1240 – Easyland

J’aime bien les séries de Showtime comme Californication et House Of Lies, même quand les épisodes sont nuls. Un de mes plaisirs est de voir les personnages évoluer dans un univers parallèle ou tout le monde est facile. En trois épisodes de House Of Lies, deux femmes mariées ou été infidèles avec un autre personnage (dont un épisode lesbien), on a eu une catin S&M, un fétichiste des pieds, un héros qui fricotte avec une transexuelle et une mormone sodomite. Pendant ce temps, dans Californication, Hank continue d’invariablement se taper chaque personnage féminin avec qui il partage une scène. Ce indifféremment de tout âge, profession, couleur de peau ou statut marital. Et quand Runckle va présenter des excuses à une mère de famille, celle-ci se dévoile deux minutes plus tard en tant que maîtresse dominatrice et lui ordonne de se masturber sur le marbre de la cuisine. Voilà voilà.

Le sexe ne fait pas que vendre, il fait aussi regarder des séries (ou télécharger, puisque vous ne pouvez plus streamer, petits coquinous). Alors forcément, les chaînes du câble qui peuvent montrer un peu de fesse ne se privent pas. Tant qu’à faire, autant rajouter quelques fétishs et autres pratiques plus ou moins répandues de bon goût. Ça s’insulte, ça suce depuis le siège passager, ça lèche des pieds, ça strap-on et compagnie. Surtout, tout le monde est volontaire. Dans Entourage, que la plupart des filles se pâment pour Vincent Chase, star internationale de cinéma, c’est encore compréhensible. D’ailleurs Turtle a toujours un peu galéré de son côté. Mais le réalisme passe par la fenêtre quand on s’attaque à Californication et ses potes où tout le monde est disponible et volontaire. Pour en arriver là dans la vraie vie, il faut soit pas mal d’alcool et/ou tenir éveillé jusqu’en fin de soirées pour profiter du moment (de renoncement/fatigue) propice.

Ce qui me frappe le plus dans les séries câblées US, c’est à quel point ça baise pour des personnes sobres (ou avec un ou deux pauvres verres dans le nez). Les gens passent en mode cul à froid, avec peu ou pas de motivation extérieure. La voiture de sport de la baise, de “bonjour” à “niquons” en dix secondes. Ou alors du haut de mes vingt-cinq piges je ne vois pas l’horrible réalité des quadras, qui sont tous dépités et en ont marre de se prendre la tête avant de passer aux choses sérieuses. Ce qui augurerait d’excellentes choses pour ma crise de la quarantaine. Mais j’en doute. Ou alors c’est une question de milieu. Je persiste à plaider pour le monde parallèle où tout le monde est facile et ne s’encombre pas de logistique (capotes ?) ou de morale (mari ?). En vérité je me demande s’il ne s’agit pas simplement d’un fantasme très masculin qui voudrait sauter les préliminaires (non pas physiques, mais sociaux).

Au fond, j’en trouve presque les pornos plus honnêtes. Eux n’essaient pas de nous vendre quelque chose proche de la réalité. “On baise” parce que le genre impose le raccourci. Je ne crois pas que Dorcel ait créé des vocations de plombiers alors que les wannabe Hank Moody se multiplient. Comme ça, après, ils pourront motiver des demoiselles dès leur premier épisode ensemble. Peut être même vivre des expérience exhib de pegging en voiture avec du cuir et des pieds baveux. La normalité quoi. En tout cas, niveau foutage de gueule et distorsion de la perception du cul dans le réel, je me demande bien qui du porno ou des séries corrompt le plus la jeunesse ? Hein ? HEIN ?!

