1097 – Agent X

Dans la vie on veut toujours ce qu’on ne peut pas avoir.

Prenez les agents littéraires, alias le truc qui existe chez nous que pour vendre des droits ciné/à l’étranger. Bah j’en veux un. Je sais je l’ai déjà dit. J’ai déjà énuméré tous les avantages à avoir un type qui est payé à la commission et qui va donc suer sa race pour faire toutes les démarches de l’artiste qui n’a plus qu’à rester chez lui à sauter des étudiantes. Plus ou moins. Je me comprends. Enfin. Dans le monde réel pendant ce temps j’imprime en scred un exemplaire de manuscrit, je fais relire à cinq personnes ma note d’intention (aucune d’entre elles n’aura relevé la faute de grammaire) et j’écris avec mes petits doigts l’adresse de l’éditeur sur la lourde enveloppe avant de la poster.

Alors pour conserver un peu de magie dans un monde sinistre, j’appelle tous mes amis de l’édition Agent. Comprenez par là que si quelqu’un me donne ne serait-ce qu’un micro coup de main (rappeller son ex qui a couché avec un type qui a fait un stage dans le service courrier d’un édteur et qui peut être peut me donner un nom), je l’interpellerai toujours comme « Agent », jusqu’à complétion des services. D’une, c’est déjà beaucoup plus valorisant que « contact », « réseau » ou « piston ». Ensuite ça me donne l’impression d’être un génie du mal solitaire qui, derrière son bureau, envoie ses équipes en mission à travers Saint Germain.

A un moment j’avais quand même envisagé d’engager un agent/chasseur de primes. En mode « le premier qui est directement responsable de ma signature gagne XX% au passage. Mais bon, c’est mon côté pistolero du capitalisme ça. Puis vu ce que ça gagne un auteur, je peux promettre un diner au restaurant ça reviendra au même.

N’empêche que je commence des mails par « Agent ! » et que ça me fait plaisir. Je parlais dernièrement des petites motivations qui me font continuer. Mes potes qui jouent le jeu, m’engueulent comme si j’étais un vrai client relou, se démènent et me trouve des bribes de plan, tout ça joue sur le moral. Dans le bon sens.

Si on ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut dans la vie, on peut faire semblant. Ça marche pareil.

817 – An Injury To All

Quand j’étais en cinquième, dans la cour du collège, j’ai été pris à parti par Raphaël. Plus grand. Plus con aussi. Il s’esclaffait sur ma classe, à cracher qu’on était débiles, moches et autres joyeusetés. C’était bas de plafond, en mode « nananananère vous êtes tous des nuls ». Je lui ai dit de se taire. Plusieurs fois. Il continuait, je bouillonnais de rage face au grand con. De nulle part je lui ai collé mon poing dans la gueule. De zéro à sa face en moins d’une seconde. Il a chuté en arrière, s’écrasant sur son cul. Le temps qu’il comprenne ce qui s’était passé, j’avais disparu (LIKE A MOTHERFUCKING NINJA !). Pendant deux semaines, dès qu’il me croisait dans un couloir, il mimait une carotide tranchée. Chaque soir il m’attendait à la sortie des cours. Mais il ne m’a jamais eu. Parce que jusqu’à ce qu’il lâche l’affaire, je n’étais jamais seul. Mon crew est resté à mes côtés.

J’ai l’impression qu’à mesure que j’avance dans la vie, parmis la horde de trucs qui disparaissent et les désillusions qui leur sont associées, on perd beaucoup en loyauté. Pas juste la loyauté « okay je dirai pas à ta meuf que tu la trompes ». Non, la loyauté où tu te jettes dans un combat qui n’est pas le tiens, où tu es près à prendre pour ton pote. Je veux dire, dans Final Fantasy VII, y’a une materia (pouvoir magique, sale noob) rien que pour ça : Couvrir. Si c’est une materia de Final Fantasy, c’est que c’est IMPORTANT ! Avec la montée de l’individualisme, c’est un autre dicton qui prend de l’importance : « ça ne me regarde pas ». J’ai l’impression que les gens ont beaucoup plus facilement tendance à dire qu’un conflit ne les regarde pas plutôt que de prendre parti. En même temps, c’est pratique, tu te mouilles pas, mais tu comprends, c’est noble.

Y’a pas longtemps on voyait les gros animateurs de la matinale se désolidariser de Didier Porte et aller se vanter de leur lâcheté individuelle au grand journal. Bel élan. C’est ça le monde du travail. