1241 – ADHD

Mon téléviseur a trouvé le moyen de mourir tout en allant très bien. C’est-à-dire qu’il s’allume, fonctionne quelques dizaines de secondes et s’éteint. Quel que soit le problème, c’est un micro problème. D’où la rage, le démontage du poste et l’achat prévu d’un ohmmètre pour vérifier des trucs. A priori, c’est tout de même 425 euros dans les gencives. Et dans une période d’entre deux jobs, ça sera compliqué (euphémisme de « lol ») de pouvoir le remplacer. D’où le désespoir, les complaintes sur les forums d’électronique de l’internet. C’est la fin de la Xbox sur le 32 pouces, des Blu-Ray 1080p et des soirées séries avec la (les ?) copine(s) qui kiffent regarder Vampire Diaries dans de bonnes conditions, au fond d’un lit, face à un bel écran.

Surtout, c’est la fin du multi écran. Ce qui contrarie mon déficit aigu de l’attention.

Depuis que j’habite seul, j’ai pris l’habitude de jongler entre mon écran de télévision et mon écran d’ordinateur. Quand je regarde une série, toutes les cinq minutes je jette un œil en coin à mon Gmail, au cas où un nouveau courrier ou chat soit en souffrance. Auquel cas je peux me lever et mettre en pause la série le temps de voir ce qu’il se passe. Si le moniteur passe en veille pendant que je suis plongé dans un jeu, il me reste les bruits. Je réagis plus vite au son d’un chat Facebook qu’un chien de Pavlov qui se bave dessus. Tout ça parce que j’ai PEUR que si je suis occupé à faire autre chose, la planète va continuer à tourner sans moi et que je vais rater une proposition de rencard, travail, soirée, sexe, ou n’importe quoi.

Sauf que depuis la mort de mon téléviseur, j’utilise mon écran d’ordinateur pour tout.

Je dois faire des choix. Si je joue à la Xbox l’image et le son sont liés à ma console. Je ne peux pas voir ni entendre ce qui se passe sur Internet sans intervertir le câble HDMI à l’arrière du moniteur. Si je regarde un film ou une série, je suis obligé de passer en plein écran et ne peux pas surveiller ce qui se passe en dessous sans m’interrompre volontairement. En somme je dois faire des choix vis-à-vis de ma consommation culturello-divertissante. Et pour le petit con survolté que je suis devenu, ce n’est PAS simple. C’est lutter contre une tonne de névroses de taré 2.0. Par exemple, si je joue trop longtemps à la Xbox, je profite des temps de chargement pour vérifier sur mon téléphone si je n’ai pas reçu de nouveau mail. Dans la seconde qui suit, je suis mortifié de honte.

Regarder plus de films aura d’ailleurs été une des résolutions les plus débiles que j’ai pu prendre ce premier janvier.

J’en suis à ne pas « trouver » deux heures pour regarder un film, persuadé qu’il se passera forcément un truc sur internet à mi-chemin. Le cinéma (physique, la salle quoi) reste le refuge dans lequel je ne peux pas être déconcentré, je ne peux pas mettre en pause. Mon comportement est d’une aberration sans nom et, malheureusement, loin d’être une exception. Mes amis peinent à regarder un film chez eux, sont toujours près de leur Gtalk, même en pleine partie de Final Fantasy. Et on se supporte encore le matin dans la glace.

Alors peut-être que, quelque part, la mort de ma TV n’est, à court terme, pas une si mauvaise chose. D’ailleurs, je vais devoir couper l’ordi, j’ai envie de jouer à Rayman. Puis après, je regarderai un film. Ouais.