#LaPeur

#JeFaisGenreMaisJeRegardeAussiEnFait

1213 – The XXX

Cette semaine sont tombées les premières photos (NSFW) de la parodie pornographique de Buffy : The Vampire Slayer. Tout est là : des acteurs qui ressemblent vaguement, un peu d’iconographie propre à la série histoire de faire bien et enfin des pairings complètement débiles pour combler les fanboys (quoi que je suis pour que Xander se tape Buffy perso). J’ai copié collé le lien sur les internets, parce que je suis pour le partage. Puis que twitter du porno, c’est la « street cred 2.0 » et tout. Je crois. En fait, le projet en question ne m’attire pas le moins du monde. Je trouve même ça un peu cheap et sinistre. A y réfléchir deux minutes, je n’ai aucun souvenir d’un film parodique porno qui m’ait ne serait-ce qu’un peu excité. Je pense que je suis hermétique au concept en lui-même.

Nous sommes entré dans l’âge de la fan fiction. Pendant qu’au cinéma, les réalisateurs remakent les œuvres de leur enfance, la génération Y se paluche sur ses personnages préférés en attendant son tour. Dans les forums de fans de fanfictions, Harry Potter se fait prendre par Draco Malefoy et Clad se tape enfin Tifa avant de sauver le monde (et non après, quand le jeu est fini). L’industrie du porno tente de capitaliser sur la tendance et propose de plus en plus de versions XXX de telle série ou tel comics. Des sosies ratés de Mulder et Scully se chopent sur des musiques rappelant de loin les compositions de Mark Snow. Les fans de comics ont adoré le porno Batman et attendent de pied ferme les XXX-Men (attention aux griffes de wolverine lol tsé). Le problème étant que, dans la totalité des cas, on se retrouve avec quelque chose de moche, parce que fauché.

A titre personnel, j’estime que la meilleure parodie porno est celle de mangas. La raison en est toute simple : un style de dessins, ça peut s’imiter facilement et le budget est illimité quand on bosse au critérium. On y croit beaucoup plus quand les personnages d’Evangelion se prennent dans le cockpit de leurs mechas s’ils sont dessinés à l’identique par rapport à l’original. Cela fonctionne parce qu’il est plus simple d’admettre que la situation est possible. Face à un porno moche, on doit faire l’effort supplémentaire de superposer l’original avec un fac-similé bon marché. La littérature érotique est un bon substitut pour construire un étui narratif assez crédible pour se laisser prendre au jeu de la fanfic porno. Mais rien ne vaudra un bon vieux hentai des familles, où le niveau visuel peut élever le matériau rang d’art. Magie de la réappropriation stylistique.

Peut-être qu’au final, ce qui compte c’est les « production values », les moyens déployés et visibles par tout à chacun. Une fan fiction gay Harry Potter écrite avec le style de Rowling ou un hentai DBZ dessiné avec le trait de Toriyama éclatera toujours un film direct to DVD au rendu dégueulasse.
Et il existe une étape suivante, quand les copieurs érotiques font appel à des talents qui dépassent le niveau de l’œuvre originale. Quand une nouvelle est rédigée avec maitrise, un dessin tracé avec une touche personnelle. Alors là, ce n’est plus une simple parodie, c’est un cran au-dessus.

C’est mieux que l’original.

1160 – Trick And Treat

Le truc super relou : être persuadé d’entendre son téléphone vibrer. Tu as beau savoir que tu as imaginé le « brrr » du vibreur, tu vas quand même vérifier, au cas où. C’est Pavlovien. Le son de vibration est associé à la récompense du texto, du message, dont personne ne doute qu’il va changer ta journée (« Hé viens on va boire un verre ») ou ta vie (« hé viens on part baiser et se marier à Las Vegas »). Ca me le fait aussi avec les jeux vidéo. Par exemple ce petit bruit caractéristique quand tu débloques un succès sur Xbox, le « plop », qui vient gonfler ton égo et faire frétiller tes oreilles, bah je l’entends tout le temps. Je joue peinard et là, PLOP, sauf que c’est dans ma tête. Parce que je suis un malade mental. Et ça les gens qui font des jeux de fitness l’ont bien compris, vu qu’ils usent et abusent des récompenses sonores.

