reilly, il revient à New York lorsqu’il apprend que tante May est à l’hôpital. Au même moment, le Chacal refait surface et annonce à Peter Parker qu’il est le clone, qu’il y a eu échange cinq ans plus tôt. Ben Reilly reprend le flambeau et accepte de devenir Spider-Man à la place de Peter Parker, qui abandonne sa vie à Ben, à l’original, et se retire avec Mary-Jane, qui attend un enfant. Cette nouvelle distribution des rôles vole en éclat lorsque Norman Osborn, le bouffon vert, prétend avoir commandité le Chacal pour torturer Peter Parker. Peter serait l’original et Ben le clone. Reilly finit par se sacrifier pour sauver Peter, et se dissout tel la copie qu’il était en réalité.

La saga du clone aura duré trois ans, de 1994 à 1996, et reste une des histoires de comics les plus contestées de tous les temps. C’est aussi ma préférée de tous les temps.

Ses mérites et échecs sont d’ailleurs si débattus que, pendant quinze ans, Marvel a refusé de rééditer quoi que ce soit datant de la période. C’était un sujet taboo, le Voldemort de la maison des idées. Depuis l’année dernière a commencé à sortir en volumes reliés « Spider-Man : The complete clone saga epic », sous la forme de tomes comprenant une douzaine de comics chacun. Il faut savoir que sur les trois ans couverts par la saga, plusieurs centaines de numéros ont raconté de près ou de loin les aventures de Peter Parker et Ben Reilly. Tout réunir est autant un problème d’archiviste (tout retrouver sur 20/25 séries différentes) que de sélection. Une fois n’est pas coutume, le travail de titan entrepris aux US est bouclé chez nous depuis 2008 par les gars de Panini, qui possèdent les droits français de Marvel. Ils ont sorti deux volumes Omnibus titanesques (50 comics par pavé couverture cartonnée) avec l’ambition de proposer la sélection la plus pertinente des épisodes de la saga du clone.

Les trois ans de saga auront été remaké/résumés en une mini série de 6 numéros l'année dernière.

A l’époque de la sortie du premier pavé, j’effectuais le premier stage de ma vie chez Ubisoft. Et j’étais surtout sans le sou. Quand on m’a demandé ce que je voulais comme cadeau de départ, j’ai tout de suite pensé à La saga du clone T1. A 65€ et 2 kilos, c’était un beau présent. Mes finances ne m’ont pas permis de m’offrir la suite. Cette année, j’effectuais le dernier stage de ma vie chez Microsoft. Et j’étais sans le sou. Quand on m’a demandé… Vous imaginez la suite. Mes collègues ont joué le jeu et je me suis retrouvé avec 2 kilos de bibliothèque supplémentaire. Depuis deux semaines j’ai donc repris ma lecture de l’intégrale de la saga du clone là où je m’étais arrêté. Et j’aurais toujours le souvenir d’avoir utilisé Spider-Man comme serre-stages, avec un volume pour le premier et un volume pour le dernier. D’un point de vue karmique, ça fait sens dans mon esprit. L’univers n’est pas si mal fichu.

J'ai même traqué ce one-shot mettant en scène les éditeurs de Marvel en plein brainstorm sur 30 pages à propos de comment boucler la saga. Magie de la métafiction.

D’ailleurs je réalise que, surtout dans cette seconde moitié, j’ai déjà lu un bon paquet des numéros reliés. Quand j’étais au lycée, j’ai passé des années à traquer sans internet ni carte bleue tous les Spider-Man de l’époque chez les bouquinistes de la capitale des gaules. Je cherchais de nouveaux épisodes de la Saga. On m’en offrait pour ma fête, mon anniversaire ou parfois pour rien, comme ça. Parce qu’on savait que c’était mon truc, ma petite quête bizarre. D’où la présence sur l’étagère à côté de mon lit d’un tas de comics jaunis, cornés, glanés de ci de là, qui étaient mon petit puzzle personnel de mon histoire préférée.

