1251 – Book Review 216

- Putain, je sais pas ce dont je vais pouvoir parler mercredi, ça fait trois semaines que je m’emmerde Sur la route. Mais je peux pas faire de note tant que je l’ai pas fini.
- T’es con. Tu devrais laisser tomber et dire pourquoi, ça t’empêche pas d’avoir un avis.

Merci les amis.

Sur la route, de Jack Kerouac, donc. J’ai lâché l’affaire à mi-parcours. Là d’ailleurs je me prends la tête entre les mains et je me maudis. Comment, pourquoi, qu’est-ce qui fait que je suis si faible, que je ne suis pas capable de finir la lecture de la pierre angulaire de la Beat Generation ?! MAIS PUTAIN C’EST CHIANT.

Bon. En 1951 ce coquinou de Jack Kerouac rédige les aventures très autobiographiques de Sal Paradise, son alter égo littéraire. Sal est écrivain, enfin il écrit, quand il décide de rejoindre des amis à l’autre bout du pays en stop, puis en bus. Sur le chemin il rencontre d’autres amis, des filles, d’autres filles, puis vis un moment dans une grande ville, puis dans une autre grande ville. Après il rentre chez lui parce que c’est la fin de la première partie. Rembobinez, recommencez. Oui parce que le livre est composé de cinq parties (je suis arrivé à la moitié) où, à chaque fois, Sal retourne sur la route. Le gros problème de lecteur auquel je me suis retrouvé confronté c’est la répétitivité globale de l’intrigue.

Le roman se lit comme une succession d’entrées dans un journal intime. C’est chronologiquement dans l’ordre, mais absolument pas structuré. Si Sal peut se permette de partir sur la route, c’est parce qu’il n’a pas de but, d’objectif, si ce n’est temporairement l’envie de se marier ou de finir un livre. Le personnage ne court qu’après ses amis et à aucun moment le livre ne laisse miroiter une finalité narrative. D’autant que les péripéties se ressemblent. Sal trouve un nouveau boulot, l’abandonne, Sal trouve une nouvelle copine, l’abandonne, Sal trouve de nouveaux amis, les abandonne. Je simplifie mais en gros la vie du héros est rythmé par ses rencontres et au-revoir sans réellement avancer. Un ami me disait qu’en filigranne du livre, on pouvait distinguer que Kerouac était quand même un peu un connard égoïste.

C’est pas faux.

Après, niveau style, c’est agréable (plus que la principale traduction française, deux niveaux de langue trop haut), ça se lit bien. En plus Sal trouve que Le grand Meaulnes, c’est quand même super chiant. Points bonus. L’autre problème que j’ai eu, à mon petit niveau personnel qui n’engage que moi, c’est que je ne suis que très peu sensible à ce que l’on appelle « la nostalgie d’une époque que l’on n’a pas vécu ». En gros, les gens que ça fait frétiller à l’intérieur de mettre des filtres vieillis sur leurs photos de famille. Je crois comprendre que l’intérêt de Sur la route, et de la Beat en général, c’est ce sentiment de liberté du mec qui peut tout plaquer, prendre le bus pour 10$, rencontrer une fille, faire l’amour dans un champ, trouver un boulot comme policier à San Franciso en 2min puis tout plaquer à nouveau. C’était comme ça dans les années 40, c’était cool. Mais ça n’allume rien dans le dedans de moi.

Je ne suis pas nostalgique, je ne suis pas jaloux, je ne regrette pas de ne pas être né à cette époque, de ne pas avoir été là, avec lui et ses potes, à fumer et baiser. Tout ça n’est pas un roman, c’est un contexte de roman. Un contexte seul ne peut pas retenir mon attention sur 400 pages. Sur deux fois moins on aurait eu un super document sur une génération, là c’est simplement trop. Si Sal a un arc narratif, je ne l’ai pas vu jusqu’à mi-chemin. J’ai lâché l’affaire. Peut-être parce qu’à cause de tout ce que j’ai dit plus haut, Sur la route n’est pas pour moi.

Et peut-être que si j’étais allé au bout, j’aurais eu une révélation. Mais j’ai préféré m’arrêter en route. Si j’en suis à préférer prendre mon téléphone pour jouer à des jeux débiles quand je sors que mon Kindle, je perds mon temps. Alors je renonce, et je passe au livre d’après.

Sorry bro.

1250 – Wetworks

La semaine dernière j’étais à la lecture du nouveau numéro de la revue Bordel. J’accompagnais un ami qui avait lui-même apporté un autre ami (qui sort un recueil de nouvelles là maintenant chez Lattès). C’était bien parce qu’il y avait des petits gâteaux au chocolat en forme de koala et que j’ai pu entendre quelques nouvelles sans payer (point chômage). D’ailleurs Fanny Salmeron a lu son texte et j’ai trouvé ça très beau, avec une sensibilité littéraire qui me touche d’autant plus que je ne serais pas capable de l’émuler. Après deux mecs ont pris une demi-heure pour clamer l’histoire d’un pédophile récidiviste. C’était bizarre mais bien écrit. N’empêche, mal assis sur ma chaise en plastique, je mourrais d’envie de partir. Non pas que je m’ennuyais, au contraire, mais j’avais vraiment l’impression d’être un gros tocard à écouter les autres lire alors que je pouvais être en train d’écrire à la place.

Le paragraphe suivant est un interlude, paniquez pas.

