Clac clac clac clac clac…

Je ne sais pas si vous voyez quand, dans les mangas, le personnage principal vient de se défaire de son pire ennemi grand méchant qui est le type ou le truc le plus fort de la planète à ce moment précis. S’ensuit une courte période de satisfaction masturbatoire où notre héros se dit que quand même, le temps de paix, c’est plutôt chouette. Quand soudain surgit la prochaine menace qui, dans un incroyable retournement de situation, s’avère être un type ou un truc encore beaucoup plus fort que celui d’avant et que en fait du coup ton personnage principal il n’est qu’au début de son aventure .

Ou, en une phrase, le moment dans Final Fantasy VII où tu sors de la ville de Midgar et que tu découvres LA PUTAIN DE CARTE DU MONDE ENTIER PLEIN DE VILLES ET DE TRUCS TROP FORTS A TUER.

Ce post donc pour vous parler des claviers.

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Il y a quatre ans, j’étais bien, j’étais allé au terme de ce que je considérais à l’époque comme les limites du clavier jeu. J’avais acheté un Logitech K800, avec ses touches du confort, son rétroéclairage détecteur de mouvement de la douceur et son mode sans fil avec batterie intégrée du futur. D’ailleurs plusieurs sites internet s’accordaient (et s’accordent encore) sur le fait qu’il s’agit ben et bien du top des claviers. Longue histoire d’amour, à rédiger plein de trucs, des notes de blog, de la prose, des mails nocturnes et autres tweets d’insultes. On était bien lui et moi. Jusqu’à ce qu’une des touches me reste au bout des doigts, jusqu’à ce que je réalise que hors garantie il est impossible de faire changer une seule tuile en plastique, jusqu’à ce qu’une rapide recherche eBay m’apprenne que la touche en question est trop recherchée pour être retrouvée en occasion. Mon clavier K800 va presque très bien, mais il ne me va plus.

C’était pour moi le moment de me remettre un peu en question, de sortir de ma tour d’ivoire et de voir si mon choix initial pouvait être remis en cause. Et c’est à ce moment que j’ai réalisé que l’univers entier avant changé durant mon absence. Finis les claviers dit chicklet, bonjour le retour de hype des claviers mécaniques, ceux qui remplacent la membrane plastique des touches par un bon vieux ressort des familles. Le nouveau game c’est les touches qui font clac clac sous les doigts, avec un retour tactile différent, avec plusieurs variantes d’une même technologie, plus ou moins fermes, plus ou moins bruyants. Le game a changé pendant que j’étais resté au calme chez moi à jouer à jour/nuit avec les diodes de mon K800. Et le nouveau top c’est de se faire monter un clavier sur mesure avec des touches précises sans inscription. Parce que les vrais hokages n’ont pas besoin d’un rappel visuel pour invoquer l’alphabet. Sale ambiance pour moi et mon petit Logitech de compète. Face au listing des claviers du monde entier, je me demandais, est-ce que je reste à Midgar avec mon stradivarius d’amour, ou bien dois-je m’aventurer dans le vaste monde et m’essayer aux différentes touches mécaniques pour les capturer toutes et devenir le meilleur dresseur ?

Parce que l’immobilisme, c’est la mort, et que l’absence de curiosité, c’est aussi la mort, je me suis frotté à plus fort que moi. J’ai demandé des conseils à mes amis maboules qui, en quelques années, s’étaient constitué des collections de clavier digne d’un article malaise de Vice sur « ces nerds qui nous rassurent sur nos propres petits travers geek ». Tel Goku en mission camping dans la salle de l’esprit et du temps, je me suis entraîné en un temps record à reconnaître les touches Cherry MX Red, Brown et Blue tout en gardant à l’esprit les Black, Clear et autres saloperies qui font clac clac sous les doigts. Pour la première fois, je suis vraiment devenu, sans mauvaise traduction aucune, un expert en digital (peut être une des seules fois où je pourrais placer cette expression tout en respectant la langue française). Et, au terme de moult demandes de conseils, de Twitter à Reddit, j’ai fini par opter pour un Cmstorm Trigger Z Cherry MX Brown (joie du marketing gamer).