Une tradition que j’aurais tenue jusqu’au bout, puisque l’édition la plus complète au monde sur la saga du clone m’aura été offerte, sur plusieurs années.

Sur ce je dois vous laisser. Il faut que j’y retourne, j’ai encore 800 pages à lire.

1214 – Bookswap

- Tu viens au Book Club du Carmen ce soir ?
- Cékoi ?
- C’est au Carmen, tu viens avec un livre, et après tu l’échanges avec quelqu’un de là-bas, tu bois et tu discutes.
- Okay.

La soirée est organisée par A tale of three cities, un collectif/revue un peu branchouille. Le concept me plaisait bien. Alors j’ai pris le temps de réfléchir cinq minutes à quel bouquin j’allais bien pouvoir emporter. Sur Twitter, je dis que je cherche un roman nul dans ma bibliothèque à offrir, pour que mes trolls répondent « le tiens ». Ça marche bien. En vrai, j’ai choisi The Swap de Anthony Moore depuis le départ. Déjà parce que son titre est le titre le plus cohérent du monde vis à vis du thème de la soirée. Ensuite parce que j’ai détesté la fin (ça ne me dérange pas de le fourguer) mais que plein d’autres gens l’ont aimé (donc si ça se trouve celui à qui je le donnerai aussi).

A l’entrée du Carmen, mes grosses baskets ne sont pas un problème pour le videur, plus préoccupé par mon paperback que mon allure. Pas de livre, pas d’entrée. On nous donne (cool) un marque page Three cities chacun, et c’est parti. A l’intérieur, il fait noir, très. Trop pour que je puisse prendre en photo les deux filles qui boivent leur verre de vin dans la cage dans le coin. Bon esprit. Il faut dire que le lieu est joli, ancien hôtel particulier de Bizet (« Carmen », GET IT ?!). On se cale sur des canapés et on pose nos bouquins, deux exemplaires des Fleurs du mal et un De profundis, sur la table basse à côté. Maintenant que nous avons monté notre stand éphémère, plus qu’à attendre que les curieux viennent tenter la bonne affaire.

En attendant que cela morde, on observe la faune. Une grande blonde se promène avec une chapka immense, un type débarque avec un pantalon léopard. Monde parallèle. Je me déplace pour jeter un œil aux autres gens. Beaucoup de cols roulés, de cachemire, de vestes de costume hors de prix. La moyenne d’âge tourne à 25/30 ans mais tout le monde est maquillé et prend l’air grave et donc parait plus vieux. Je réalise que mon combo tee-baskets est quelque peu hors sujet. Si j’étais une dissertation, je ne repartirais pas avec plus de sept sur vingt. Heureusement que le photographe officiel de la soirée se promène avec une doudoune énorme et un sac à dos sur les épaules. Je lui demande, à son grand embarras, si je peux le prendre en photo. Il ressemble beaucoup trop à James Franco dans Howl. Il connait le film mais est trop gêné pour se défendre. Pic.

Au final je suis resté avec le groupe qui m’avait invité, qui est resté avec lui-même. Mon savant mélange de timidité et d’absence de mèche ont fait que je n’ai pas osé aborder les gens, pas même la personne qui était venue avec un exemplaire de A visit from the goon squad, qui me faisait bien envie. Puis je pense qu’il aurait perdu au change si je lui avais fourgué The Swap. D’ailleurs, je ne crois pas avoir vu de livres changer de mains. Tous les bouquins que j’ai pisté pendant la soirée sont restés sur leurs tables. A minuit et demi, je suis reparti bredouille, ma propre came sous le bras, en me demandant ce qui clochait, qui faisait que je n’avais pas trop su faire.

C’est dommage parce que j’aimais bien l’idée. Et les gens étaient bizarres, mais bizarres “j’ai envie de te parler pour savoir ce que tu fais dans la vie”.

If at first you don’t succeed. Il faudra que je reessaie.