1191 – Book Review 198

J’aime pas trop Louise Bourgouin. Et je vous dis ça comme je vous dirais « j’aime pas trop le brocolis », à savoir de manière infantile. Elle ne m’a rien fait, je ne la connais pas, mon avis n’est qu’un truc alimenté par des ressentis et des ragots. N’empêche, elle m’a presque coupé l’envie d’aller voir le dernier film du très doué Rémi Bezançon. Un heureux évènement est adapté du roman du même titre de Eliette Abecassis. Flippé à l’idée que Louise me gâche le film, j’ai préféré lire le bouquin avant. C’était pas trop galère, le livre est dispo à 5€ en poche, et ses 140 pages se bouclent en moins de deux heures de métro. Pour moi c’était aussi une façon de voir ce qui a pu attirer Bezançon dans le livre, et jouer au jeu des différences après être allé voir la version avec des images qui bougent.

Un heureux évènement raconte l’histoire vraie d’Eliette d’une femme qui est amoureuse, alors elle accepte que son mec lui fasse un enfant. Elle est thésarde en philo, il est galeriste dans le marais. Très vite la grossesse vient chambouler leur couple. Elle est trop occupée à pouponer pour bosser sa thèse, il est obligé de prendre un « vrai » travail pour payer les nouveaux frais. Et parce que la jeune mère supporte difficilement son nouveau statut, l’amour entre les deux parents s’effrite.

Je ne peux pas mettre plus de résumé, parce que sinon il faut que je raconte la fin. Mais en gros, Un heureux évènement, c’est sur la survie du couple post bébé. Quelqu’un m’a fait remarquer qu’il faut être un peu taré amoureux pour faire un môme quand la situation professionalo-financière du couple n’est pas stable. Si je vous répète ça, c’est qu’il semblerait que cela joue. D’une parce qu’avec du cash, tu t’en tires mieux. De deux parce que quand, plus tard, l’héroïne se plaint de ne voir personne et de jamais sortir de chez elle, elle peut s’en prendre principalement au combo thésarde-maman. Avec un job « bateau » de bureau, elle sortirait de la maison. La situation sociopro du couple est d’ailleurs la plus grosse trahison du film vis-à-vis du bouquin. Le mari n’est plus galeriste mais travaille dans un video club et tous les aspects liés à la culture juive (morale, entourage, réflexions, voisins) de la mère passent à la trappe.

On gagne en populisme ce qu’on perd en identité de l’histoire.

Un film ça coûte plus cher qu’un livre, il faut ratisser un peu plus large (chez les gens qui aiment pas les gens pas comme eux). L’autre différence majeure avec le livre, c’est la violence ordinaire du couple qui a été revue à la baisse. La jeune maman du film va beaucoup moins loin avec « un autre homme », crie et insulte moins fort. A la sortie du livre, je ne pouvais m’empêcher de me dire que, quand même, le pétage de plomb de l’héroïne elle l’avait « un peu » cherché quelque part. Dans le film c’est moins évident, plus doux et encore une fois plus proche de la vraie vie des gens normaux.

Dans tous les cas mon sentiment au final aura été positif sans plus (bien mais pas top, comme on dit à Cannes). L’histoire est toute petite, l’angle intéressant et ça développe quelques bonnes idées et réflexions. Mais avec un court livre et un film un peu trop lissé, on n’ira pas plus loin. Ce qui est déjà franchement pas mal, vu le reste de la production ciné/livres actuelle. D’ailleurs après une demi-heure d’agacement j’ai fini par tolérer Bourgouin au ciné, qui trouve là son meilleur rôle jusqu’ici (gagnage de points).

Que vous lisiez ou regardez Un heureux évènement, vous en aurez pour les même quatre-vingt dix minutes. Au final, ça les vaut largement.

1131 – Book Review 179

Mon fonctionnement est un peu pourrave. Pendant des années on m’a rabattu les oreilles à propos du Trône de Fer, la saga médiévale épique de Georges R R Martin. L’immensité de la tâche (quatre volumes de mille pages en moyenne) et mon apathie vis-à-vis de la fantasy on fait que je ne me suis jamais lancé. Ce qui ne m’a pas empêché de suivre avec attention la mise en route de l’adaptation TV diffusée actuellement sur HBO. Entre le budget de luxe et le casting classieux, je ne pouvais que regarder. Et donc me prendre la baffe annoncée par mes amis. Là où mon fonctionnement est pourrave, c’est que ma TV a plus d’influence que mes proches, vu que j’ai chopé le premier livre (sorti en deux tomes chez nous) histoire de le lire avant d’arriver au bout de la série.

Avance rapide trois semaines et 785 pages plus tard.

Sur le continent de Westeros, les saisons peuvent durer des années tandis que les rois défilent sur le Trône de fer. Le régent actuel, Robert Baratheon, vient de perdre sa Main, son plus fidèle conseiller. Il marche alors jusqu’au nord pour demander à son meilleur ami, Eddard Stark, de devenir sa nouvelle Main. Les Starks sont honorables et fiers, aussi Eddard n’a d’autre choix que d’accepter, quitte à laisser derrière lui le Mur, qui sépare les Septs Royaumes des monstruosités qui habitent les terres gelées du nord. Il se pourrait surtout que l’ancienne Main ait été assassinée par la Reine et son frère, tous deux issus de la maison des perfides Lannisters. Eddard doit enquêter, au risque d’être le prochain sur la liste.

