The Goldfinch / Donna Tartt

Je n’ai pas pour habitude de lire les livres que l’on m’offre. Parce qu’ils tombent mal, au milieu d’un planning de lecture déjà bouffi, ou quand j’ai perdu le goût et préfère momentanément ma Vita à mon Kindle. J’ai d’ailleurs chez moi une petite pile de bouquins offerts et jamais ouverts. Alors, à force, je préviens les amis, connaissances. Ne m’offrez pas de roman, si quelque chose me fait envie, je l’ai déjà pris.

The Goldfinch (Le Chardonneret en VF) est, fatalement, la dernière exception à cette règle. Offert en douce, à un moment où j’avais le temps et l’envie de lire quelque chose. J’ai préféré ne rien savoir du livre, sans pour autant ignorer qu’il s’agissait du dernier lauréat du prestigieux prix Pulitzer. Huit cent pages plus tard je suis en mesure de vous raconter de quoi il s’agit.

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Le roman est le récit d’une grande partie de la vie de Théo qui, encore jeune adolescent, perd sa mère dans un attentat à la bombe au beau milieu d’un musée de New-York. Un des rares survivants du désastre, Théo se voit confier par un vieillard mourant un des tableaux de la galerie. On lui dit de prendre soin du Goldfinch et le jeune garçon émerge des décombre avec la toile sous le manteau, trop abasourdi pour prendre la mesure de ce qu’il vient de faire. A présent orphelin et balloté d’une famille d’accueil jusqu’à la garde de son père retrouvé, Théo doit se reconstruire. Nous le suivrons jusqu’à l’âge adulte, dans ses amitiés, ses amours, ses métiers, ses drames, ce sans jamais perdre de vue le Goldfinch, toujours dissimulé non loin, attendant de donner du sens à la vie de Théo.

Le Goldfinch est un livre épais, parce qu’il couvre plusieurs décennies de vie, parce que tout prend son temps, parce qu’il s’agit en réalité d’une longue fresque plus que d’une intrigue haletante. Le vrai premier conflit survient aux deux tiers du roman. Avant, l’histoire suit son court, ballotée en même temps que Théo, qui se laisse glisser d’un setting à l’autre, d’un groupe de personnages secondaires à l’autre. Ce n’est que dans la dernière centaine de pages que le rythme s’accélère un peu, que cela bouge, que les intrigues précédentes convergent. Ce avant d’arriver à la conclusion, dont le message est explicité à deux reprises en toutes lettres au cas où le lecteur soit trop fatigué pour comprendre de lui-même. Si vraiment vous avez un doute, les deux instances en question auront été surlignées plusieurs milliers de fois (source : mon Kindle). Le participatif a tué la subtilité elle-même assassinée l’auteure.

La lecture n’est pas désagréable, même lorsque (bien souvent) l’intrigue n’avance pas. On a par contre l’impression de lire un livre se déroulant à une époque plus ancienne. Le style et la syntaxe semblent empruntés à une autre décennie. La négation de l’existence de Facebook et autres réseaux sociaux n’aide pas à ancrer le roman dans notre présent. Et les rares incursions de références à Harry Potter et Dragon Ball Z dans l’environnement de Théo enfant sonnent de façon bien étrange.

Tantôt vieillot, tantôt moderne, à la fois ennuyeux et prenant, The Goldfinch est un gros paquet de contradictions. Je ne me suis pas roulé par terre de bonheur, mais je n’ai pas rechigné à avaler des centaines de pages. De là à le couronner du Pulitzer, je suis plus dubitatif, tout en admettant ne pas être, à priori, le public cible.

Offert, lu, et classé dans mes petits dossiers virtuels.

Working On My Novel

Tout le monde se contrefout prodigieusement que tu bosses sur ton manuscrit.
Mais genre, vraiment. On s’en bat les steaks tartares piment d’Espelette sur lit d’oignons confis à l’huile de truffe. On s’en fout quoi.

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Un bouquin, ce n’est pas comme un beau dessin dont tu peux montrer les crayonnés, le noir et blanc, l’ébauche de couleur. Ce n’est également pas comme une chanson d’où tu peux extraire un couplet, quelques accords. Ce n’est pas non plus comme une vidéo, avec des captures d’écran, des storyboards. Un bouquin tu peux, au mieux, en balancer un extrait décontextualisé, pénible à lire car long et textuel. Tu peux, au pire, t’auto-citer, ce qui passe assez vite (euphémisme de immédiatement) pour de la prétention. La cuisine littéraire n’intéresse que dans l’après coup, si le texte est terminé, s’il fonctionne, ou est un échec retentissant.

