Le principal problème pour un wannabe, c’est qu’avant de prétendre à être quoi que ce soit, il faut avoir un truc à montrer pour être un minimum crédible. Syndrome du type qui t’explique régulièrement qu’il veut devenir scénariste/réalisateur/écrivain/musicien mais qui ne va au bout d’aucun projet. L’idée du rêve lui suffit, puis ça évite de se manger les rejets, la jalousie et tout ce qui va avec le fait de sortir la tête de son trou confortable. J’en connaissais dans la BD, j’en connais dans la littérature et j’en croise quelques-uns dans le cinéma. La semaine dernière, Nicolas Laquerriere a changé de camp. Il est passé du rôle de celui qui nous parle de ses scénarios de films à celui qui a pondu un vrai truc qui existe. Suck It est une web-série qu’il a porté avec sa camarade Lucie Vailly et plein d’autres gens cools. Un projet hors de tout contexte scolaire, de tout concours ou appel à contributions.
Et en plus c’est pas mal.
Rapide présentation vidéo.
Comme à aucun moment il n’explique de quoi ça parle, je vous fait le pitch rapidement. En gros c’est l’histoire d’une fan de Twilight et d’un fan d’Harry Potter qui se déclarent la guerre. Oui alors là je précise que Nicolas est fou. C’est un type prêt à partir en guerre pour défendre sa croyance selon laquelle on dit « un grec » et non pas « un kebab ». Il aime pas Zombieland sinon, et défend la carrière d’Eddy Murphy avec la plus grand mauvaise foi du monde. Heureusement pour lui c’est un serial killer de la punchline, la réplique qui tue. Comme c’est la plupart du temps vulgaire et à contre-courant total de ce qu’attendent les vrais gens du cinéma, je me suis toujours demandé s’il finirait par se planter ou se calmer. Et je ne peux qu’applaudir sa capacité à avoir trouvé une troisième solution : tout faire lui-même. Oui, Suck It est une idée complètement débile, avec des répliques abominables (mais drôles), le genre de trucs que personne irait produire. Mais ça existe. C’est là, dans vos internets.
Genre si tu cliques ça commence.
Et au final c’est plutôt joli, bien filmé et drôle. Bien sûr, première expérience oblige, on peut taper sur le jeu d’acteur, les problèmes de rythme, quelques enchaînements de plans chelous et un ou deux problèmes de synchro sonore. Ça ne m’a pas empêché d’aller au bout avec plaisir. Et il parait que ça s’améliore d’épisode en épisode.
J’ai entendu parler de Nico quand il sévissait sur le forum DVDRama, avant qu’on invente Facebook et Twitter. L’époque où il fallait luter et gesticuler pas mal pour exister sur le web. J’étais fan du personnage, de l’humour débile et de l’abus de mauvaise foi. A force j’ai fini par lui parler, à découvrir ce sur quoi il bossait, les différents projets qu’il envoyait aux chaines, aux producteurs. Autant d’efforts invisibles jusqu’ici. Alors je survalide Suck It, dans ses défauts comme dans ses qualités. Parce que c’est là, et que web SERIE oblige, on va avoir plein d’autres épisodes. La prochaine fois qu’on demandera à Nicolas s’il peut prouver qu’il est scénariste/réalisateur il pourra imprimer le lien youtube de la série et étouffer le type avec (très 1.0 j’en conviens).
En attendant de percer pour de bon.
Je discutais de ça il y a quelques temps avec Navo, qui me disait qu’en vrai, j’étais un faux modeste. Mais pas que moi, tout le monde, dans un monde où il est quasiment impossible de s’affirmer sans passer pour un vantard ou un prétentieux. Le fait est que pour essayer quelque chose, un concours, un scénario, un roman, un spectacle, il faut à un moment savoir que l’on est au niveau. Sinon on ne tente pas, on n’envoie pas, on laisse le temps passer et on fait autre chose. Chaque type qui a un jour essayé, savait sur le moment, au moins au fond, qu’il était bon. Même un bref instant, la minute furtive où l’on envoie un mail, l’après midi où l’on fait le tour des éditeurs, le weekend dans un festival à démarcher. Le plus drôle, c’est que bien souvent, la plupart du temps, ils ont tort, j’ai tort. On est peut-être bon, mais pas assez. Sauf que c’est pas le problème.
Bien sûr, parfois, on l’est pour de vrai, bon. On accumule des bribes de compliments, des preuves, tel un détective de sa propre personne. On construit un dossier, une somme qui prouve la valeur. La personne en face ne se satisfait forcément pas de la réponse qui vient des tripes. Elle n’a de sens que pour vous. Alors on déroule les témoins, les pièces à conviction, et au bout d’un moment, votre interlocuteur finit par vous croire. Vous avez démontré votre valeur. Et c’est aussi pratique dans les moments de doute, de se raccrocher à quelque chose de plus tangible qu’une confiance en soi qui va et qui vient. Tout comme on sait que quand on croyait être assez bon quelques années plus tôt, on ne l’était pas vraiment. Mais maintenant c’est différent, cette fois on sait. On sait qu’on est bon.
Alors la prochaine fois qu’on me posera la question, avant que j’explique en long, en large et en travers pourquoi je suis bon, j’aurai un sourire un coin. Le même que vous avez. Quand vous savez que vous êtes bon.

