- Putain, je sais pas ce dont je vais pouvoir parler mercredi, ça fait trois semaines que je m’emmerde Sur la route. Mais je peux pas faire de note tant que je l’ai pas fini.
- T’es con. Tu devrais laisser tomber et dire pourquoi, ça t’empêche pas d’avoir un avis.
Merci les amis.
Sur la route, de Jack Kerouac, donc. J’ai lâché l’affaire à mi-parcours. Là d’ailleurs je me prends la tête entre les mains et je me maudis. Comment, pourquoi, qu’est-ce qui fait que je suis si faible, que je ne suis pas capable de finir la lecture de la pierre angulaire de la Beat Generation ?! MAIS PUTAIN C’EST CHIANT.

Bon. En 1951 ce coquinou de Jack Kerouac rédige les aventures très autobiographiques de Sal Paradise, son alter égo littéraire. Sal est écrivain, enfin il écrit, quand il décide de rejoindre des amis à l’autre bout du pays en stop, puis en bus. Sur le chemin il rencontre d’autres amis, des filles, d’autres filles, puis vis un moment dans une grande ville, puis dans une autre grande ville. Après il rentre chez lui parce que c’est la fin de la première partie. Rembobinez, recommencez. Oui parce que le livre est composé de cinq parties (je suis arrivé à la moitié) où, à chaque fois, Sal retourne sur la route. Le gros problème de lecteur auquel je me suis retrouvé confronté c’est la répétitivité globale de l’intrigue.
Le roman se lit comme une succession d’entrées dans un journal intime. C’est chronologiquement dans l’ordre, mais absolument pas structuré. Si Sal peut se permette de partir sur la route, c’est parce qu’il n’a pas de but, d’objectif, si ce n’est temporairement l’envie de se marier ou de finir un livre. Le personnage ne court qu’après ses amis et à aucun moment le livre ne laisse miroiter une finalité narrative. D’autant que les péripéties se ressemblent. Sal trouve un nouveau boulot, l’abandonne, Sal trouve une nouvelle copine, l’abandonne, Sal trouve de nouveaux amis, les abandonne. Je simplifie mais en gros la vie du héros est rythmé par ses rencontres et au-revoir sans réellement avancer. Un ami me disait qu’en filigranne du livre, on pouvait distinguer que Kerouac était quand même un peu un connard égoïste.
C’est pas faux.
Après, niveau style, c’est agréable (plus que la principale traduction française, deux niveaux de langue trop haut), ça se lit bien. En plus Sal trouve que Le grand Meaulnes, c’est quand même super chiant. Points bonus. L’autre problème que j’ai eu, à mon petit niveau personnel qui n’engage que moi, c’est que je ne suis que très peu sensible à ce que l’on appelle « la nostalgie d’une époque que l’on n’a pas vécu ». En gros, les gens que ça fait frétiller à l’intérieur de mettre des filtres vieillis sur leurs photos de famille. Je crois comprendre que l’intérêt de Sur la route, et de la Beat en général, c’est ce sentiment de liberté du mec qui peut tout plaquer, prendre le bus pour 10$, rencontrer une fille, faire l’amour dans un champ, trouver un boulot comme policier à San Franciso en 2min puis tout plaquer à nouveau. C’était comme ça dans les années 40, c’était cool. Mais ça n’allume rien dans le dedans de moi.
Je ne suis pas nostalgique, je ne suis pas jaloux, je ne regrette pas de ne pas être né à cette époque, de ne pas avoir été là, avec lui et ses potes, à fumer et baiser. Tout ça n’est pas un roman, c’est un contexte de roman. Un contexte seul ne peut pas retenir mon attention sur 400 pages. Sur deux fois moins on aurait eu un super document sur une génération, là c’est simplement trop. Si Sal a un arc narratif, je ne l’ai pas vu jusqu’à mi-chemin. J’ai lâché l’affaire. Peut-être parce qu’à cause de tout ce que j’ai dit plus haut, Sur la route n’est pas pour moi.
Et peut-être que si j’étais allé au bout, j’aurais eu une révélation. Mais j’ai préféré m’arrêter en route. Si j’en suis à préférer prendre mon téléphone pour jouer à des jeux débiles quand je sors que mon Kindle, je perds mon temps. Alors je renonce, et je passe au livre d’après.
Sorry bro.

