1239 – Mini Book Review 212

Les histoires (vraies) d’alcoolisme ordinaire et contemporain me fascinent. Parce que j’ai passé l’intégralité de ma vie de l’autre côté de la barrière. Je n’ai jamais fait l’expérience de l’ébriété, même à faible dose. Vous ne le savez pas, mais sur ce point précis vous êtes un peu mon safari personnel. Des gens qui font des trucs oufs que je ne peux appréhender que par observation, étude et empathie. D’où mon achat de The Long Run, un Kindle Singles écrit par un rockeur devenu alcoolique puis sobre et enfin coureur de fond. Oh cool, un truc qui me parle aussi (et qui parle aussi à copain Murakami). Le mix d’un élément qui m’est totalement étranger et d’un autre totalement familier auront suffi à me faire passer à la caisse. Les 101 critiques pour une note moyenne de 4 sur 5 et le tarif tout doux de 1.99$ ont aidé, j’avoue.

Le petit bouquin numérique de 61 pages m’aura accompagné une grosse heure. L’auteur Mishka Shubaly nous raconte avant tout son rapport à l’alcool. Le traitement n’est pas fantasmé, on comprend sa compulsion de boisson sans qu’il essaie de nous faire croire que l’alcool lui permettait d’avoir une vie trop cool et passionnante. Il boit pour s’anesthésier, il parle de dépression, du vide avec des dents qui vous dévorre. On suit aussi ses tentatives pour décrocher, les alcooliques anonymes. Jusqu’au jour où, perturbé par l’agression sous ses yeux d’un ami, il se met à courir, sans s’arrêter. Un déclic s’est opéré. Mishka va remplacer une addiction par une autre. Mais là encore, il va devoir apprendre que même la course peut vous briser.

Le texte se lit vite, est bourré de jolies formules et autres blagues. Le ton est proche de celui qu’emploierait un pote qui te raconte sa vie en fin de soirée. Surtout, c’est honnête et à peu près construit (on passe trop peu de temps sur la course à mon goût). A mon petit niveau cela reste de l’or en barre niveau compréhension d’un sujet qui me fascine. Pour les autres lecteurs je ne saurais pas trop dire, mais les retours sont bons, et le Single caracole en tête des ventes depuis un moment. Enfin, ventes, je me comprends : The Long Run est offert à tous les membres Premium d’Amazon. Ce qui augmente sa place au classement, son nombre de critiques et ses ventes réelles. Mais là on parle marketing  et de stratégie Freemium. Il s’agit d’un autre sujet.

Pour un autre jour.

1238 – Signed Copy

Le week-end dernier j’étais à la librairie Les cahiers de Colette, pour une dédicace de Régis Jauffret (Merci copain pour m’avoir prévenu). Sur les deux cent et quelques bouquins dont j’ai fait l’acquisition ces quatre dernières années, aucun n’est signé. Parce que je ne vois pas l’intérêt d’aller gratter de la griffe d’écrivain. Tout se passe en quelques secondes, et l’expérience de la rencontre me parait faible (en termes de calories émotionnelles). Quand j’écumais Angoulême c’était pour des dessins, autrement plus qualitatifs, et qui prennent plusieurs minutes de réalisation. Le temps d’engager un véritable début de conversation avec l’auteur. Du coup, non, je n’ai pas trainé mes guêtres au salon du Livre pour me faire gribouiller mes livres préférés. Mais cette fois, c’était différent, c’était MOTHERFUCKING Régis Jauffret ! Mon putain de héros. Puis, avec son dernier roman Claustria, j’avais réalisé mon premier achat luxe de l’année (21.90€ les loulous).

J’y suis allé, persuadé qu’il y aurait une foule monstre.

Dans les pays Anglo-saxons, quand un auteur se rend dans une librairie pour dédicacer son dernier livre, on lui fait signer l’intégralité du stock disponible avant son départ. Si vous allez ensuite dans la librairie, vous pourrez tomber sur des livres avec un sticker « signed copy » sur la couverture. Cela signifie que cet exemplaire est dédicacé, à personne en particulier, en général seulement. Le détail amusant, c’est que les signés et les autres sont vendu au même prix. Le libraire ne considère pas la dédicace comme une plus-value monétaire, simplement symbolique. C’est un peu comme une couverture alternative de comics : pareil, mais en différent, et au même prix. Une coquetterie. Cela tend aussi à prouver que sans la rencontre, la dédicace perd de sa valeur. Une rencontre de toute façon éphémère puisque limitée dans le temps par deux lignes maximum en cas d’affluence. Ce qui n’empêche pas des lecteurs de réclamer des dédicaces en PDF pour leurs livres électroniques.

