Essay

Lors de mes lectures journalistiques à propos de la rentrée littéraire, je suis tombé sur je ne sais plus quel auteur, qui racontait son bonheur scolaire, lorsque son professeur de français lisait ses rédactions à voix haute dans la classe. C’est le moment où tu découvres que tes textes peuvent toucher, et surtout être diffusés, puisque du premier de la classe jusqu’au type qui somnole contre le radiateur, tout le monde y est exposé, ce qui ne les empêche pas d’avoir le droit de n’en avoir rien à foutre. Je me suis pas mal retrouvé dans ce morceau de confidence, pour avoir moi-même souvent couru après le 17/20 en écriture scolaire, dans l’espoir que le professeur partage mon jus de cerveau avec mes petits camarades. Mais ça m’a aussi rappellé que c’est en cours de français que j’ai découvert qu’avec de la prose, on pouvait faire absolument tout ce qu’on voulait.

Je me souviens d’un texte étudié en première, d’un ennui total et absolu, une histoire de triangle amoureux et de boulangerie dans la province profonde d’une époque lointaine. Quand le professeur nous a soumis l’idée de rédiger un épilogue en guise de devoir sur table, je suis devenu fou. J’ai imaginé deux courtes pages d’action avec des incendies criminels, des vêtements déchirés et un sauvetage final en forme de piétà sur fond de flammes dans la nuit. Ce qui était plus un moyen de me venger du texte qu’autre chose a été embrassé par le prof, qui l’a pris en exemple au moment des rendus. Là où quelqu’un d’un peu psychorigide aurait prodigieusement mal réagi, il m’a plutôt fait comprendre que tant qu’on prend son pied, tout est possible.

Et, régulièrement, je me prends une baffe littéraire de ce genre, un coup dans les tripes qui vient me rappeller que les mots sont maléables à l’infini. Ce fut le cas quand j’ai lu Haunted de Palahniuk par exemple, qui m’a montré un tas de possibles que j’ignorais en terme de structures, d’idées, de langue. Niveau coup de tête, je me remets à peine de Cloud Atlas que le film promet de me coller dans les pattes la balayette qui va avec. Tout ça pour dire qu’il est possible (et sain) de se faire surprendre par un texte (ou un film, une chanson). Parce que si l’on n’est pas obligé de sortir des clous pour créer quelque chose de bon, qui a du sens, voir comme les autres peuvent pousser un medium sert à se souvenir pourquoi on l’aime, et pourquoi il est unique.

Mes cours de français du collège furent un bonheur à chaque rédaction, où j’essayais de voir ce que j’avais le droit de tenter, ce qui pouvait passer ou pas. Et même si pour chaque réussite je me vautrais à quantité au moins égale, ce fut un bonheur du début à la fin.

Alors parfois, quand j’écris une nouvelle, je le fais avec des contraintes absurdes, juste pour voir, juste pour m’amuser. En attendant le prochain livre qui m’ouvrira la tête en deux.

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