1240 – Easyland

J’aime bien les séries de Showtime comme Californication et House Of Lies, même quand les épisodes sont nuls. Un de mes plaisirs est de voir les personnages évoluer dans un univers parallèle ou tout le monde est facile. En trois épisodes de House Of Lies, deux femmes mariées ou été infidèles avec un autre personnage (dont un épisode lesbien), on a eu une catin S&M, un fétichiste des pieds, un héros qui fricotte avec une transexuelle et une mormone sodomite. Pendant ce temps, dans Californication, Hank continue d’invariablement se taper chaque personnage féminin avec qui il partage une scène. Ce indifféremment de tout âge, profession, couleur de peau ou statut marital. Et quand Runckle va présenter des excuses à une mère de famille, celle-ci se dévoile deux minutes plus tard en tant que maîtresse dominatrice et lui ordonne de se masturber sur le marbre de la cuisine. Voilà voilà.

Le sexe ne fait pas que vendre, il fait aussi regarder des séries (ou télécharger, puisque vous ne pouvez plus streamer, petits coquinous). Alors forcément, les chaînes du câble qui peuvent montrer un peu de fesse ne se privent pas. Tant qu’à faire, autant rajouter quelques fétishs et autres pratiques plus ou moins répandues de bon goût. Ça s’insulte, ça suce depuis le siège passager, ça lèche des pieds, ça strap-on et compagnie. Surtout, tout le monde est volontaire. Dans Entourage, que la plupart des filles se pâment pour Vincent Chase, star internationale de cinéma, c’est encore compréhensible. D’ailleurs Turtle a toujours un peu galéré de son côté. Mais le réalisme passe par la fenêtre quand on s’attaque à Californication et ses potes où tout le monde est disponible et volontaire. Pour en arriver là dans la vraie vie, il faut soit pas mal d’alcool et/ou tenir éveillé jusqu’en fin de soirées pour profiter du moment (de renoncement/fatigue) propice.

Ce qui me frappe le plus dans les séries câblées US, c’est à quel point ça baise pour des personnes sobres (ou avec un ou deux pauvres verres dans le nez). Les gens passent en mode cul à froid, avec peu ou pas de motivation extérieure. La voiture de sport de la baise, de “bonjour” à “niquons” en dix secondes. Ou alors du haut de mes vingt-cinq piges je ne vois pas l’horrible réalité des quadras, qui sont tous dépités et en ont marre de se prendre la tête avant de passer aux choses sérieuses. Ce qui augurerait d’excellentes choses pour ma crise de la quarantaine. Mais j’en doute. Ou alors c’est une question de milieu. Je persiste à plaider pour le monde parallèle où tout le monde est facile et ne s’encombre pas de logistique (capotes ?) ou de morale (mari ?). En vérité je me demande s’il ne s’agit pas simplement d’un fantasme très masculin qui voudrait sauter les préliminaires (non pas physiques, mais sociaux).

Au fond, j’en trouve presque les pornos plus honnêtes. Eux n’essaient pas de nous vendre quelque chose proche de la réalité. “On baise” parce que le genre impose le raccourci. Je ne crois pas que Dorcel ait créé des vocations de plombiers alors que les wannabe Hank Moody se multiplient. Comme ça, après, ils pourront motiver des demoiselles dès leur premier épisode ensemble. Peut être même vivre des expérience exhib de pegging en voiture avec du cuir et des pieds baveux. La normalité quoi. En tout cas, niveau foutage de gueule et distorsion de la perception du cul dans le réel, je me demande bien qui du porno ou des séries corrompt le plus la jeunesse ? Hein ? HEIN ?!

#LaPeur

#JeFaisGenreMaisJeRegardeAussiEnFait

1239 – Mini Book Review 212

Les histoires (vraies) d’alcoolisme ordinaire et contemporain me fascinent. Parce que j’ai passé l’intégralité de ma vie de l’autre côté de la barrière. Je n’ai jamais fait l’expérience de l’ébriété, même à faible dose. Vous ne le savez pas, mais sur ce point précis vous êtes un peu mon safari personnel. Des gens qui font des trucs oufs que je ne peux appréhender que par observation, étude et empathie. D’où mon achat de The Long Run, un Kindle Singles écrit par un rockeur devenu alcoolique puis sobre et enfin coureur de fond. Oh cool, un truc qui me parle aussi (et qui parle aussi à copain Murakami). Le mix d’un élément qui m’est totalement étranger et d’un autre totalement familier auront suffi à me faire passer à la caisse. Les 101 critiques pour une note moyenne de 4 sur 5 et le tarif tout doux de 1.99$ ont aidé, j’avoue.

Le petit bouquin numérique de 61 pages m’aura accompagné une grosse heure. L’auteur Mishka Shubaly nous raconte avant tout son rapport à l’alcool. Le traitement n’est pas fantasmé, on comprend sa compulsion de boisson sans qu’il essaie de nous faire croire que l’alcool lui permettait d’avoir une vie trop cool et passionnante. Il boit pour s’anesthésier, il parle de dépression, du vide avec des dents qui vous dévorre. On suit aussi ses tentatives pour décrocher, les alcooliques anonymes. Jusqu’au jour où, perturbé par l’agression sous ses yeux d’un ami, il se met à courir, sans s’arrêter. Un déclic s’est opéré. Mishka va remplacer une addiction par une autre. Mais là encore, il va devoir apprendre que même la course peut vous briser.

Le texte se lit vite, est bourré de jolies formules et autres blagues. Le ton est proche de celui qu’emploierait un pote qui te raconte sa vie en fin de soirée. Surtout, c’est honnête et à peu près construit (on passe trop peu de temps sur la course à mon goût). A mon petit niveau cela reste de l’or en barre niveau compréhension d’un sujet qui me fascine. Pour les autres lecteurs je ne saurais pas trop dire, mais les retours sont bons, et le Single caracole en tête des ventes depuis un moment. Enfin, ventes, je me comprends : The Long Run est offert à tous les membres Premium d’Amazon. Ce qui augmente sa place au classement, son nombre de critiques et ses ventes réelles. Mais là on parle marketing  et de stratégie Freemium. Il s’agit d’un autre sujet.

Pour un autre jour.

1238 – Signed Copy

Le week-end dernier j’étais à la librairie Les cahiers de Colette, pour une dédicace de Régis Jauffret (Merci copain pour m’avoir prévenu). Sur les deux cent et quelques bouquins dont j’ai fait l’acquisition ces quatre dernières années, aucun n’est signé. Parce que je ne vois pas l’intérêt d’aller gratter de la griffe d’écrivain. Tout se passe en quelques secondes, et l’expérience de la rencontre me parait faible (en termes de calories émotionnelles). Quand j’écumais Angoulême c’était pour des dessins, autrement plus qualitatifs, et qui prennent plusieurs minutes de réalisation. Le temps d’engager un véritable début de conversation avec l’auteur. Du coup, non, je n’ai pas trainé mes guêtres au salon du Livre pour me faire gribouiller mes livres préférés. Mais cette fois, c’était différent, c’était MOTHERFUCKING Régis Jauffret ! Mon putain de héros. Puis, avec son dernier roman Claustria, j’avais réalisé mon premier achat luxe de l’année (21.90€ les loulous).

J’y suis allé, persuadé qu’il y aurait une foule monstre.

Dans les pays Anglo-saxons, quand un auteur se rend dans une librairie pour dédicacer son dernier livre, on lui fait signer l’intégralité du stock disponible avant son départ. Si vous allez ensuite dans la librairie, vous pourrez tomber sur des livres avec un sticker « signed copy » sur la couverture. Cela signifie que cet exemplaire est dédicacé, à personne en particulier, en général seulement. Le détail amusant, c’est que les signés et les autres sont vendu au même prix. Le libraire ne considère pas la dédicace comme une plus-value monétaire, simplement symbolique. C’est un peu comme une couverture alternative de comics : pareil, mais en différent, et au même prix. Une coquetterie. Cela tend aussi à prouver que sans la rencontre, la dédicace perd de sa valeur. Une rencontre de toute façon éphémère puisque limitée dans le temps par deux lignes maximum en cas d’affluence. Ce qui n’empêche pas des lecteurs de réclamer des dédicaces en PDF pour leurs livres électroniques.

