Book Review 231

Il aura fallu me convaincre de lire le nouveau roman d’Olivier Adam, Les Lisières. Déjà parce que le livre pèse 450 pages. Ensuite parce que Olivier Adam. Mais on m’a juré que si si, c’était super bien. Puis j’étais un peu curieux de voir ce qui pouvait motiver le passage de l’auteur de L’Oliver, sa maison historique, au plus grand public Flammarion. J’ai dit oui, donne, on va voir.

Il avait raison. C’était super bien.

Dans Les Lisières, Olivier Adam se met en scène sous les traits de Paul Steiner, un écrivain exilé en territoire Breton. Alors que sa femme vient de le quitter, voilà que sa mère se retrouve à l’hôpital. Il est l’heure de rentrer dans la banlieue parisienne où il a grandi. Là-bas l’attend son père, qui vire doucement du côté du Front National, au moment où « la blonde » ne cesse de faire parler d’elle. Paul retrouve aussi son frère, vétérinaire sans histoire, passé à droite pendant l’adolescence. Mal à l’aise au milieu de ses racines, l’écrivain fait le tour de ses vieux amis, ses amours de jeunesse, restés là, en bordure de la capitale. C’est l’occasion pour lui de réfléchir à ses complexes de classe, au fossé culturel qui le sépare de son ancienne vie, aux non-dits familiaux, à l’impact de ses livres sur ses proches.

Bon. La vraie question du bouquin, c’est de savoir dans quelle mesure il s’agit d’une autofiction, c’est-à-dire quel pourcentage de Olivier Adam se retrouve couché sur page. Parce qu’on s’approche là d’un gigantesque crevage d’abcès dans le meilleur des cas, ou d’un suicide familial et amical dans le pire. On sent que l’écrivain donne des coups, dans tout ce qui l’agace, dans tout ce qui le ronge. Et certains passages ont cette texture du vrai, l’odeur du réel, trop pour être complètement inventés. J’ai aimé suivre ses réflexions sur la paternité, la famille, la politique, l’écriture même. Même si, forcément, de temps en temps Adam défend un point de vue que je ne partage pas (comme un éloge des fumeurs pendant une demi-page). C’est aussi le charme du livre.

Les Lisières m’a plu avant tout parce qu’il m’a touché. J’ai senti une connexion avec l’intime dévoilé, romancé. Le livre a réussi à me replonger dans mes propres expériences, à me faire partager ses problématiques, m’invitant à la réflexion. Par contre, si tu n’es pas de gauche et un minimum cultivé, je pense que tu vas avoir envie de jeter Les Lisières par la fenêtre après lui avoir foutu le feu avec un allume-barbecue. La faute à une espèce de mépris de classe qui suinte du bouquin, à peu près en même temps qu’une tendresse et une tentative de compréhension, mais qui peuvent passer pour de la condescendance. Tout va dépendre de l’humeur du lecteur. D’autant que si Adam semble se remettre en question, lui et ses préjugés, c’est pour mieux se trouver des excuses et se justifier.

Le livre n’est pas tant une grande leçon à tirer qu’un état des lieux, tant de la France que de la vie de son narrateur, qui est potentiellement très proche de celle de l’auteur.

Sur la forme, c’est très bien écrit, dans un style cohérent avec le reste de ses bouquins. On retrouve les motifs habituels d’Adam : la dépression, l’anorexie, le non-dit familial, le Japon. Tout fonctionne bien. Rien de plus à dire.

Vraie bonne surprise, Les Lisières aura été un bonheur de lecture tout du long de ses 450 pages. Si tous les pavés arrivaient à autant me happer, j’en aurais un peu moins peur. Mon premier pouce en haut de cette rentrée littéraire 2012.

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2 réflexions sur “Book Review 231

  1. Ah mais t’as peur des pavés en fait.. je comprends mieux. Si tu rajoutes que t’aimes pas la science-fiction/fantasy parce que c’est pas assez réel, je pars bouder. ^^
    En tous cas encore une critique qui donne envie de lire.

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