Je pouvais pas blairer ce type. En primaire et déjà petit caïd, plus grand, plus connard, plus hargneux. Ce jour là, dans la cour, il frimait sa race avec son nouveau jouet, un porte clef tête de mort. Je ne me souviens plus s’il avait une peinture métal, ou un truc qui clignote. Mais j’avais jamais rien vu d’aussi cool de ma vie. Il frimait tellement, alors que la moitié de la cour bavait à ses pieds, suppliait de pouvoir tripoter l’objet. C’était à gerber, mais moi aussi je le voulais le crâne trop stylé. Bouffé par la colère, mon sang n’a fait qu’un tour lorsque le gros connard est parti jouer au foot, laissant sa veste au pied d’un platane. Je me souvenais qu’il avait rangé le truc dans sa poche. Alors je me suis approché lentement, j’ai tendu les doigts dans le vêtement et j’ai purement et simplement volé son porte clef.

Comme déjà en primaire j’étais pas con, je suis allé me débarrasser de l’objet dans un buisson en bordure de cour, le plaçant au creux des racines au prix de quelques écorchures. Je pensais le récupérer le soir venu, ou le lendemain pour être sûr. C’était tellement priceless de voir monsieur le caïd prendre un gros coup de stress. Forcément il s’est énervé, a accusé tout le monde. Jouissif. Lorsque le surveillant nous à fait les poches en rang serré, j’avais un sourire intérieur de fils de pute, sachant pertinemment qu’il ne trouverait rien. J’avais gagné, j’avais ma revanche sur le caïd, j’étais vengé et plus riche d’un porte clef tête de mort trop bling bling ! Puis la journée à filé et l’autre connard n’en menait pas large, il en était au ce stade du deuil, vous savez, la dépression. Genre mes parents vont me tuer, genre ma vie est finie, genre les frites de la cantine n’auront plus jamais le même goût. Alors j’ai commencé à culpabiliser.

Bouffé par les remords, par la honte, j’ai fini par céder. Je suis allé voir le surveillant, je lui ai dit que moi il me semblait bien l’avoir vu son porte clef, là bas dans un buisson mais que ça piquait, que j’osais pas le récupérer. Le mec l’a récupéré en dix secondes, puis m’a pris à part. Sincèrement Young Le Reilly, le crâne, il s’est pas retrouvé là par hasard. Tu sais, faute avouée à moitié pardonnée. Si tu promets de plus le refaire, je te balancerais pas. Je savais pas du tout où me mettre, je ne pensais pas être si transparent. Mais visiblement, c’est le genre de trucs qu’il faut avoir dans le sang, le vol. Enfin, je me suis senti mal pendant des jours. L’autre gosse était toujours un gros connard et j’étais toujours jaloux. Seulement la boule au fond de la gorge était un peu moins grosse qu’avant et j’ai fini par passer outre. Même si, cette note en est la preuve, plus de quinze ans après je m’en rappelle encore.

Au final j’aurais jamais volé, enfin à part des DVD à des potes ou de la thune dans le portefeuille de mes parents. Mais le vol à l’étalage, juste jamais, ni les coup en traitre aux amis et même aux ennemis. Quand on parle de leçons de vie que j’ai pu recevoir, en voilà une. Et si je partage ça, c’est parce que, mine de rien, j’ai des côtés kikoolol.
Demain on parlera fantasmes.