Je suis arrivé un peu en retard à la librairie. Jauffret était seul à sa table, les lecteurs étaient déjà tous passés. Quelque part j’étais consterné de ne pas voir les lieux bondés, plein de fanboys. D’un autre côté, j’ai pu m’avancer immédiatement. Il a pris mon livre. Enfin, son livre. Quel nom ? Deux T et H, okay. Il a gribouillé et c’était fini. Cinq secondes chrono. Je me suis senti un peu bête, rapport à tout ce que je vous ai dit dans le premier paragraphe. Alors j’ai embrayé : au fait, puisque je vous tiens, j’avais une question. Il y a répondu de bon cœur (je vous raconterai quand on parlera du livre). Puis j’ai avoué beaucoup aimer ce qu’il faisait, je lui ai dit que j’aimais son style, que c’était agréable à lire, comme du petit lait, mais pour les yeux. Merci pour le livre quoi. Il a trouvé quelques remerciements (peut-être) sincères à me répondre, et je l’ai laissé discuter avec la libraire.

Alors oui, mon Claustria est le premier livre que je me suis fait signer. Je retiendrai surtout la réponse à ma question et la satisfaction égotique de lui avoir dit tout le bien que je pense de son œuvre. C’est dans un sens un fardeau en moins. Il s’en tape, mais j’avais besoin de lui dire.

Ça va mieux là. Je vais lire la seconde moitié du livre maintenant.

1237 – Spectacular

J’ai eu envie de taper très fort le vendeur du GAME.

Déjà parce qu’avec son problème de coiffure, de lunettes et de posture il alimentait quotidiennement les stéréotypes négatifs sur les geeks. Ensuite parce qu’il m’a vendu Spider-Man : Edge Of Time dans une boite cassée, sans blister, avec un sticker prix dégueulasse collé dessus, au prix du neuf. L’exemplaire de démonstration fourgué au tarif plein. SUPAYR. Mais je voulais jouer, alors je l’ai acheté. Une fois chez moi, je dégustais le début de mon jeu (un peu nul) Spider-Man annuel. En contrôlant Peter Parker on peut, d’une pression sur un bouton, activé le spider sense en plein combat. Spider-Man se démultiplie alors à l’écran, pour montrer toutes ses esquives ultra rapides visibles par persistance rétinienne. L’effet est tellement cool que j’en ai versé une larme sur place.

Je ne déconne pas, j’ai mis le jeu en pause, et j’ai senti mes yeux se mouiller. J’étais heureux.

La semaine dernière a été une semaine extraordinaire pour le fan de l’araignée que je suis. En plus de mon achat de Edge Of Time, trois comics sont sortis le mercredi. Avenging Spider-Man #3 termine le team up avec Red Hulk, toujours dessiné par mon dessinateur préféré de l’univers : Joe Madureira. Orgasme rétinien. Ensuite, dans Daredevil #8 se concluait le team-up avec Matt Murdock, dans un récit plein de très bonnes vannes. Larmes de rire. Puis, dans Amazing Spider-Man #678, le dessinateur Humberto Ramos, que j’ai recopié pendant des années, s’est particulièrement appliqué. Retour de l’orgasme. Enfin, Ultimate Spider-Man #6 montrait enfin Miles Morales en costume, à latter des racailles pour sa première patrouille sérieuse. Une fois les numéros dévorés, je me suis dit qu’être fan de comics, c’est vraiment le pied.

Après je suis peut être excentrique, mais j’arrive à sniffer du bonheur entre les pages d’un Spider-Man.

