1238 – Signed Copy

Le week-end dernier j’étais à la librairie Les cahiers de Colette, pour une dédicace de Régis Jauffret (Merci copain pour m’avoir prévenu). Sur les deux cent et quelques bouquins dont j’ai fait l’acquisition ces quatre dernières années, aucun n’est signé. Parce que je ne vois pas l’intérêt d’aller gratter de la griffe d’écrivain. Tout se passe en quelques secondes, et l’expérience de la rencontre me parait faible (en termes de calories émotionnelles). Quand j’écumais Angoulême c’était pour des dessins, autrement plus qualitatifs, et qui prennent plusieurs minutes de réalisation. Le temps d’engager un véritable début de conversation avec l’auteur. Du coup, non, je n’ai pas trainé mes guêtres au salon du Livre pour me faire gribouiller mes livres préférés. Mais cette fois, c’était différent, c’était MOTHERFUCKING Régis Jauffret ! Mon putain de héros. Puis, avec son dernier roman Claustria, j’avais réalisé mon premier achat luxe de l’année (21.90€ les loulous).

J’y suis allé, persuadé qu’il y aurait une foule monstre.

Dans les pays Anglo-saxons, quand un auteur se rend dans une librairie pour dédicacer son dernier livre, on lui fait signer l’intégralité du stock disponible avant son départ. Si vous allez ensuite dans la librairie, vous pourrez tomber sur des livres avec un sticker « signed copy » sur la couverture. Cela signifie que cet exemplaire est dédicacé, à personne en particulier, en général seulement. Le détail amusant, c’est que les signés et les autres sont vendu au même prix. Le libraire ne considère pas la dédicace comme une plus-value monétaire, simplement symbolique. C’est un peu comme une couverture alternative de comics : pareil, mais en différent, et au même prix. Une coquetterie. Cela tend aussi à prouver que sans la rencontre, la dédicace perd de sa valeur. Une rencontre de toute façon éphémère puisque limitée dans le temps par deux lignes maximum en cas d’affluence. Ce qui n’empêche pas des lecteurs de réclamer des dédicaces en PDF pour leurs livres électroniques.

Je suis arrivé un peu en retard à la librairie. Jauffret était seul à sa table, les lecteurs étaient déjà tous passés. Quelque part j’étais consterné de ne pas voir les lieux bondés, plein de fanboys. D’un autre côté, j’ai pu m’avancer immédiatement. Il a pris mon livre. Enfin, son livre. Quel nom ? Deux T et H, okay. Il a gribouillé et c’était fini. Cinq secondes chrono. Je me suis senti un peu bête, rapport à tout ce que je vous ai dit dans le premier paragraphe. Alors j’ai embrayé : au fait, puisque je vous tiens, j’avais une question. Il y a répondu de bon cœur (je vous raconterai quand on parlera du livre). Puis j’ai avoué beaucoup aimer ce qu’il faisait, je lui ai dit que j’aimais son style, que c’était agréable à lire, comme du petit lait, mais pour les yeux. Merci pour le livre quoi. Il a trouvé quelques remerciements (peut-être) sincères à me répondre, et je l’ai laissé discuter avec la libraire.

Alors oui, mon Claustria est le premier livre que je me suis fait signer. Je retiendrai surtout la réponse à ma question et la satisfaction égotique de lui avoir dit tout le bien que je pense de son œuvre. C’est dans un sens un fardeau en moins. Il s’en tape, mais j’avais besoin de lui dire.

Ça va mieux là. Je vais lire la seconde moitié du livre maintenant.

1237 – Spectacular

J’ai eu envie de taper très fort le vendeur du GAME.

Déjà parce qu’avec son problème de coiffure, de lunettes et de posture il alimentait quotidiennement les stéréotypes négatifs sur les geeks. Ensuite parce qu’il m’a vendu Spider-Man : Edge Of Time dans une boite cassée, sans blister, avec un sticker prix dégueulasse collé dessus, au prix du neuf. L’exemplaire de démonstration fourgué au tarif plein. SUPAYR. Mais je voulais jouer, alors je l’ai acheté. Une fois chez moi, je dégustais le début de mon jeu (un peu nul) Spider-Man annuel. En contrôlant Peter Parker on peut, d’une pression sur un bouton, activé le spider sense en plein combat. Spider-Man se démultiplie alors à l’écran, pour montrer toutes ses esquives ultra rapides visibles par persistance rétinienne. L’effet est tellement cool que j’en ai versé une larme sur place.

Je ne déconne pas, j’ai mis le jeu en pause, et j’ai senti mes yeux se mouiller. J’étais heureux.

La semaine dernière a été une semaine extraordinaire pour le fan de l’araignée que je suis. En plus de mon achat de Edge Of Time, trois comics sont sortis le mercredi. Avenging Spider-Man #3 termine le team up avec Red Hulk, toujours dessiné par mon dessinateur préféré de l’univers : Joe Madureira. Orgasme rétinien. Ensuite, dans Daredevil #8 se concluait le team-up avec Matt Murdock, dans un récit plein de très bonnes vannes. Larmes de rire. Puis, dans Amazing Spider-Man #678, le dessinateur Humberto Ramos, que j’ai recopié pendant des années, s’est particulièrement appliqué. Retour de l’orgasme. Enfin, Ultimate Spider-Man #6 montrait enfin Miles Morales en costume, à latter des racailles pour sa première patrouille sérieuse. Une fois les numéros dévorés, je me suis dit qu’être fan de comics, c’est vraiment le pied.

