Baton

Les remerciements au début ou à la fin des livres exercent une fascination sur moi. Tous ces noms et prénoms d’inconnus, dont la contribution reste le plus souvent secrète (imaginez un peu « Merci Paul de m’avoir bien pistonné »), c’est intriguant. D’autant que ça ne sert quasiment jamais à quoi que ce soit pour le lecteur. Après tout, ces gens ne nous disent rien, et on ne nous dit rien sur ces gens.

Je trouvais toutes les images de passage de bâton assez moches sur Google Images, alors j’ai mis ça à la place. On se comprend.

Cela ne m’empêche pas de tenir à jour une liste mentale des gens que je remercierais le moment venu, si jamais moment venu il y a. Pour moi, la course à la réussite artistique est une sorte d’épreuve de relais, mais en plus bizarre. C’est-à-dire qu’au lieu de passer un bâton tous les kilomètres à quelqu’un d’autre, tu te retrouves à courir l’intégralité du parcours, avec un tas de gens qui vont venir tenir l’autre bout du bois et courir un morceau avec toi. C’est faire une partie de coop, avec un tas de joueurs qui se partagent le contrôle de la seconde manette. Et du coup, mentalement, tu prends des notes, tu essaies de te rappeler tous ceux qui ont été là, et en quoi ils ont aidé.

Par exemple je vais distinguer ceux qui te permettent de continuer et ceux qui arrivent à te pousser vers l’avant. Parmi ceux-là, je peux citer de tête celui et celle qui ont corrigé les fautes de mon manuscrit, celui qui l’a montré à des bonnes personnes, celui qui m’a permis d’envisager des critiques sous un autre angle afin d’en tirer parti. Ceux qui permettent de continuer sont les amis qui te lisent et t’encouragent, mais aussi ceux qui te promettent des choses mais au final n’arrivent à rien. Parce que grâce à eux, tu y as cru assez longtemps pour tenir jusqu’à l’opportunité d’après. Et qu’une voie sans issue t’empêche de t’asseoir au bord de la route, où tu prends toujours le risque de ne jamais te relever.

Quand je visualise mes remerciements virtuels, ça prend la forme d’une ligne droite tirée entre le départ et l’arrivée souhaite. J’y colle des points avec le nom des gens, un peu comme une ligne de métro. Parfois on y trouve des embranchements, avec d’autres noms, qui finissent par des terminus (voie de garage) ou retombent sur la ligne principale. C’est un bon moyen de ne surtout jamais oublier d’où je viens et à qui je le dois.

Puis pour procrastiner c’est pas mal.

De toute façon, tant que je ne suis pas à cours de personnes pour courir avec moi, tant que j’ai quelqu’un en tête pour m’aider sur le prochain tronçon, rien n’est jamais totalement perdu.

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