Le truc est énorme, super lourd, ne détecte pas quand mes mains sont au-dessus des touches pour s’éclairer et reste branché à mon ordinateur par un épais câble double USB. Le déplacer sur ma table de bureau nécessite l’intervention de deux déménageurs et d’un ingénieur en fils qui font des nœuds. Je me coince les doigts contre les touches de macro à gauche (qui ne me servent pour l’instant à rien) et je n’arrête pas de me planter rapport au fait que les touches sont plus éloignées les unes des autres que sur son prédécesseur. Enfer et damnation. Mais, au bout de deux trois jours, déjà, je commence à prendre le coup de main, limiter les fautes de frappe. Surtout, j’apprécie le bruit des petits clac clac sous les doigts, les sensations de l’outil. Si je ne sais pas encore si je préfère, si c’est quelque chose dont je ne pourrai bientôt plus me passer, au moins, déjà, j’arrive à travailler avec.

Quel rapport avec ce blog, l’écriture, mon manuscrit ? Plusieurs.

J’ai toujours pensé que le périphérique de saisie étant mon outil principal à la fois de travail et de loisir, il méritait un soin et un budget tout particulier. Les gens qui passent leur journée sur un ordi de compète mais se contentent d’un truc en plastic mou à dix balles m’ont toujours fait l’effet de coureurs de fond en sandales. Les claviers, c’est sérieux. A fortiori quand on prévoit de rédiger des pages et des pages de prose, souvent en vain, ce qui nécessitera de rédiger des pages et des pages de prose, pour oublier. Ensuite, et c’est là que cela devient vicieux, je me refusais à recorriger mon manuscrit avec un clavier auquel il manquait une touche. Bien entendu j’aurais pu le faire, j’aurais pu bidouiller cette seconde vague de corrections et récupération de coquilles avec mon vieux K800 qui marche toujours très bien. Mais alors que la bise fut venue et qu’il fait sombre et froid dans nos cœurs et que de toute façon on va pas emmerder les éditeurs à deux semaines de Noël, il me fallait bien une excuse pour repousser l’inévitable.

Du coup on dit que maintenant que j’ai un nouveau clavier mécanique avec lequel je commence à être à l’aise et que j’en suis content.

Du coup on dit que maintenant je bosse.

The Girl With All The Gifts / M. R. Carey

Je voudrais vous parler de The Girl With All The Gifts, le dernier roman sous semi pseudo du scénariste de comics Mike Carey.

Mais c’est difficile car l’éditeur et l’auteur ont fait le choix de ne révéler qu’une toute partie du pitch, un twist ayant lieu dans le tout premier quart du livre. La version safe est que Melanie est une fille spéciale, qui vit attachée sur une chaise dans sa chambre, surveillée par des gardes armés de fusil. Elle n’a le droit de sortir que pour assister à des cours dispensés à une classe entière d’enfants comme elle, tous ligotés. Pourquoi ? Comment ? Si tu veux le savoir tu dois lire le bouquin, la quatrième de couverture ne t’en dira pas plus. Ce que je peux dire c’est que le livre est efficace et le twist pas mal, mais que si je l’avais su à l’avance je ne l’aurais pas forcément lu. Preuve à la fois que garder la surprise aura permis une vente de plus, mais aussi que j’ai l’impression de m’être un peu fait avoir.

Ce qui va me donner l’occasion de parler tout brièvement du marketing du spoiler. Pour ça, il va falloir déflorer l’intrigue. Si le livre vous chauffe, prenez-le. Sinon on se retrouve après le jump.

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Or donc, assez vite, on comprend que Melanie et ses petits potes sont des zombies, que les enfants zombies conservent quelques fonctions cognitives, et que cette fausse école est un moyen de tester leurs aptitudes. Assez vite c’est le bordel, le camp où vit Melanie est attaqué et voilà la gosse zombie à devoir faire équipe avec quelques humains pour traverser l’Angleterre pour rejoindre un autre labo et peut être accepter de se faire disséquer pour sauver le monde. Si ça vous rappelle The Last of Us c’est normal et si je vous dis que l’origine de la zombiefictaion est un champignon et ses spores vous vous éclatez la tronche contre votre bureau. C’est normal. Et j’aurais pas aimé être Mike Carey en train de bosser quand je vois le jeu de Naughty Dog débarquer sur les étals. D’ailleurs peut-être est-ce pour cela que le livre, sorti cette année, a été marketé autour du mystère de son intrigue. Nombre de lecteurs ayant déjà joué à Last of Us auraient pu être rebutés par cette histoire si proche de celle du jeu.

