Aquateen

Savoir nager fait partie des enseignements obligatoires de l’école française. Tout élève doit pouvoir se débrouiller dans l’eau. Alors, du CP jusqu’au bac, on nous aura fait barboter. On aura échangé des verrues en primaire, on se sera observé les poils au collège et, au lycée, ce furent les premiers émois.

Ne me jugez pas. Je… Je…

On l’appellera Julie, parce que ce n’est pas son prénom. Julie avait à seize ans un nez étrange, le genre à vous faire douter de la beauté du reste du visage. Les garçons ne s’intéressaient pas trop à elle. Elle le leur rendait bien. Je ne m’intéressais pas trop à elle. Elle me le rendait bien. Puis le premier cours de piscine. Je crois que mon fétichisme des maillots de bain a commencé par (avec ?) Julie. Son une-pièce laissais entrevoir un ventre plat de gymnaste, et une poitrine assez présente pour être comprimée, étouffée. Déjà sur le bord du bassin, je n’avais d’yeux que pour elle, quand mes autres camarades, d’ordinaire plus jolies, soudainement m’indifféraient. Julie a plongé. Je l’ai suivie. Sous l’eau j’ai pu l’observer sous toutes les coutures. C’était comme se promener autour d’un mannequin en lévitation. En gigotant sous l’eau, je découvrais des cadrages inédits, de nouvelles façons de la dévorer des yeux. Jusqu’à ce que les leçons de nage prennent le dessus sur mon léger voyeurisme.
Dès lors, j’attendais avec impatience la semaine suivante, le prochain cours de natation. Pour recommencer.

L’année suivante, sans piscine, j’ai essayé de la courtiser. Mais elle n’était pas super certaine. Les garçons, ça prend trop de temps sur les révisions. Peut-être après les exams. Elle aura fini par essayer, avec un autre, mais sans grand succès. Elle m’a expliqué qu’un garçon, ça prend trop de place. Quand elle quitta le pays, pour aller étudier plus loin, elle me dira quand même qu’elle avait aimé mes mots, mes attentions. Qu’elle aurait peut-être dû essayer avec moi, c’était juste compliqué par rapport à sa vie et ses envies.
Un garçon, ça prend trop la tête.

Je passe (encore) une semaine à Lyon. Poussé par la curiosité, j’ai regardé s’il était possible de nager dans la petite piscine du lycée St Exupéry, en souvenir du bon vieux temps. Il s’avère qu’à la condition de venir entre midi et deux, on peut aller partager un morceau de bassin avec les scolaires. Si dans mes souvenirs les locaux sont sinistres, mal éclairés, c’est là-bas que le concept même de piscine s’est érotisé pour moi. Dix ans plus tôt mes hormones se sont mêlées au chlore. J’en ai gardé une tonne de souvenirs, et une passion débordante pour les matières élastiques, les maillots mouillés sur lesquels on tire comme une peau, sous lesquels on se faufile.

Aujourd’hui j’ai un rendez-vous dans le coin, qui se termine une dizaine de minutes avant l’ouverture au public de la dite piscine. Rien ne m’empêche de partir avec mon sac de sport sous le bras. Si j’y vais je passerai devant chez Julie et sa fenêtre du rez-de-chaussée. Raison de plus.

On verra.

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