Je me souviens de la haute autorité familiale, qui se foutait de moi à 15 ans, à me dire qu’un jour j’arrêterai de lire les super-héros. Perdu. Je suis moins de séries, je saute quelques mois de Hulk ou je rate un ou deux arcs de Deadpool, certes. N’empêche, je lis et relis chaque nouveau numéro d’Amazing Spider-Man avec la même joie d’enfant. Je hurle quand Black Cat flirte avec Daredevil, je ris à voix haute si Parker cloue le bec à Jonas, j’ai le cœur qui accélère à chaque mention d’un retour d’Osborn ou de Reilly. Entre les jeux vidéo, les comics (spinoff et crossovers compris) et le retour du dessin animé, j’ai un fix au minimum toutes les deux semaines, parfois plus. C’est comme savourer du sucre fondu pour le cœur, et lécher l’intérieur de l’emballage pour ne rien oublier.

Je dis oui à la surproduction, tout comme je dis oui à mon fanboyisme, qui ravit mes glandes à endorphines. Et après coup, à chaque fois, je me demande comment font les autres gens pour être heureux sans Spider-Man.

Quoi qu’ils prennent, je doute que ce soit aussi bon.

1236 – Comic Review 12

La première fois que j’ai entendu parler de Casanova, c’était en 2006, à la sortie du premier numéro chez Image Comics. Le format était spécial : 16 pages à peine colorisées au lieu de 32, au prix réduit de 1.99$. Avec la promesse d’une narration ultra compressée qui en donnerait pour son argent. Aux manettes le très bon scénariste Matt Fraction (devenu « architecte » pour Marvel) et le sublime Gabriel Ba aux dessins (remember Daytripper). Casanova aura été un succès d’estime immédiat, collectionnant les récompenses au fil des deux premiers volumes. Puis la série a rejoint Fraction chez Marvel et fut republiée en couleurs dans le label semi-indépendant Icon, tout ça pour préparer la sortie du troisième tome. C’est à ce moment que j’ai décidé de plonger et achetant Luxuria, le premier arc de 7 épisodes.

La mauvaise nouvelle c’est que la première fois que j’ai tenté de lire Casanova, j’ai tenu 30 pages. Je ne comprenais rien. Je saignais du cerveau par les oreilles. C’était trop balèze pour moi.

Il a fallu que je lâche l’affaire plusieurs mois, que j’aille lire des résumés des deux premiers épisodes sur internet, et que je m’y remette. J’ai tout repris depuis le début. Ce qui me permet de vous fournir un résumé à peu près compréhensible.

Casanova Quinn est un espion freelance. Son père, Cornélius, est à la tête de E.M.P.I.R.E, un groupe mondial d’agents secrets chargés de protéger la planète. Lorsque sa fille protégée, Zéphyr, meurt au combat, Cornélius invite son fils renégat à l’enterrement et essaie de le faire passer dans le camp des gentils. Mais Casanova est capturé par Newman Xeno, le directeur du W.A.S.T.E, une agence criminelle venue d’une autre dimension. Dans l’univers parallèle de Xeno, Zéphyr est vivante et bosse pour les méchants, tandis que Casanova est mort et travaillait pour E.M.P.I.R.E. Xeno arrache donc Cass à sa dimension pour lui faire prendre la place du gentil Cass et se servir de lui comme agent double. Mais personne n’a pensé à ce que Casanova veut réellement, et cela pourrait se retourner à la fois contre E.M.P.I.R.E et W.A.S.T.E.

CA VA VOUS AVEZ SUIVI OU BIEN ?

Okay, cool. Maintenant je vous rajoute que dans Casanova, on trouve aussi : des robots sexuels, des mutants à trois têtes, des duels psychiques, des mechas japonais, des powerpoints, des hommes de Cro-Magnon et bien entendu PLEIN DE DROGUE. Donc oui, en gros, Casanova c’est James Bond sous LSD. Sachant que tout ceci vit dans des pages avec plein de cases, de bulles, où ça explose de partout. Chaque fois que je dérapais sur une phrase d’anglais que je ne gérais pas je prenais le risque de me perdre à jamais dans un scénario ultra condensé et fou. D’un autre côté, une fois le train pris en marche, ce n’est que du bonheur. Il s’agit qu’un quelque chose qui ne peut exister qu’en comics, avec des blagues surréalistes, des passages méta textuels et une bonne dose de pulp. Vous savez, ce savant mélange de décontraction, sexe et violence qui produit cette saveur si particulière.

