Did You Know

Jusqu’à il y a deux semaines, j’étais persuadé qu’il y avait des lamas au Tibet. Rapport aux montagnes, et à la neige. Puis j’ai promis à une pote de mettre un lama dans le truc sur lequel je bosse en ce moment, qui se passe au Tibet. A la recherche d’une anecdote croustillante sur les lamas, je suis allé écumer Google. C’est là que j’ai compris que le lama est un animal sud-américain, et que j’allais devoir me parjurer un peu. Du coup.

Un des plus grand mythes littéraire est : « on n’écrit bien que ce qu’on connait ». Généralement ça marche bien pour prendre quelqu’un et/ou son travail de haut. Dans l’idée. Puis on a inventé les chefs d’œuvre d’héroic-fantasy, science-fiction et l’audace en littérature générale. C’est ce qui permet à un homme d’écrire d’un point de vue féminin (et inversement), ce qui permet de faire des romans historiques sublimes et ainsi de suite. Au final, je crois qu’on n’écrit bien que ce qu’on a bien recherché. Par exemple, les bouquins de Palahniuk sont aussi savoureux parce qu’ils suintent d’anecdotes de fou furieux, comme hier je lisais tout un paragraphe (authentique) sur la collecte d’urine de jument enceinte. Mélange de dégoût et d’admiration de l’anecdote.

De toute façon, un bon bouquin n’est rien autre qu’un bon tour de magie. Le but est d’arriver à faire croire qu’on sait. Pour ce même projet, je devais écrire une scène se déroulant à Hong-Kong (don’t ask). La première version était basée sur un mélange des films que j’avais vu et de Shenmue II. C’était un résidu de cliché. Ce qui marche plutôt bien, parce que les clichés sont des clichés pour une raison : ils sont universels. Et parfois il est plus simple de faire identifier au lecteur un setting, une émotion, en se basant sur l’image mentale qu’il possède déjà. L’étape d’après, celle où je suis, est d’aller creuser un peu plus loin, d’aller chercher l’anecdote qui tue, le point de détail qui va faire la différence. En venant intercaler une vraie info entre deux clichés, tu donnes cette petite texture, le petit bonus.

Surtout, pour peu que tu bosses sur quelque chose qui t’intéresse, tu peux apprendre un tas de trucs en faisant des recherches. Par exemple j’ai découvert qu’il était possible de se faire héberger dans un temple bouddhiste au bout du monde pour pas grand-chose. J’ai découvert des agences de voyages, des forums avec des anecdotes de mecs ayant tout plaqué pour devenir moine. Si je n’ai pas tout utilisé, ça valait le coup, je me suis couché moins con. Et c’est pareil pour tout le reste, qu’il s’agisse de regarder les plans de la Sorbonne, l’agencement des rues d’un quartier, une façade sur google streetview, aux trucs plus exotiques comme les pratiques BDSM, les piliers de suspension en architecture ou encore les médications en asile psychiatrique.

Le net est un outil merveilleux pour celui qui essaie de récréer le réel, c’est un puits sans fond d’informations et d’anecdotes. Peut-être que c’est pour ça que ça me dépite de plus en plus que, de nos jours, la plupart des auteurs se vautrent (trop) dans l’autofiction, ou dans des histoires qui se rapprochent tellement de leur (banal) réel que personne ne voyage, n’apprend, que ce soit celui qui écrit ou celui qui lit.

Alors qu’il suffit de taper n’importe quoi dans Google, et c’est parti.

9 réflexions sur “Did You Know

  1. Ah t’es un peu dur sur l’autofiction je trouve. Le voyage intérieur parfois peut être sacrément passionnant, même dans une certaine banalité factuelle. Ce que tu évoques permet sans doute des narrations plus riches de détails et de dépaysement, mais ça peut donner des romans grave pourris hein. :D (J’ai quelques exemples en tête, arf.)

  2. Ouah, l’autre !! Comment il essaye de nous persuader que perdre son temps sur internet, et bien en fait c’est du travail… Ou l’art de procrastiner sans culpabilité ! ^^
    Plus sérieusement, c’est effectivement vertigineux cette possibilité qui nous est offerte d’apprendre tout sur tout et de se nourrir d’infinies (et intimes) expériences sans bouger de chez soi. Internet is the new Playmobil : Google it, en avant les histoires !