C’est toujours très compliqué, de vendre quelque chose de narratif où le twist a lieu au début. Prenez par exemple le cas du film The Island, où les héros découvrent assez vite que leur utopie est en réalité un environnement contrôlé et bla bla bla. Pour la bande annonce, pour mettre en avant les scènes d’action, il fallait griller la révélation initiale, au risque d’emmerder profondément les spectateurs pendant la première demi-heure du film. Et d’un autre côté, comme je l’ai dit, si j’avais compris que je rentrais dans un énième road trip en territoire infecté, je n’aurais pas claqué deux billets dans le roman de Carey, aussi bien écrit et prenant soit-il. Ce qui tendrait à prouver qu’il n’y a pas de vraie bonne raison d’aborder le problème. Le cas par cas est de mise tout en sachant que l’on marche sur un fil, entre transparence sur ce que l’on demande aux gens d’acheter, et besoin ou envie de ménager ses effets de manche.

Entre les intégristes qui refusent de regarder des bandes annonces et les assoiffés qui se repaissent de chaque petite miette de spoiler, il convient de chercher le juste milieu. A moins que l’on finisse par créer un double marketing, avec des balises spoilers, la bande annonce safe, la bande annonce qui dit tout. Le dédoublement de personnalité de l’infini. Horreur.

Mais, sur ce coup-là, bien joué Carey et son crew, vous avez gagné une vente.

Le calme avant la tempête

J’ai terminé de réécrire mon manuscrit.

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Ce qui était à la fois l’étape la plus gratifiante mais aussi la plus pénible. C’est le moment où ton texte commence doucement à te sortir par les yeux. Parce que tu le connais un peu par cœur, parce que tu bloques plusieurs minutes sur le placement d’une virgule ou sur si tu préfères mettre cet adjectif avant ou après le nom qu’il qualifie. Parfois tu croises un adverbe que tu avais oublié et tu lui éclates la tête d’un coup de santiag dans la mâchoire et c’est très cool genre « ah ah ça t’apprendra petit galopin ». A d’autres moments tu tombes sur un gérondif bien dégueulasse et tu te jures de pas quitter ce paragraphe sans avoir trouvé un moyen de le dégager sans tout casser.

Mais c’est aussi un moment plein de petites satisfactions. Je ne me lasserai jamais de rajouter une phrase avec une idée ou une tournure qui me plait pour réaliser qu’elle y était déjà deux lignes plus loin. C’est le moment où tu réalises que, bonne ou mauvaise, tu as une cohérence interne, ta voix propre. Il y a aussi tous ces petits ajouts et modifications que tu traînais dans un coin de tête depuis des mois que tu peux enfin coucher sur Word. Le bonheur de fixer une petite réplique de plus, une blague par ci, une référence secrète par là. Au niveau macro, c’est tes arcs narratifs que tu solidifies, en profitant du fait d’avoir à présent une vision d’ensemble. Tu peux rajouter des petits détails qui viennent se répondre au sein de la structure, un running gag plus simple à intégrer ou un champ lexical qui se modifie au fil du manuscrit et de l’évolution d’un personnage.

Il m’aura fallu une année complète pour rédiger un premier jet, prendre du recul, le faire lire, prendre des avis, le réécrire. A présent on me le corrige, on rafistole l’orthographe, la syntaxe et, surtout, toutes mes microdyslexies. Chaque fois qu’il manque un mot, une autre, qu’un nom vient se substituer à un autre. Tout ce que mon cerveau épuisé ne remarque pas, même en relisant la même phrase problématique encore et encore. Après il faudra mettre en page, relier, envoyer aux éditeurs, embêter mes contacts, embêter les contacts de mes contacts, mendier pour obtenir vos contacts. Mais ça, c’est après.

D’ici là je profite de cette phase un peu unique, celle où je suis arrivé au terme de la charge de travail qui était mienne et seulement mienne. Le moment où l’on travaille un peu pour moi, avant que je ne reprenne la main sur le texte. Je suis au milieu d’une douzaine de jours sans ouvrir ce fichier Word, petit bonheur, vacances forcées, chômage technique. Je profite parce que c’est la dernière pause avant la l’ultime étape, celle de l’infini, celle du démarchage ou crève. Cela pourra prendre quelques semaines, quelques mois, plusieurs années, à lutter, à gratter des contacts, à pitcher, à convaincre, à vendre. Deux solutions, le succès ou l’échec, sous la forme d’un renoncement. La pire chose, la pire étape.

Non, je ne suis pas pressé. Oui, je profite.
Encore quelques jours, avant de recevoir les corrections, avant de devoir avancer à nouveau, les quelques pas qui me séparent de la tourmente. Je vais me refaire un chocolat chaud tiens.

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