1142 – Do Anything

Le principal problème pour un wannabe, c’est qu’avant de prétendre à être quoi que ce soit, il faut avoir un truc à montrer pour être un minimum crédible. Syndrome du type qui t’explique régulièrement qu’il veut devenir scénariste/réalisateur/écrivain/musicien mais qui ne va au bout d’aucun projet. L’idée du rêve lui suffit, puis ça évite de se manger les rejets, la jalousie et tout ce qui va avec le fait de sortir la tête de son trou confortable. J’en connaissais dans la BD, j’en connais dans la littérature et j’en croise quelques-uns dans le cinéma. La semaine dernière, Nicolas Laquerriere a changé de camp. Il est passé du rôle de celui qui nous parle de ses scénarios de films à celui qui a pondu un vrai truc qui existe. Suck It est une web-série qu’il a porté avec sa camarade Lucie Vailly et plein d’autres gens cools. Un projet hors de tout contexte scolaire, de tout concours ou appel à contributions.

Et en plus c’est pas mal.
Rapide présentation vidéo.

Comme à aucun moment il n’explique de quoi ça parle, je vous fait le pitch rapidement. En gros c’est l’histoire d’une fan de Twilight et d’un fan d’Harry Potter qui se déclarent la guerre. Oui alors là je précise que Nicolas est fou. C’est un type prêt à partir en guerre pour défendre sa croyance selon laquelle on dit « un grec » et non pas « un kebab ». Il aime pas Zombieland sinon, et défend la carrière d’Eddy Murphy avec la plus grand mauvaise foi du monde. Heureusement pour lui c’est un serial killer de la punchline, la réplique qui tue. Comme c’est la plupart du temps vulgaire et à contre-courant total de ce qu’attendent les vrais gens du cinéma, je me suis toujours demandé s’il finirait par se planter ou se calmer. Et je ne peux qu’applaudir sa capacité à avoir trouvé une troisième solution : tout faire lui-même. Oui, Suck It est une idée complètement débile, avec des répliques abominables (mais drôles), le genre de trucs que personne irait produire. Mais ça existe. C’est là, dans vos internets.

Genre si tu cliques ça commence.

Et au final c’est plutôt joli, bien filmé et drôle. Bien sûr, première expérience oblige, on peut taper sur le jeu d’acteur, les problèmes de rythme, quelques enchaînements de plans chelous et un ou deux problèmes de synchro sonore. Ça ne m’a pas empêché d’aller au bout avec plaisir. Et il parait que ça s’améliore d’épisode en épisode.

J’ai entendu parler de Nico quand il sévissait sur le forum DVDRama, avant qu’on invente Facebook et Twitter. L’époque où il fallait luter et gesticuler pas mal pour exister sur le web. J’étais fan du personnage, de l’humour débile et de l’abus de mauvaise foi. A force j’ai fini par lui parler, à découvrir ce sur quoi il bossait, les différents projets qu’il envoyait aux chaines, aux producteurs. Autant d’efforts invisibles jusqu’ici. Alors je survalide Suck It, dans ses défauts comme dans ses qualités. Parce que c’est là, et que web SERIE oblige, on va avoir plein d’autres épisodes. La prochaine fois qu’on demandera à Nicolas s’il peut prouver qu’il est scénariste/réalisateur il pourra imprimer le lien youtube de la série et étouffer le type avec (très 1.0 j’en conviens).

En attendant de percer pour de bon.

1035 – How Do You Know

- Comment tu sais que tu es bon ?

C’était jeté comme ça, entre le croque et l’absence de dessert, la question à un million. Comment est-ce que moi, Matthias, je sais que ce que j’écris c’est bien ? Comment je sais que je suis bon ? J’ai eu un moment de pause, à réfléchir non pas aux arguments que j’allais pouvoir dérouler, mais à comment présenter la seule et unique bonne réponse à cette question. Parce qu’en vérité, si vous répondez quoi que ce soit d’autre que « parce que je le sais », vous avez tort, vous êtes à côté de la plaque. Accessoirement vous n’avez pas vu Matrix, et n’avez pas retenu que l’on n’est pas le meilleur quand on le croit, mais quand on le sait. Ce qui fonctionne pour le meilleur fonctionne aussi pour toute barre arbitraire au dessus de laquelle on veut se trouver.

Je discutais de ça il y a quelques temps avec Navo, qui me disait qu’en vrai, j’étais un faux modeste. Mais pas que moi, tout le monde, dans un monde où il est quasiment impossible de s’affirmer sans passer pour un vantard ou un prétentieux. Le fait est que pour essayer quelque chose, un concours, un scénario, un roman, un spectacle, il faut à un moment savoir que l’on est au niveau. Sinon on ne tente pas, on n’envoie pas, on laisse le temps passer et on fait autre chose. Chaque type qui a un jour essayé, savait sur le moment, au moins au fond, qu’il était bon. Même un bref instant, la minute furtive où l’on envoie un mail, l’après midi où l’on fait le tour des éditeurs, le weekend dans un festival à démarcher. Le plus drôle, c’est que bien souvent, la plupart du temps, ils ont tort, j’ai tort. On est peut-être bon, mais pas assez. Sauf que c’est pas le problème.