  3. Il y a bien des lamas au Tibet, mais pas tout a fait le même type que ceux dont tu parles ^^.

    Plus sérieusement, je me méfie des clichés. J’habite dans un pays qui fait beaucoup rêver, et dont les gens imaginent pleins de choses, malheureusement bien souvent fausses. De plus, j’ai eu la chance de pas mal voyager. Et je trouve qu’il n’y a rien de plus horripilant que de découvrir un stéréotype faux dans un livre/film que je suis en train de lire/regarder, et ça a tendance pour moi à décrédibiliser l’œuvre toute entière.

    Bref, tout ça pour dire que ça ne me dérange pas qu’un écrivain fasse écrive sur ce qu’il ne connait pas de prime abord (après tout, je suis une grande fan de SF/Fantasy), tant qu’il fait les recherches nécessaires, et n’écrive pas quelque chose de faux. Mais il faut aussi réaliser que s’il est facile pour un auteur de faire des recherches grâce à internet, il est aussi facile pour les lecteurs d’en faire, et de vérifier/infirmer ce qui est écrit dans les livres. Après tout, je lis aussi pour voyager et apprendre, et espère donc ne pas apprendre quoique ce soit d’erroné. Mais peut-être suis-je une lectrice un peu trop maniaque.

    Je te soutiens donc dans ta démarche de recherche, en espérant qu’elle t’amène à écrire des fictions qui nous fassent rêver. Et si jamais il t’arrive un jour de vouloir écrire sur Shanghai, n’hésites pas à poser toutes les questions que tu souhaites. Je ne prétends pas être une spécialiste en la matière, mais je suis là depuis suffisamment longtemps pour avoir quelques anecdotes à partager !

  4. Toi aussi tu regardes des façades sur street view ?
    Moi qui croyais être le seul !! \o/

    Sinon je trouve que la fiction complète avec création de l’univers est mille fois plus simple que le roman où il y a des recherches à faire. À écrire. j’entends.

    • Alors le truc c’est que si c’est bien fait, c’est vraiment pas mal compliqué. Cf la Roue du Temps où Robert Jordan a inventé des cultures très riches, en s’inspirant de cultures existantes.

  5. Ahhh oui, je suis d’accord avec toi. Par ailleurs, dans mon exemple, j’ai situé une partie de mon dernier texte à Buenos Aires, ville où je ne suis jamais allée, et une amie qui y a vécu a vraiment reconnu la ville dans ce que j’en disais, et c’est franchement un des plus cools compliments que j’ai jamais eu, parce que c’est moins évident d’imaginer le vrai, même en faisant des recherches, c’est comme de créer un mensonge, c’est le Buenos Aires de papier. Et du coup j’espère qu’un jour je verrai Buenos Aires pour de vrai.

  6. C’est assez vrai…mais parfois le contraire aussi ( et tiens, à propos d’une "concurrente" de Buenos -Ayres) . Mais c"est vrai qu’il ne s’agit pas d’écriture :on m’a demandé un jour une série d’illustrations sur Montevideo ( Uruguay) dont je ne savais rien. Un peu démuni, je me suis basé sur des clichés trouvés par hasard- en l’occurrence une série de cartes postales anciennes représentant le centre de cette ville vers 1920-1930… et j’ai laissé l’imagination faire le reste ( à la Tardi , un peu) . Ces dessins, exposés lors du vernissage / lancement d’un bouquin ont fait ( à ma grande surprise) monter les larmes aux yeux à de vieux Uruguayens qui m’ont dit que j’avais inexplicablement compris la poésie ( un peu perdue depuis ) de cette ville… J’étais vraiment le premier surpris de cette réussite bien hasardeuse. Donc, les clichés ( mais en choisissant lesquels) ont parfois du bon …!
    Ce qui est drôle c’est qu’ensuite ils me parlaient de Montevideo ( les rues, les cafés ) comme si je connaissais parfaitement ! Je n’ai rien dit pour les détromper

    PS : j’aime beaucoup l’esprit et le ton de ce blog.

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