Book Review 234

Pendant ce temps-là, la rentrée littéraire continue avec Rien ne se passe comme prévu, le récit de la campagne présidentielle de Hollande vu par l’écrivain Laurent Binet. Binet, prof, est surtout connu pour être l’auteur de HhHH, un roman historique couronné du Goncourt du premier roman. Autant dire que sur le papier, le projet faisait envie : un document du présent, avec un accès privilégié et un oeil d’écrivain. SAUF QUE. Sauf que rapidement tu sens le coup fourré, à commencer par le titre. Car Rien ne se passe comme prévu raconte l’histoire d’un candidat donné gagnant qui finit par gagner sans jamais être réellement inquiété en chemin. Niveau publicité mensongère ça se pose là. La mauvaise nouvelle étant que la déception ne fait que commencer.

Rien ne se passe comme prévu n’est pas ce que j’espérais, et ce à tous les niveaux. Il s’agit, en l’état, d’un récit chronologique au jour le jour des petits et grands moments de la campagne du candidat Hollande, du point de vue de Laurent Binet, homme de gauche, enseignant et écrivain. Je m’attendais à des portraits de politiques, ou du moins de Hollande, mais rien. Binet n’aura au final que trois ou quatre conversations avec le candidat, trop brèves pour occuper plus de deux pages chacunes. Occupé à faire rentrer tout l’entourage du parti dans le livre, il n’a pas le temps d’en faire émerger des personnages plus construits, plus creusé. Tout ce qui relève de la cuisine interne du parti est survolé, et l’auteur se contente le plus souvent de noter des fameuses “petites phrases”, croustillantes mais anecdotiques.

Un gros quart du livre est très (encore plus ?) frustrant, puisqu’il se cantonne à l’analyse de discours en temps réel (au Bourget, face à Sarkozy) à l’aide de verbatims de l’entourage et de micro réflexions de l’auteur. Plus proche d’un liveblog journalistique que d’un véritable commentaire, on reste là encore dans l’anecdotique. Le livre ne décollera que dans de rares chapitres, plus construits, plus profonds, mais perdus au milieu de la masse. Un peu comme les réflexions de Binet lui-même, qui ne s’autorise qu’une petite phrase ou un maigre paragraphe par ci par là, sans vraiment s’avancer, sans laisser parler l’écrivain qu’il est supposé être. D’où une sécheresse littéraire tout au long des trois cent pages, où l’on pourrait croire à un travail de journaliste plus que d’homme de lettre. C’est tellement dommage.

C’est d’autant plus paradoxal que l’un des aspects jouissifs du texte et l’allumage en règle des pratiques du milieu journalistique. La plupart des publications et ses envoyés en prennent pour leur grade comme rarement (d’où la théorie du complot selon laquelle le manque d’enthousiasme de la presse pour le livre est un simple retour de bâton). Si vous n’aimiez pas les journaliste avant, c’est du petit lait.

Le style est propre, trop même, et se laisse lire sans déplaisir, mais sans petits bonheurs pour autant. Dévoré en trois jours, Rien ne se passe comme prévu m’aura entièrement laissé sur ma faim. Je n’ai pas l’impression d’avoir appris grand chose, ni de mieux connaître Hollande ou sa garde et ni d’avoir profité d’un texte littéraire.

Quelque chose, quelque part, a merdé, entre l’intention et l’éxecution du livre. C’est rageant parce que gâché.

BUY STAGE !!!

Un peu plus de 16 euros, ce qui est plutôt honnête.

4 réflexions au sujet de « Book Review 234 »

  1. Entièrement d’accord. Une occasion ratée, une fausse bonne idée, ce pénible racontage n’aurait jamais du sortir et ne serait d’ailleurs pas sorti sans la gloire de son auteur. Ah le copié-collé des discours ou des impressions des gens, impression de lire un Libé d’il y a trois ans. C’était daté alors que l’encre n’était même pas séchée sur le Moleskine. Et puis c’est plat, c’est plat, on se fait chier. Seul intérêt : les séquences racontant les journalistes et puis deux ou trois petits moments insider. Quelle déception. A ranger juste à côté de celui de Mazarine sur son papa, celui-là semblant écrit par deux pandas bourrés.

  2. « Ce qui est plutôt honnête »… oh wait, ça dépend pour qui…
    Évidemment, on n’enrichit pas grassement Grasset (ohoh) mais quand même, pour une rentrée littéraire, de Binet qui plus est, on en a pas eu assez pour notre argent, je trouve.

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