Les dessins de Ba sont d’ailleurs un délice, s’adaptant à l’espace, s’amusant des situations et sautillant sans cesse entre réalisme et cartoon. Chaque volume de Casanova possède une couleur particulière, et avec son vert, Luxuria possède une identité forte jusqu’au bout du recueil.

Les gens avaient raison, Casanova est un bijou, un ovni qui ne peut exister qu’en comic. Ce n’est clairement pas pour tout le monde, et je comprends qu’aucune traduction FR ne soit disponible (pour l’instant). Mais si le pitch vous fait frétiller, si vous avez confiance en votre niveau d’anglais, foncez. C’est du style imprimé, et ça se sniffe.

En ce qui me concerne, j’ai déjà commandé le second volume.

BUY STAGE !!!

12€ en VO.

1235 – We Had Good Fish

Cette année, deux journalistes de GQ sont passés au bureau pour une interview. Ce fut une des plus grande déception de ma vie. Je m’attendais à de fringants gaillards, qui allaient nous foutre la honte sur six générations question style. Oui mais non. A la place on a eu deux trentenaires passés, petit ventre, début de calvitie, combo jean-polo sur baskets. Des gens normaux, pas moins, mais clairement pas plus. Alors que mon univers se fissurait, que la réalité s’émiettait en petits morceaux autour de moi, j’entendais l’écho de la voix de mes parents : « fais ce que je dis, pas ce que je fais ». Les magazines masculins se foutent de nous, de moi. Alors quand, un peu plus tard, j’ai vu le boss de Madmoizelle monter un pendant masculin, Gentlemec.com, avec l’ambition de « pas être comme dans les magazines » je voulais en être.

Je voulais dire ce que je fais. Ce qui tombait bien, puisque le patron était d’accord.

Si je vous raconte ça, c’est que Gentlemec a fermé ses portes. D’ailleurs à court-moyen terme la petite dizaine d’articles que j’ai écrits là-bas ne sera plus accessible. Ce qui tend à prouver que sur Internet comme dans la vie, rien n’est immortel et qu’à la fin on sera plus que poussière, même 2.0. C’est con parce que je vous ai pas dit, mais j’ai écrit ça depuis la dernière fois :
- Un article sur la première saison de Terra Nova
- Un article sur le retour de SSX sur Xbox/Playstation
Donc allez les lire maintenant parce qu’après ça ne marchera plus et je ne sais pas si j’aurais le courage de faire un backup. Sorti de son contexte, ça serait un peu triste. J’aimais bien l’idée d’avoir un bac à sable pour parler jeux vidéo, séries, problématiques masculines. Ca faisait plus sens que sur mon propre blog. Surtout, c’était dans la tronche d’une autre audience.

Gentlemec m’a apporté, littéralement, de nouveaux lecteurs. Tout comme mon incursion ailleurs en a ravi d’autres, contents de me voir essayer autre chose ailleurs. Cette diversification était chouette. Un plaisir personnel et j’espère partagé. Mais Gentlemec c’est fini. Parce que le patron passait trop d’énergie dans un projet qui n’avançait pas à la hauteur des ambitions mises à l’intérieur de lui. Parce que la ligne éditoriale n’était peut-être pas assez définie, le format peut être pas assez clair. J’ai bien une ou deux idées. Je ne vois pas pour autant l’intérêt de refaire le match. Surtout quand j’ai adoré mes quelques mois là-bas et que ça m’a fait comprendre le plaisir de l’ubiquité. Pouvoir me recentrer sur mon propre blog pour ceux qui s’intéressent à ma petite vie et partager mes passions ailleurs, sur de plus gros médias, là où je n’ai pas d’importance et où seul le papier compte.

C’était bien. Merci patron comme on dit. Merci à ceux qui m’ont suivi là-bas et ceux de là-bas qui m’ont suivi ici. En attendant la prochaine aventure.