Nana

Je ne suis pas un super fan des chats. J’ai toujours l’impression qu’il s’agit plus d’action figures douces et chaudes qu’autre chose. Des actions figure qu’on peut pas trop emmerder non plus (parce que c’est MAL et que ça se défend). Alors j’ai peu d’affection durable pour eux, quand bien même ils me font marrer sur le net. A part pour Nana, parce que c’est pas pareil, elle c’est un peu mon chat.

La Nana, c’est le dernier chat de mon grand-père (qui, pour des raisons mnémotechniques aura appelé ses trois chats successifs Nana). Elle a quinze ans ce mois-ci, ce qui fait que je l’ai toujours connue, ce dès l’époque où j’ai encore pas mal de souvenirs. Nana n’est pas un lolcat, c’est-à-dire qu’elle ne fait rien de marrant, ou d’un peu con, ou de relou. Elle vit à la campagne, passe le plus clair de son temps dehors à chasser, et revient soit pour ramener une proie, se ravitailler, dormir au chaud ou gratter un câlin. En somme, elle est plus indépendante que moi. D’ailleurs elle s’est longtemps passée de ma présence, préférant aller se rouler en boule le soir sur les genoux de mon grand-père, captivé par la TV, la caressant jusqu’au bout du film.

Cet été je la trouve changée. Elle vient plus facilement vers nous, vers moi. Elle couine pour avoir des gratouilles. Alors je m’exécute, parfois des deux mains, frictionnant sa petite tête sous tous les angles. Je m’aventure sur ses flancs mais quelques protubérances, peut-être des kystes, la perturbent. Il ne vaut mieux pas y toucher. Si elle disparait toujours la journée, je la retrouve chaque après-midi allongée à l’ombre, au même endroit, un coin où personne ne peut venir l’embêter. Et, le soir venu, elle est sur un autre muret, surplombant la maison, à se reposer. Je sens cette espèce de fatigue de la vieillesse, mais un épuisement noble, contenu en silence. Si la Nana se déplace moins, moins vite, demande plus notre attention, elle le fait de manière digne, comme une grande dame qui conserve le protocole jusqu’au bout.

On me dit que quinze ans, pour un chat, ça commence à faire beaucoup. Presque autant que les poils blancs qui lui poussent ci et là. Mes amis, qui s’y connaissent en félins, me préviennent que voilà, c’est bientôt fini. Et au rythme auquel je vais chez mes grands-parents, il y a de grandes chances que ce soit les dernières caresses que j’échange avec le seul chat auquel je tiens, le seul pour qui je ressens quelque chose. Parce qu’elle fait partie de la famille, c’est un morceau de cette maison, de ces terres, de mes grands-parents.

Aujourd’hui, je rentre à Lyon, et je ne pourrai pas m’empêcher d’espérer que la Nana sera toujours là, la prochaine fois.

5 réflexions sur “Nana

  1. Ce billet me touche … En quittant le domicile parental l’an passé, j’y ai laissé Pilpa, ma féline toute noire recueillie en Espagne alors qu’elle n’avait qu’une semaine et peu de chances de survie. Elle, elle reste en appartement, mais elle est très fière et indépendante, peureuse aussi, elle va sur ses 13ans, certaines de ses moustaches blanchissent & je me dis que je ne voudrai pas qu’elle parte sans que je lui ai fait un gros câlin (même si elle n’aime qu’avec grande modération).

  2. Un jour mon frère a voulu avoir une chienne. Ma mère a dit:" On prend un caniche parce que ça ne perd pas ses poils". Ma tante a donc acheté un caniche toy en cadeau de Noël avec certificat de l’éleveur, on l’a appelée gribouille. Pour un ado, la honte absolue…

    Et puis le caniche s’est transformé en petite boule de fourrure maladroite. Lorsqu’elle sautait les trois marches de l’escalier de la cours, ses oreilles flottaient à l’horizontale. Elle a rapidement su convaincre mes parents d’enlever la barrière de la cuisine pour aller dormir dans leur lit. Et un soir que nous étions tous gagas devant la grigri (il est à qui hein le youkee ?), j’ai vu le danger et j’ai dit: "Une nuit, elle fera une petite crise cardiaque et ce sera fini". Alors on a profité des bons moments tant qu’on a pu.

    15 ans plus tard, nous l’avons amené chez le médecin car "elle buvait beaucoup". Alors que nous patientions pour les résultats de l’analyse sanguine, ma mère s’est plaint qu’ils mettaient beaucoup plus de temps que d’habitude. J’ai eu un mauvais pressentiment et je me suis tu. Lorsque le vétérinaire a ouvert la porte, j’ai lu sur son visage.
    Nous sommes repartis en silence dans la voiture avec une chienne frétillant de joie.

    A chaque fois que je rentrais chez mes parents, je savais que ce pouvait être la dernière fois, j’ai continué les rituels avec douceur et finalement, il y a eu une dernière fois. C’était triste mais surtout pour nous parce que je ne pense pas qu’on aurait pu ajouter beaucoup plus de bonheur dans cette petite vie. Quelques années plus tard, j’ai adopté un chat.

  3. Garde espoir: le chat de ma famille est censé trépasser depuis un bon moment, ça fait des années qu’on la voit devenir de plus en plus paresseuse, le vétérinaire est de plus en plus pessimiste ect… Résultat: elle a fêté ses 19 ans il y’a 2 mois =)
    Au passage: magnifique article

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