Non vous ne rêvez pas, je suis tellement taré que je vais vous faire un benchmark des sons pavloviens dans les jeux vidéo de fitness. Du plus soft au plus lobotomiste.

On commence par YourShape. Le jeu te demande d’être en rythme avec le coach et d’effectuer les bons mouvements. Quand tu rentres en synchro avec le jeu, un léger son de clochette te fait entendre. Si tu perds le rythme, un autre léger son plus grave retentit. On a donc deux signaux : bien/pas bien. Qui ne se répètent que quand on rentre en/perd la synchro.
Ça se complique dans EA Sports Active. Le jeu te demande de faire les mouvements requis à chaque exercice et ne va pas s’arrêter tant que tu n’as pas complété tes répétitions. Pas de rythme, pas de signal sonore lié. MAIS, dès que tu fais une portion de mouvement correcte, un ding de récompense se fait entendre. Tu lèves ton haltère, ding, tu baisses ton haltère, ding. Ca en devient un facteur de motivation. Une sonnerie signifie une micro-réussite. Plein de sonneries, plein de réussites.
Le système est poussé jusqu’au bout dans UFC Personnal Trainer. Le (seul) jeu de fitness ciblé pour les hommes te demande de faire les mouvements requis à chaque exercice mais s’arrête au bout d’un temps donné. Le facteur temps devient important. Ici encore chaque portion de mouvement correcte déclenche un son approbateur. Sauf qu’en plus on a un son qui prévient qu’on doit bouger juste avant. En gros « ding » pour te dire qu’il faut donner un coup de poing et « blip » quand tu donnes correctement le coup de poing.

On a donc un jeu qui t’ordonne une action avec toujours le même bruit et qui te récompenses si tu l’exécute avec un autre bruit. Félicitations, tu es à présent lobotomisé.

Quand dans UFC tu accélères le rythme de tes enchainements de coups, c’est autant pour suer que pour te shooter les neurones avec la cascade de ding/blips que ça entraine. Ces sons sont associés à des récompenses et c’est ton cerveau reptilien qui se vautre dans la cocaïne sonore. D’où colère est frustration quand le jeu ne capte pas bien ton mouvement, ou si tu le fais mal et qu’il ne compte pas. Tu te fous du nombre de calories perdues, tu veux ton putain de susucre !

Là où ça devient encore plus pervers, c’est qu’UFC Personnal Trainer utilise une gamme sonore dépréciative avec la même efficacité. Si tu n’effectues pas le mouvement dans les temps (parce que tu t’es effondré comme une merde au bout de 16 pompes sur 20), tu reçois un son grave connoté négativement : « bom ». Si tu vas trop vite ou de travers, le son positif devient négatif avec un « blop ». Ces bruitages deviennent rapidement associés à une punition dans l’esprit : tu as raté, tu es puni. Non seulement tu n’as pas ton susucre sonore, mais tu as une gifle à la place. On obtient donc rapidement l’effet désiré : que le joueur fasse tout pour éviter les mauvais sons. Ce qui inclue aussi le chronomètre qui, dans les dix dernières secondes, se lance dans des sonneries stridentes.

A titre personnel je me demande si la horde de sonneries d’UFC Personnal Trainer n’est pas liée à la cible masculine du jeu, à priori beaucoup plus motivée par des « engueulades » qu’une fille moins habituée à des mécaniques de scores et de punitions. D’ailleurs dans YourShape les rares exercices de boxe déclenchent un son à chaque coup lorsque les exercices de cardio/aérobique ne signalent que le bon rythme.

Les humains sont des animaux stupides, à peine plus évolués que le chien de Pavlov. Certes on est capable d’aller bosser pour s’acheter une Xbox et un jeu. Mais les game designers ont bien compris qu’avec trois bruitages basiques ils nous tiennent par les neurones. La lobotomie n’est pas très loin.

La bonne nouvelle c’est que ça fait (peut-être) mincir.