
Le patron des éditions Stock a déclaré qu’il fallait interdire la vente de livres en ligne le même jour où Amazon a annoncé avoir signé son premier auteur dans sa propre maison d’édition. C’était jeudi.
L’univers à la sens de l’humour et le karma est une pute.
Je me souviens avoir acheté un livre des éditions Stock, qui se trouve être un grand éditeur, qui compte, avec plein de beaux auteurs. J’avais entendu parler du dit roman en retard, sur internet, et j’ai galéré pour le trouver dans deux librairies avant de le commander sur Amazon. D’après Jean-Marc Roberts, le directeur de la maison Stock, je m’y suis pris de travers. Car selon lui « La vente en ligne, c’est ce qui va peu à peu détourner le lecteur de son vrai libraire et donc, de la littérature ». Ce qui le pousse à conclure « Je pense qu’il faut se battre sur le lieu unique ». Les livres aux libraires, les déodorants aux déodoristes et le capitalisme sera bien gardé.
Autant dire que j’en menais pas large avec mon livre recommandé par un ordinateur froid au lieu d’un chaleureux libraire, et commandé chez l’ennemi. L’espace d’un instant je me suis demandé si Amazon allait accepter de me le reprendre.
Le fait est que dans le vrai monde, on n’a pas tous une librairie pas loin de chez nous, avec un libraire qui nous connait et qui a tous les livres du monde en stock. Et quand bien même, pour un type comme moi qui bosse en banlieue et finit après 19h, la librairie c’est le weekend uniquement. Malaise si l’envie me prend de lire en semaine. Fallait prévoir. La réalité est qu’il existe un public de librairie, que ça fait frétiller d’aller taper le bout de gras et de se faire cajoler. Tout comme il existe un public qui feuillette les recommandations des algorithmes de sites de vente en ligne et vont lire blogs et critiques pour se faire un avis. Et acheter.
Jean-Marc Roberts est éditeur, et à ce titre son boulot est de diffuser la littérature. Peu importe le lieu d’achat et le format d’achat, la seule chose qui doit compter est qu’une personne de plus ait été exposée au dit livre. Sans parler des bénéfices que cela engendrerait pour s’offrir des vacances (dont on/il a toujours besoin) et investir, prendre des risques créatifs. Sauf que pour une raison qui lui appartient, Mr Roberts préfèrerait se couper d’un canal de distribution entier, et du lectorat qui va avec.
Pendant ce temps-là, de l’autre côté de l’atlantique.
Amazon a créé il y a quelques mois sa propre maison d’édition, qui éditera des livres papiers qui pourront être vendus en librairies. Rue 89 posait cette semaine la question « Amazon devient éditeur. Faut-il en avoir peur ? ». Heu… Qui a peur ? Les auteurs seront contents d’avoir une maison de plus dans laquelle espérer signer. Les lecteurs seront contents d’avoir plus de livres sur les étals. Le public de Rue 89 doit donc être composé en majorité de libraires et d’éditeurs. Les libraires n’aiment pas vendre les livres de leurs concurrents : ça leur fait de la pub et ça les forces à leur payer une marge. Avant de s’insurger, n’oublions pas l’histoire : car beaucoup d’éditeurs ont commencé en étant des libraires qui éditaient leurs propres ouvrages. C’était au siècle dernier, à Paris.
Quand je parlais du karma et de l’ironie de l’univers.
Sinon oui, je comprends Jean-Marc Roberts et ses collègues qui voient d’un mauvais œil l’arrivée d’un nouveau concurrent disposant de son propre canal de distribution. Alors qu’au même moment il existe une entente française au niveau des éditeurs de littérature pour qu’ils vendent eux-mêmes leurs livres numériques. Ils sont éditeurs et distributeurs. Ils reprochent donc à Amazon de faire avec le papier ce qu’ils essaient de faire avec le numérique. OUPS.
Jeudi dernier les éditions Amazon ont signé leur premier auteur : Tim Ferris, un mec qui vend plusieurs MILLIONS d’exemplaires de chacun de ses livres. Peu importe ce que pensent ou espèrent les acteurs du livre. Amazon ne va pas perdre. La bataille pour empêcher le géant de s’implanter en tant qu’éditeur est finie avant même d’avoir commencée. Les éditeurs et libraires refusent d’admettre une simple vérité, pourtant connue de chaque gamin de six ans qui joue à Pokemon : si tu n’évolues pas, tu meurs.
Si la concurrence est bonne à une chose, c’est de forcer à l’innovation. Gens de l’édition et de la distribution, au lieu de freiner des deux pieds, retroussez-vous les manches et innovez. Faites comme avant mais en mieux, en nouveau.
L’écrivaillant et le lecteur que je suis ne demande que ça.
Parce que je vous aime bien en vrai.



