Book Review 229

Ces dernières semaines, j’ai lu le prochain livre de Olivier Adam (spoiler : j’ai aimé). Mais comme ça ne sert à rien d’en parler en avance, j’ai acheté celui d’avant, Le cœur régulier, sorti en 2010.

Ma première et unique exposition au travail d’Adam était jusqu’ici le film Je vais bien, ne t’en fais pas, tiré de son premier roman. J’avais haï ce film comme rarement, incapable de me retrouver dans cette histoire d’une fille qui fait un combo anorexie + dépression parce que son frère a disparu. Ce type de réactions est tellement éloigné de la mienne et de la plupart de celle de mes proches, que j’étais dans l’incompréhension la plus totale. Je voulais secouer Mélanie Laurent et/ou la gifler, lui hurler d’être plus forte que ça et de dealer with it. Ce qui, j’en conviens, n’est pas super malin. N’empêche, je suis passé complètement à côté du phénomène, à en sortir en colère de la salle.

Maldonne, Le cœur régulier est un remake de Je vais bien ne t’en fait pas. Ou un reboot. Peu importe.

Sarah a perdu son frère, Nathan, éclaté contre un platane. Le garçon étant un éternel écorché vif, écrivain pas fini et alcoolique, elle pense à un suicide mais n’en saura jamais rien. Licenciée peu de temps après pour cause de dépression, la jeune mère de famille plaque mari, enfants et parents pour aller au Japon. Là-bas Nathan y avait retrouvé la joie de vivre, il avait été sauvé, dans une station balnéaire où les gens ont l’habitude d’aller pour se jeter du haut d’une falaise. Alors Sarah séjourne là où il a séjourné, et elle déprime, en attendant que tout se mette en place dans son esprit.

ARGH.

Oui, j’ai encore un peu eu envie de baffer Sarah, l’héroïne, mais aussi Nathan, son frère. Elle pour être aussi passive, égoïste et persuadée de sa propre importance. Lui pour être le cliché de l’artiste en souffrance, minable mais sacralisé. Un des faux-pas du bouquin, à mon sens, est d’entendre Sarah nous dire que la mort de son frère a vidé sa vie de sens. Mais quelques pages plus loin, on a un long flashback d’avant le décès, où le personnage est décrit aussi passif, déçue de la vie et en pré-dépression. En gros l’avant ou l’après, ça ne change pas grand-chose, et fout en l’air l’opportunité d’avoir envie de croire en Sarah, en montrant une véritable déchirure. Sans rien pour me rattacher à elle, j’ai eu du mal à ressentir quelque chose pour le personnage.

Question style par contre c’est très propre, bien qu’en 700 pages de Olivier Adam dévorées en moins d’un mois je remarque les tics et astuces de l’auteur (fan des « pièces nues », des « lumières laiteuses » et autre « écrus »). L’ambiance est également réussie, les passages sur le Japon bénéficient clairement du passage de Adam en résidence d’auteur là-bas (la jalousie). Thématique tout est cohérent avec le reste de l’oeuvre de l’écrivain : la fratrie, la dépression, la mer. En ce sens je ne regrette pas de l’avoir lu puisqu’il m’éclaire sur les autres.

Une fois de plus, je passe complètement à côté du roman d’Olivier Adam, parce que cela est tellement en contradiction avec mes propres réactions face aux décès familiaux, parce que cela ne ressemble pas au réel tel que je l’éprouve. Je ne doute pas que Le cœur régulier fonctionne, mais pas sur moi. Je ne suis pas compatible avec le truc, on ne fonctionne pas bien l’un avec l’autre.

C’est con. Parce que Les Lisières, dont on reparle dans deux semaines, est vachement bien.

BUY STAGE !!!

Le poche est pas cher, si vous sentez que c’est pour vous.

5 réflexions sur “Book Review 229

  1. Je te rejoins dans l’ensemble sur "Je vais bien ne t’en fais pas", mais es-tu en train de dire que ça va trop dans le pathos etc ? Je pense personnellement que dans ce genre de circonstances, il est normal d’être au plus bas sur le coup. On ne peut pas tous se relever du jour au lendemain, il faut du temps, et la dépression après la perte d’un proche est un processus presque normal…

  2. C’est pas tellement un problème de pathos, c’est plus que les personnages me sont profondément antipathiques et succombent beaucoup trop facilement à l’abattement.

    Une amie de longue date a perdu son frère, et je l’ai vu réagir avec un courage infini, a se battre jour après jour pour garder la tête hors de l’eau. Tout comme je me suis battu de mon côté quand j’ai perdu d’autres proches.

  3. Je l’ai lu il y a quelques semaines et je n’ai pas du tout ressenti ce que tu décris, je crois avoir lu tout ce qu’il a sorti jusqu’à maintenant et j’ai toujours trouvé les émotions décrites justes, j’aime beaucoup son style très précis et imagé. J’ai perdu ma mère très jeune j’ai appris à vivre avec pour autant je n’ai pas été choquée par la réaction du personnage, personne ne gère le deuil de la même manière de toute façon, certains vont se relever immédiatement (pour s’effondrer quelques temps plus tard) d’autres vont accuser le coup, prendre des mois, des années pour accepter. Il n’existe pas une seule "vraie" réaction chacun gère comme il peut.

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