L’important c’est de croire qu’on sait, assez pour agir.

Bien sûr, parfois, on l’est pour de vrai, bon. On accumule des bribes de compliments, des preuves, tel un détective de sa propre personne. On construit un dossier, une somme qui prouve la valeur. La personne en face ne se satisfait forcément pas de la réponse qui vient des tripes. Elle n’a de sens que pour vous. Alors on déroule les témoins, les pièces à conviction, et au bout d’un moment, votre interlocuteur finit par vous croire. Vous avez démontré votre valeur. Et c’est aussi pratique dans les moments de doute, de se raccrocher à quelque chose de plus tangible qu’une confiance en soi qui va et qui vient. Tout comme on sait que quand on croyait être assez bon quelques années plus tôt, on ne l’était pas vraiment. Mais maintenant c’est différent, cette fois on sait. On sait qu’on est bon.

Alors la prochaine fois qu’on me posera la question, avant que j’explique en long, en large et en travers pourquoi je suis bon, j’aurai un sourire un coin. Le même que vous avez. Quand vous savez que vous êtes bon.

Que ce soit vrai ou pas.

911 – Happimp Birthday

Une dizaine de jours plus tôt, c’était le fêtage de l’anniversaire de pimp. Trois dizaines, ça se célèbre au restaurant, avec une très grande table et des filles bien habillées. Pour compenser le fait que j’étais en tee, j’ai mangé une salade pour faire plus adulte. Les gens ont bu (parfois trop) et discuté. Good times. Sur le chemin du retour, Pimp remarquait à voix haute que peu importe l’âge des invités en présence, chacun avait encore quelque ambition plus ou moins artistique. On a le chanteur qui va sortir un album, celui qui devrait en pondre un, le musicien qui cherche un groupe, la chef de projet qui veut tout plaquer pour un job avec plus de sens etc… Autour de la table on a échangé nos idées et envies à plus ou moins long terme. En vrai, dans nos petits cœurs, on y croyait un peu tous.

Souvent je demande aux gens ce qu’ils voulaient faire quand ils étaient mômes. C’est ces individus qui ne savent pas trop quoi te raconter sur eux. Tu essais de faire connaissance et ils se résument en quelques mots. Genre j’ai pas de passion, pas de tics, pas de truc qui me fait vibrer au fond. C’est encore plus pénible quand il s’agit d’une jolie fille à qui tu essaies de trouver une jolie personnalité. Alors je pose la question, à l’époque où tout n’était que rêves lointains, tu voulais faire quoi ? Ce qui m’étonne le plus, ce n’est pas tant la réponse que parfois l’absence de réponse. Pas que les gens aient oublié, juste, c’est si difficile pour eux d’aller déterrer ce bout d’ambition abandonnée, ce plaisir simple disparu. Ça en est désespérant. Il arrive même qu’il n’y ait plus rien à faire. Plus rien à en tirer.

Je me souviens de l’appartement d’une amie à Lyon. Elle avait encadrée une variation de cette phrase débile : Il est important d’avoir des rêves grands, pour ne pas les perdre de vue. Aussi cliché que ça puisse paraître, je restais bloqué en face, souvent, à réfléchir intensément à la question. Tout comme j’ai pu cogiter en lisant moult articles de blogs sur comment atteindre ses rêves (les découper en une suite de petits rêves pour permettre d’atteindre régulièrement des buts par exemple) ou qu’est-ce qui différencie ceux qui réussissent des autres (en gros, ils y croyaient plus que tout). En ce moment je suis en cours avec plein de gens que je ne connais pas. J’ignore tout de leurs rêves, leurs ambitions, s’ils en nourrissent des plus complexes que bosser dans le market et être très riche avec des responsabilités. Au moins, à l’anniversaire de Pimp, on en parlait tous librement, des aspirations et d’où on en était.

Bien sûr, ces moments là servent avant tout à se rassurer. Je dis que j’écris des bouquins et que je veux en sortir plein pas pour impressionner la personne en face avec mon CV artistique minable d’écrivaillon. Mais j’énonce à voix haute ce à quoi j’aspire. Je fais exister mes espoirs ailleurs que dans mon cerveau. Et en échange j’écoute ceux des autres.
Quand Pimp à pointé du doigt que l’assemblée entière avait des projets artistiques, il le disait sur un ton de fierté. Peu être de penser qu’à trente balais nous sommes encore des work in progress au lieu de simplement grimper un organigramme prédéterminé dans une boîte inhumaine. Ou simplement d’être entouré de personnes qui lui ressemblent, et qui le valident. Qui nous valident. Il, je, nous, ne sommes pas seul. A vingt-quatre ou trente piges, on rêve encore.