Bon, là je vous l’ai fait simple, mais il y a une bonne demi-douzaine d’histoires parallèles dans le bouquin avec autant de personnages fascinants (big up au nain et au bâtard). Par exemple l’exil de la princesse déchue Daenerys ne croise à aucun moment directement l’intrigue principale. Oui parce que c’est une saga : A Song Of Fire And Ice. Et A Game Of Thrones n’en est que le premier volet. D’ailleurs le livre ne se termine même pas sur une résolution ou un suspense. Non. Les pions sont simplement mis en place pour la suite de la partie. L’auteur part du principe que le lecteur va lire la suite. C’est à la fois frustrant (tout ça pour ça) mais confère un côté homogène à l’ensemble (va lire le chapitre suivant). En ce qui me concerne, parce que j’ai envie de lire autre chose que A Song Of Fire And Ice jusqu’à septembre je crois que je vais m’accorder une pause, profiter déjà de la série TV.

Même si, forcément, l’adaptation qui me semblait si luxueuse et fouillée me paraît à présent cheap et expéditive.

Parce que le livre est effectivement exceptionnel. Je suis sidéré par tout le travail de worldbuilding, avec un historique détaillé et des dizaines de personnages qui vont et viennent. La tâche a dû être titanesque et en tant que lecteur je me suis parfois perdu. Martin se permet même quelques fulgurances de style par ci par là, donnant un cachet littéraire pas déplaisant à l’œuvre. Le seul point qui m’a parfois gêné, c’est que l’auteur adopte le point de vue d’un personnage différent (huit en tout) par chapitre, et quand le personnage en question ne m’intéresse que trop peu, le chapitre devient pénible à lire. Mais c’est vraiment histoire de râler un peu.

Je ne doute pas une seule seconde de mon futur achat de A Clash Of Kings. Sûrement l’année prochaine, avant la diffusion de la saison II sur HBO. Pour pouvoir râler que « pfff, ils ont trop viré des trucs importants tsé ».

BUY STAGE !!!

J’ai lu ressort la saga en version « intégrale », comprendre pas en kit. A Game Of Thrones est donc dispo pour 14.16€. Ca les vaut.

TV TRAILER STAGE !!!

1115 – Intermedium

Maintenant que le sublime One Day de David Nicholls est disponible en français, j’espère que vous l’avez tous lu. En tout cas je sais qu’il circule pas mal dans mes amis et qu’ils/elles en sortent tous sous le charme. Si je vous en reparle c’est que le film est en tournage et que je le sens moyen. Déjà Anne Hataway, non. NON. Ensuite, je vois mal comment adapter fidèlement la structure du livre, qui raconte vingt ans en vingt fois avec chaque fois deux points de vue. Je vois mal le film découpé en vingt sketches sur deux heures. Il va forcément falloir feinter. Il va forcément falloir bidouiller avec l’exercice de style qui confère une bonne partie de sa saveur au livre. Donc vous devez le lire. Avant de vous faire spoiler par le film. Juste faites-le.

On reproche beaucoup de choses à la littérature anglo-saxonne. Notamment qu’au pays d’Hollywood, les écrivains pondent des bouquins prêts à être filmés. Ce qui est une façon hyper méprisante de dire qu’un livre avec une structure claire, c’est sale. Ce qui est une réflexion de merde. Mais qui a le mérite de poser la question de la spécificité du medium. Il est en effet possible d’écrire des romans qui tirent partie du format littéraire pour adopter une structure impossible à retranscrire telle quelle dans un autre medium. Par exemple le neuf mille fois très bon roman Crocs (aussi en français) est en cours d’adaptation ciné. Le livre est écrit en poésie, pas seulement dans les dialogues mais dans les descriptions, la narration. Tout ça va passer à la trappe d’une façon où d’une autre sur pellicule.

A mon petit niveau, je me rappelle lorsque mon prof d’écriture m’a complimenté sur mon premier manuscrit. C’est super, c’est très visuel, tu devrais écrire des scripts de cinéma ! Fuck. Deux manuscrits plus tard et là je bosse (péniblement) sur quelque chose qu’il serait impossible de transposer en l’état. Il faudrait faire des compromis, refaire les fondations, tout réorganiser et foutre en l’air l’une des vraies idées de structure qui fait tenir les chapitres entre eux. Dans le même ordre d’idées, j’ai trié mes vieux scenarios de bande dessinée. Les trois quarts pourraient être repris en prose, sans aucun problème. Pourquoi pas, un jour. Mais un ou deux d’entre eux sont dans des formats qu’on ne peut pas transposer. A moins d’altérer la base même de ce pourquoi ils m’intéressent.

Je ne pense pas qu’une histoire soit moins intéressante parce que moulée dans une structure familière, ou simple. Tout comme un style se contrefout du format pour briller. Mais ça m’intéresse aussi de voir jusqu’où on peut pousser la technique, si l’on utilise à fond toutes les spécifités d’un medium. L’art est autant expérimentation qu’efficacité. Et il est possible d’exceller dans les deux comme de se planter dans les deux.

Tout ça pour dire que vous devez lire One Day et moi je dois écrire mon truc.