S’il est difficile de rendre intéressant et/ou de partager le processus d’écriture d’un texte de fiction, l’écriveur n’est pas différent des autres types d’artistes amateurs. Il a besoin de partager son travail, d’obtenir des encouragements, un peu d’attention, une validation quelconque (exhibit A : ce blog dans sa forme initiale). On trouve en ce moment de plus en plus de tweets jetés à la mer, de gens qui nous racontent, dans toutes les variations possibles, qu’ils travaillent sur leur roman. Aujourd’hui je le sens bien. Ca y est j’ai débloqué un truc. Obligé d’annuler une soirée. Ma meuf me fait la tête. Et ainsi de suite, chaque proposition intégrant ces mots magiques « working on my novel ». L’accumulation, comme souvent, rend la chose risible. Regardez toutes ces personnes qui ne montrent rien, qui déclament, qui performent dans le vide. D’où un compte Twitter dédié qui reproduit les tweets en question. D’où un livre papier qui reproduit les tweets en question (passons sur la cruelle ironie de publier un livre à partir de contenus de personnes désespérées qui aimeraient publier un livre).

Et oui, c’est un peu ridicule, de twitter sur l’avancée de son manuscrit. Tout comme c’est un peu ridicule de bloguer sur l’avancée de son manuscrit. Un « ami » s’était amusé du fait que si j’avais rédigé de la prose à chaque fois que je bloguais, j’aurais trois livres d’avance. C’est, en plus d’être odieux, passer à côté du fait qu’écrire se fait à vide, sur énergie auxiliaire, avec si peu d’encouragements, de possibilités de se recharger auprès des autres. Le plus drôle, c’est que j’avais fini par le croire, qu’il fallait arrêter de s’exprimer là-dessus, arrêter de s’exposer, arrêter de chercher l’approbation ou l’encouragement de proches, d’inconnus. Voir ces dizaines de tweets, interminable complainte des wannabes du monde entier, m’a mis en face de l’évidence. Ceux qui écrivent sont désemparés par leur medium, par l’impossibilité d’aller chercher de l’énergie autrement que par la parole performative. J’écris parce que j’écris que j’écris. Cette étape est nécessaire, la technologie débloque cette possibilité, d’aller jeter ses 140 caractères de détresse dans les tréfonds des réseaux, en quête d’un petit fav ou deux.

Alors je me suis fendu d’un petit #WorkingOnMyNovel par solidarité.
Et d’un présent article, performatif.

Parce que oui, je bosse sur mon manuscrit, et ça avance doucement alors que c’est fini (bububu). Promis.

Le déni, allégorie (capture du jour) :

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Lockstep / Karl Schroeder

Toby McGonigal était en route pour prendre possession une nouvelle planète, pour étendre le tout début d’empire de sa jeune famille. Mais une avarie le force à entrer en stase, son vaisseau à la dérive, en espérant que quelqu’un viennent le secourir. 14 000 ans ont passé lorsqu’il rouvre les yeux. L’univers est entré dans l’ère du Lockstep, un système où chaque planète sommeille 30 ans pour un mois d’activité. Ainsi les colonies ont le temps de se gorger de ressources entre deux rotations, tandis que les vaisseaux de transport peuvent voyager plusieurs décennies pour rejoindre d’autres mondes, incapables d’aller plus vite que la vitesse de la lumière. C’est grâce à ce système, au Lockstep, que la famille de Toby s’est développée, a prospéré, au point de devenir la plus ancienne et riche civilisation de l’univers connu. Mais le retour de Toby signifie que les actuels dirigeants du Lockstep doivent céder leur place à l’héritier.

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Je suis fan des concepts de fiction s’approchant de la hard-sf, quand un auteur invente des technologies, des univers, des fonctionnements non seulement fascinants, mais surtout plausibles. C’est sur cette promesse que je me suis intéressé à Lockstep, qui tente de répondre à la question de savoir comment créer un empire galactique sans pouvoir se déplacer plus vite que la lumière. Et les réponses du livre sont géniales, des décrets afin d’harmoniser et partager les technologies entre les planètes, à l’assimilation de nouvelles colonies, aux planètes dites « rapides » car n’hibernant jamais qui naissent, vivent et meurent et quelques années Lockstep. Chaque nouveau nugget d’info, chaque petite brique de worldbuilding était bonheur pour mes papilles mentales. Om nom nom.

Malheureusement, il semblerait que les personnages sortent tout droit de l’école LOST, spécialité « je vais tout t’expliquer, mais pas maintenant ». Les trois quarts du livre sont une fuite en avant du personnage principal, ponctuée par quelques révélations et infos sur l’univers. Le souci étant que l’intrigue est tellement simpliste, que l’on se fiche assez de savoir ce qu’il va arriver (ohlàlà qui va toucher l’héritage et sauver l’univers des dérives du Lockstep ohlàlà). Surtout quand le worldbuilding est à ce point séduisant. Etrange sensation que d’être en position de préférer les longs moments d’exposition aux séquences de course-poursuite et autres fusillades dans des vaisseaux du futur qui font pew pew. Envers et contre tout, l’univers de Lockstep est plus intéressant que son intrigue principale. Un nœud narratif qui se plie en quelques dizaines de pages vers la toute fin, ambiance « tout ça pour ça ».

Difficile pour autant de faire le malin, tant j’ai dévoré Lockstep en quelques jours, propulsé par l’envie d’en savoir toujours plus, fermant les yeux sur le reste. Un vrai petit plaisir de SF. Du genre qui vous fait vous dire que, hey, après tout, c’est peut être possible, le futur.