La semaine dernière j’ai repris la piscine, parce que j’ai beaucoup de temps libre (point chômage). Et un peu de gras. Quand tu enchaînes les longueurs, tu n’as que deux solutions pour passer le temps : faire le vide ou réfléchir fort. Si tu fais le vide, invariablement, tu vas te planter sur ton nombre de longueurs. Drame du nageur amateur perdu : bon sang, ais-je parcouru 42 ou 44 fois la longueur du bassin ? Dans le doute je devrais repartir de 42, ce qui signifie que j’ai peut être fait 50 mètres pour rien, puisque je les ai décomptés ? BORDEL. Alors à la place, je cogite pendant l’heure de natation. Je repense à mes projets, mes histoires, je tente de trouver des solutions nouvelles à de vieux problèmes. Je me dis que telle ou telle idée n’aurait pas dû être laissée à l’abandon. Je travaille en silence.

Retour au truc du début.

La soirée littéraire n’a pas trop duré, j’ai pu enchaîner avec un autre plan à l’autre bout de la ville, une fête de stagiaires de mon dernier boulot. J’ai fait le grand écart passion/travail la même nuit. Une fois rentré, à plein d’heures du matin, je pouvais ouvrir Word ou aller voir sur Monster. J’ai écrit jusqu’à 5 heures. Ce qui tendrait à montrer que l’encouragement indirect de la soirée Bordel fut plus fort que le début de honte qui m’habitait à la soirée boulot. Si j’ai pu noircir quelques pages virtuelles, c’est avant tout parce que j’avais cogité, au fil de l’eau. D’une frustration qui fait surface à la première longueur je tirais un synopsis à la soixantième. La moitié du travail s’est fait dans le sous-sol de la piscine Parmentier. La seconde au milieu de la nuit deux jours plus tard.

J’ai repris un petit pet-project (se dit d’un truc que t’arriveras pas à vendre à quelqu’un qui signe des chèques et que donc tu fais à priori à perte). En plus il me faut encore 13 nouvelles pour arriver au bout du premier draft. Ah non, 12, parce que je suis retourné à la piscine (vous voyez le lien là c’est bon du coup ?).

Tout ça pour dire que toute motivation est bonne à prendre, même un peu bordélique, et que le sport muscle l’esprit. En gros. Je me comprends. Bref.

Je reste pas, je dois cliquer sur « nouveau document » avant de m’endormir.

1249 – Picoland

Quand j’imagine le lobby des céréales du petit déjeuner, je me représente l’introduction de Zoolander. On y voit la société secrète qui dirige le monde de la mode masculine. Des gens influents tapis dans l’ombre, assis autour d’une table, qui prennent des grandes décisions socio-politiques pour leur assurer avenir et prospérité. Bah le lobby des céréales, je les vois pareil, mais en train de manger des Chocapics. D’ailleurs le patron a un setter irlandais sur les genoux qu’il caresse, tel le Dr Mad. Alors c’est un peu le bordel pendant les réunions, ne serait-ce que parce que tout le monde fait du bruit en mâchant pendant les débats. Un léger problème logistique qui ne les a pas empêchés la semaine dernière d’aller offrir des Country Crisps aux blogueurs parisiens. Parce que bordel il faut que les gens achètent plus de céréales ! PLUS DE CEREALES !

Je ne sais pas trop vous, mais perso comme je mange des céréales toute l’année, y compris pour le quatre heure de temps en temps, je ne vois pas tellement comment je pourrais en manger plus sans me transformer en champ de blé. Paf.

Je suis né en 1986, je suis la génération céréales. A partir du moment où j’ai eu des dents, ma mère m’a refourgué des Chocapics. Même qu’à l’époque, certains matins, elle en petit-déjeunait avec moi. J’aimais bien. Depuis je n’ai lâché les céréales que deux fois. La première chez mes grands-parents, parce que ma grand-mère nous chauffait des croissants au four pendant que je me préparais mon Nesquik froid, et que ça tue tout. La seconde l’année dernière quand j’ai tenté le pork & beans pendant un mois pour voir. Mais dans les faits, je rumine des céréales transformées depuis plus de 20 ans. Je me pose un peu de questions hein, je vérifie ce qu’il y a dedans (trop souvent du sucre dans un enrobage de néant transformé), je varie selon les envies et surtout j’améliore (un peu de confiture, de miel ou d’amandes dans le bol en plus). Les céréales sont mon ordinaire.

Et là, sur le site du lobby, je découvre avec effarement que la consommation annuelle moyenne par personne en France de céréales est sous la barre des 2 kilos. Après un rapide calcul, j’admets qu’à moi seul, je dévore plus de 30 kilos sur le même laps de temps. Et là, l’existence de la société secrète, des publicités et des opérations blogueurs prend tout son sens. ON PEUT VENDRE BEAUCOUP PLUS DE CHOCAPICS. Mais pas à moi. Je suis déjà en surcapacité, gens de l’agroalimentaires. Puisque vos veilleurs liront sûrement ce post, permettez-moi de vous filer un conseil, de client à vie à fournisseur de crack : ramenez les putains de cadeaux cools ! Personne ne rentre les CD avec des jeux flash dessus dans son ordinateur. Quand j’étais môme, on avait des BD sur l’histoire du chocolat (éducatif), des pailles tordues (ludique). C’était de la bombe.

Ah et redonnez le vrai goût du chocolat au Chocapics. Comme avant. Never forgive, never forget.