Je suis arrivé un peu en retard à la librairie. Jauffret était seul à sa table, les lecteurs étaient déjà tous passés. Quelque part j’étais consterné de ne pas voir les lieux bondés, plein de fanboys. D’un autre côté, j’ai pu m’avancer immédiatement. Il a pris mon livre. Enfin, son livre. Quel nom ? Deux T et H, okay. Il a gribouillé et c’était fini. Cinq secondes chrono. Je me suis senti un peu bête, rapport à tout ce que je vous ai dit dans le premier paragraphe. Alors j’ai embrayé : au fait, puisque je vous tiens, j’avais une question. Il y a répondu de bon cœur (je vous raconterai quand on parlera du livre). Puis j’ai avoué beaucoup aimer ce qu’il faisait, je lui ai dit que j’aimais son style, que c’était agréable à lire, comme du petit lait, mais pour les yeux. Merci pour le livre quoi. Il a trouvé quelques remerciements (peut-être) sincères à me répondre, et je l’ai laissé discuter avec la libraire.

Alors oui, mon Claustria est le premier livre que je me suis fait signer. Je retiendrai surtout la réponse à ma question et la satisfaction égotique de lui avoir dit tout le bien que je pense de son œuvre. C’est dans un sens un fardeau en moins. Il s’en tape, mais j’avais besoin de lui dire.

Ça va mieux là. Je vais lire la seconde moitié du livre maintenant.

1237 – Spectacular

J’ai eu envie de taper très fort le vendeur du GAME.

Déjà parce qu’avec son problème de coiffure, de lunettes et de posture il alimentait quotidiennement les stéréotypes négatifs sur les geeks. Ensuite parce qu’il m’a vendu Spider-Man : Edge Of Time dans une boite cassée, sans blister, avec un sticker prix dégueulasse collé dessus, au prix du neuf. L’exemplaire de démonstration fourgué au tarif plein. SUPAYR. Mais je voulais jouer, alors je l’ai acheté. Une fois chez moi, je dégustais le début de mon jeu (un peu nul) Spider-Man annuel. En contrôlant Peter Parker on peut, d’une pression sur un bouton, activé le spider sense en plein combat. Spider-Man se démultiplie alors à l’écran, pour montrer toutes ses esquives ultra rapides visibles par persistance rétinienne. L’effet est tellement cool que j’en ai versé une larme sur place.

Je ne déconne pas, j’ai mis le jeu en pause, et j’ai senti mes yeux se mouiller. J’étais heureux.

La semaine dernière a été une semaine extraordinaire pour le fan de l’araignée que je suis. En plus de mon achat de Edge Of Time, trois comics sont sortis le mercredi. Avenging Spider-Man #3 termine le team up avec Red Hulk, toujours dessiné par mon dessinateur préféré de l’univers : Joe Madureira. Orgasme rétinien. Ensuite, dans Daredevil #8 se concluait le team-up avec Matt Murdock, dans un récit plein de très bonnes vannes. Larmes de rire. Puis, dans Amazing Spider-Man #678, le dessinateur Humberto Ramos, que j’ai recopié pendant des années, s’est particulièrement appliqué. Retour de l’orgasme. Enfin, Ultimate Spider-Man #6 montrait enfin Miles Morales en costume, à latter des racailles pour sa première patrouille sérieuse. Une fois les numéros dévorés, je me suis dit qu’être fan de comics, c’est vraiment le pied.

Après je suis peut être excentrique, mais j’arrive à sniffer du bonheur entre les pages d’un Spider-Man.

Je me souviens de la haute autorité familiale, qui se foutait de moi à 15 ans, à me dire qu’un jour j’arrêterai de lire les super-héros. Perdu. Je suis moins de séries, je saute quelques mois de Hulk ou je rate un ou deux arcs de Deadpool, certes. N’empêche, je lis et relis chaque nouveau numéro d’Amazing Spider-Man avec la même joie d’enfant. Je hurle quand Black Cat flirte avec Daredevil, je ris à voix haute si Parker cloue le bec à Jonas, j’ai le cœur qui accélère à chaque mention d’un retour d’Osborn ou de Reilly. Entre les jeux vidéo, les comics (spinoff et crossovers compris) et le retour du dessin animé, j’ai un fix au minimum toutes les deux semaines, parfois plus. C’est comme savourer du sucre fondu pour le cœur, et lécher l’intérieur de l’emballage pour ne rien oublier.

Je dis oui à la surproduction, tout comme je dis oui à mon fanboyisme, qui ravit mes glandes à endorphines. Et après coup, à chaque fois, je me demande comment font les autres gens pour être heureux sans Spider-Man.

Quoi qu’ils prennent, je doute que ce soit aussi bon.