Après je suis peut être excentrique, mais j’arrive à sniffer du bonheur entre les pages d’un Spider-Man.

Je me souviens de la haute autorité familiale, qui se foutait de moi à 15 ans, à me dire qu’un jour j’arrêterai de lire les super-héros. Perdu. Je suis moins de séries, je saute quelques mois de Hulk ou je rate un ou deux arcs de Deadpool, certes. N’empêche, je lis et relis chaque nouveau numéro d’Amazing Spider-Man avec la même joie d’enfant. Je hurle quand Black Cat flirte avec Daredevil, je ris à voix haute si Parker cloue le bec à Jonas, j’ai le cœur qui accélère à chaque mention d’un retour d’Osborn ou de Reilly. Entre les jeux vidéo, les comics (spinoff et crossovers compris) et le retour du dessin animé, j’ai un fix au minimum toutes les deux semaines, parfois plus. C’est comme savourer du sucre fondu pour le cœur, et lécher l’intérieur de l’emballage pour ne rien oublier.

Je dis oui à la surproduction, tout comme je dis oui à mon fanboyisme, qui ravit mes glandes à endorphines. Et après coup, à chaque fois, je me demande comment font les autres gens pour être heureux sans Spider-Man.

Quoi qu’ils prennent, je doute que ce soit aussi bon.

1236 – Comic Review 12

La première fois que j’ai entendu parler de Casanova, c’était en 2006, à la sortie du premier numéro chez Image Comics. Le format était spécial : 16 pages à peine colorisées au lieu de 32, au prix réduit de 1.99$. Avec la promesse d’une narration ultra compressée qui en donnerait pour son argent. Aux manettes le très bon scénariste Matt Fraction (devenu « architecte » pour Marvel) et le sublime Gabriel Ba aux dessins (remember Daytripper). Casanova aura été un succès d’estime immédiat, collectionnant les récompenses au fil des deux premiers volumes. Puis la série a rejoint Fraction chez Marvel et fut republiée en couleurs dans le label semi-indépendant Icon, tout ça pour préparer la sortie du troisième tome. C’est à ce moment que j’ai décidé de plonger et achetant Luxuria, le premier arc de 7 épisodes.

La mauvaise nouvelle c’est que la première fois que j’ai tenté de lire Casanova, j’ai tenu 30 pages. Je ne comprenais rien. Je saignais du cerveau par les oreilles. C’était trop balèze pour moi.

Il a fallu que je lâche l’affaire plusieurs mois, que j’aille lire des résumés des deux premiers épisodes sur internet, et que je m’y remette. J’ai tout repris depuis le début. Ce qui me permet de vous fournir un résumé à peu près compréhensible.

Casanova Quinn est un espion freelance. Son père, Cornélius, est à la tête de E.M.P.I.R.E, un groupe mondial d’agents secrets chargés de protéger la planète. Lorsque sa fille protégée, Zéphyr, meurt au combat, Cornélius invite son fils renégat à l’enterrement et essaie de le faire passer dans le camp des gentils. Mais Casanova est capturé par Newman Xeno, le directeur du W.A.S.T.E, une agence criminelle venue d’une autre dimension. Dans l’univers parallèle de Xeno, Zéphyr est vivante et bosse pour les méchants, tandis que Casanova est mort et travaillait pour E.M.P.I.R.E. Xeno arrache donc Cass à sa dimension pour lui faire prendre la place du gentil Cass et se servir de lui comme agent double. Mais personne n’a pensé à ce que Casanova veut réellement, et cela pourrait se retourner à la fois contre E.M.P.I.R.E et W.A.S.T.E.

CA VA VOUS AVEZ SUIVI OU BIEN ?

Okay, cool. Maintenant je vous rajoute que dans Casanova, on trouve aussi : des robots sexuels, des mutants à trois têtes, des duels psychiques, des mechas japonais, des powerpoints, des hommes de Cro-Magnon et bien entendu PLEIN DE DROGUE. Donc oui, en gros, Casanova c’est James Bond sous LSD. Sachant que tout ceci vit dans des pages avec plein de cases, de bulles, où ça explose de partout. Chaque fois que je dérapais sur une phrase d’anglais que je ne gérais pas je prenais le risque de me perdre à jamais dans un scénario ultra condensé et fou. D’un autre côté, une fois le train pris en marche, ce n’est que du bonheur. Il s’agit qu’un quelque chose qui ne peut exister qu’en comics, avec des blagues surréalistes, des passages méta textuels et une bonne dose de pulp. Vous savez, ce savant mélange de décontraction, sexe et violence qui produit cette saveur si particulière.

Les dessins de Ba sont d’ailleurs un délice, s’adaptant à l’espace, s’amusant des situations et sautillant sans cesse entre réalisme et cartoon. Chaque volume de Casanova possède une couleur particulière, et avec son vert, Luxuria possède une identité forte jusqu’au bout du recueil.

Les gens avaient raison, Casanova est un bijou, un ovni qui ne peut exister qu’en comic. Ce n’est clairement pas pour tout le monde, et je comprends qu’aucune traduction FR ne soit disponible (pour l’instant). Mais si le pitch vous fait frétiller, si vous avez confiance en votre niveau d’anglais, foncez. C’est du style imprimé, et ça se sniffe.

En ce qui me concerne, j’ai déjà commandé le second volume.

BUY STAGE !!!

12€ en VO.