
La dernière fois qu’il y a eu des élections présidentielles, mon groupe d’amis n’était pas aussi hétérogène qu’aujourd’hui. J’étais à l’époque passé d’un lycée fortement marqué à gauche à une fac encore plus fortement marquée à gauche.
Cette fois c’est un peu plus compliqué. Je boucle ma grande école de Neuilly et la plupart de mes anciens collègues sont issus d’école de commerce plus ou moins hors de prix. Bien sûr il me reste assez d’amis gauchistes pour organiser des soirées plateau de fromages devant le débat du second tour. Mais quand même, je suis allé de petites révélations en sentiments étranges ces deux derniers mois. Il y a le type au fond d’un bar qui avoue qu’il est de droite comme s’il a fait une grosse bêtise par exemple. Je lui ai conseillé d’aller pécho en accrochant sur le fait qu’en tant que droitier, il avait besoin de réconfort ces temps-ci. Petit rire gêné.
Niveau gêne on ne dépassera pas le dîner chez des amis le lendemain soir du premier tour. A peu près certains de ne pas tous être du même bord, on a réussi à passer une soirée complètement apolitique. Il s’agissait là plus de diplomatie que d’hypocrisie, chacun sachant très bien où les autres se plaçaient. C’était un dîner de trêve, où on partage l’emmental râpé Monoprix Gourmet sans se juger. De mon point de vue c’est toujours mieux que les petites esquives qui consistent à ne pas trop croiser ses potes de l’autre camp en attendant que ça se tasse. Oui bien sûr on se fait un McDo, mais après les élections hein. Parce que là…
D’autres sont moins diplomates. Sur Twitter par exemple quelqu’un que je suis a essayé de dire le fond de sa pensée, pour une fois, et s’est retrouvé avec une hémorragie de followers. Drôle d’idée de la discussion.
A titre personnel c’est sur Facebook que j’ai le plus observé de changements. C’est là-bas que ceux qui ne parlent en temps normal jamais de politique se déclarent. Parfois ça tâtonne, avec un article à charge liké et partagé sur son profil. D’autres fois c’est clairement plus agressif avec des remarques politisées, prompts à démarrer des bastons dans les commentaires. J’ai surtout découvert un tas de connaissances sous un jour nouveau. Ceux qui ont senti le besoin de tracer une ligne dans le sable et de dire « hé ho je suis de ce côté-là moi ».
Pendant ce temps-là, en tout cas sur Facebook, je ne like rien, je ne linke rien. Ceux qui me connaissent savent. Sur Twitter c’est plus franc, mais pas vraiment militant. Parce que je considère que ce n’est pas mon boulot. Je préfère rester détaché.
La semaine prochaine je pourrai retourner boire le coca de mes amis de droite, manger des bagels avec eux et aller rire au cinéma. Comme avant.
Enfin, idéalement je serai dans le camp qui a gagné, pour une fois de ma vie d’électeur. Je suis sûr que c’est pas mal.
Bisous apolitiques et bon weekend les pipous.


