Drought

Cette semaine, j’ai découvert avec horreur deux actualités de Nick Hornby, un de mes auteurs favoris. En juin il a sorti une courte nouvelle numérique chez Amazon, et dans deux semaines est édité un recueil de ses chroniques mensuelles dans le magazine Believer. Si je suis au courant, c’est uniquement parce que je me suis abonné à la fanpage Facebook de Hornby. Sur ce coup j’ai n’ai pas pu compter sur les sites littéraires que je visite, ni sur le moteur de recommandations d’Amazon. Si je n’avais pas été connecté à Facebook à ce moment-là, j’aurais peut-être mis des mois avant de réaliser que, ah tiens, y’a un truc dispo que j’aimerais bien acheter et lire. Ce qui tend à prouver que mon système de veille littéraire ne fonctionne pas super bien. Je me demande simplement dans quelle mesure c’est ma faute.

Par exemple, en France en tout cas, très peu d’auteurs et de maisons communiquent à l’avance sur leurs projets. Un nouveau Nicolas Rey sort en septembre, je l’ai appris par hasard. Quand je demande sur quoi bosse tel ou tel auteur, la concurrence n’en sait rien, les sites spécialisés n’ont pas d’infos et les auteurs eux-mêmes ne parlent quasiment pas. A quelques semaines de la rentrée littéraire 2012 on a enfin à peu près le calendrier exhaustif des nouveautés. Pendant ce temps je fais des recherches Amazon pour savoir quand sort un roman en poche (alors que la date d’un jeu en game platinium ou du dvd d’un film est connue beaucoup plus longtemps à l’avance). Au niveau des auteurs anglo-saxon, ça fonctionne un peu mieux. Je suis les tweets de Joe Hill, le RSS de Palahniuk, ou encore la fanpage de Nick Hornby. Les infos sont encore parcellaires, mais j’arrive à glaner quelques trucs.

Le problème, c’est que je suis trop habitué à avoir des infos à l’avance. Avec des sites comme Aintitcool on peut suivre le développement des films trois ans à l’avance, les jeux vidéo sont annoncé en moyenne 18 mois avant leur sortie et les groupes de musique diffusent des vidéos des enregistrements, des extraits de chanson, la jaquette du disque sur plusieurs mois de compte à rebours. Mais dès qu’il s’agit de bouquin, personne ne dit rien, principalement parce que personne ne sait rien. Alors oui, c’est toujours la bonne surprise de voir un nouveau Hornby sortir de nulle part. N’empêche, grappiller des bouts d’info, prendre le temps d’attendre un objet culturel, fait (pour moi) partie de l’expérience. L’excitation, compter les jours, imaginer sur la base d’infos au compte-goutte, c’est un réel bonheur.

D’ailleurs une super étude a montré que les spoilers ont tendance à faire en sorte que le produit fini soit encore plus apprécié (les spoilers ne sont donc pas contre-productifs, au contraire).

Bret Easton Ellis a beau dire une tonne de merde sur Twitter, il raconte ce qu’il fait, poste des photos, fait un peu saliver. Pendant ce temps, quand je demande à mes potes journalistes/éditeurs ce que je vais lire de bien en septembre, ils ne savent pas trop. La littérature baigne dans un attentisme poli, un encéphalogramme trop plat. Pas étonnant que les vrais gens attendent que les prix littéraires soient décernés pour choisir quoi acheter et lire. Ce qui participe au marasme ambiant.

Montrez-en un peu, parlez-nous de vous. Faites-nous envie.

11 réflexions sur “Drought

  1. J’étais de ton avis jusque disons, il y a 4 mois date à laquelle j’ai commencé à collaborer avec Quentin "Serious Bizness" Vijoux. Quentin, qui dessine à chaque expiration, ne publie que très peu de choses, en tous les cas une fraction infime de ce qu’il dessine. J’ai essayé de lui dire dire des mots comme "blog", "promo", "scan systématique" mais après réflexion de sa part il s’y oppose fortement (et en des termes fleuris).

    Il considère en gros que 1) sa production est un tout et que 2) la rareté fait le prix.

    Je suis assez mitigé au final car effectivement je suis de ceux qui pensent qu’un ouvrage n’existe que par son audience ; mais en regardant derrière nous, qu’avons-nous ? Les livres qui ont une promo et les autres. Que reste-t-il avec le temps ? Les autres livres.

    Il existe néanmoins un moyen élégant de marketer un ouvrage, c’est de le considérer comme un ensemble fragmenter au départ. C’est le cas du feuilleton littéraire (sur lequel je travaille en ce moment, tiens donc) qui est pensé comme du fragment et comme du tout.

    A bientôt

  2. L’effet de surprise est aussi important que l’effet d’anticipation :) Voir une oeuvre géniale sortir de nulle part et tout fracasser peut lui permettre de faire le buzz.
    De plus, un conférencier TED (jretrouverais le lien ce soir) explique qu’un projet personnel médiatisé aura moins de chances de se réaliser, principalement car il n’y a pas l’excitation du secret. Imagine-toi en train de concevoir un truc révolutionnaire, genre un jetpack bon marché, c’est plus excitant de popper du néant et de dire "Eyh, les mecs, j’ai fait un jetpack à 150€ !".

  3. Je croyais qu’Hornby avait arrêté les chroniques dans le Believer. Est-ce toujours dans le cadre de "Stuff I’ve been reading?"

    En parlant de ce magazine qu’il me semble j’avais mentionné ici: je ne l’ai pas trouvé à Paris, même chez WHSmith qui pourtant propose beaucoup de mags US. Bizarre car on le trouve facilement dans d’autres pays européens (vu en Hollande dernièrement). Par contre, on en trouve depuis quelques mois une "traduction" (de vieux numéros, il me semble) faite par des écrivains/journalistes français, vendu sous le même format (vu à la Fnac à un prix un peu prohibitif, 15euros je crois).

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