Mon studio est une boîte.
C’est peut-être l’appartement le plus carré du monde, tant les quatre murs font à peu près la même longueur. A quelques mètres de plafond près et c’était la vraie boîte. Sans le papier cadeau. La salle de bain est coincée à l’intérieur du cube, dans une fausse pièce dont la seule fenêtre donne sur la kitchenette (néologisme ridicule). Puisqu’on parle d’ouvertures vers l’extérieur, mes deux fenêtres sont presque toujours volets fermés. La faute à la rue à une voie qui fait que l’immeuble d’en face est un peu trop près. Le problème étant que je vois plus souvent passer des mecs en caleçon que des filles qui hésitent quant au choix de sous-vêtements du jour. Forcément. Alors je reste enfermé entre mes quatre murs, derrière les volets.
Je ne peux pas m’empêcher de repenser à l’épisode Shells de Angel. Le démon Illyria a pris possession du corps d’un des personnages et se lamente de ce que l’humanité est devenue, à s’enfermer dans des « boites » au lieu de vivre dehors.
Mon studio est sinistre parce qu’il est utilitaire, il ne trompe personne, il ne prétend pas être autre chose que quatre murs et un plafond. Je ne passe pas de coups de téléphone parce que je ne peux pas tourner en rond dans 22m². J’ose de moins en moins inviter les gens parce que c’est petit et moche alors que mes amis passent à la gamme au dessus de leur côté. Surtout, je ne peux pas quitter l’ambiance d’une pièce et me réfugier dans une autre, parce que je n’en ai qu’une. Quand on travaille, l’appartement devient un refuge. Lorsqu’on ne travaille pas, il se change en cage, dans laquelle on passe le plus clair de son temps à chercher de quoi en sortir. A défaut, on se dit que ça ira mieux avec une nouvelle télé, une énorme, gigantesque, troidé, troisième fenêtre sans vis-à-vis. Ce qui fait de moi, momentanément, une andouille dans une boîte.

Peut-être que je pourrais enfin consentir à afficher la demi-douzaine de posters achetés au fil des années sans les encadrer (trois ans de procrastination). Et puis je ne suis pas à trois tâches de scotch sur les murs près pour récupérer, on y croit, ma caution. Ce serait un début.
Ou alors je ferme word, puis je ferme l’ordinateur, puis je ferme à clef, depuis l’extérieur. ET JE M’EN VAIS.
Ouais.
Trop.




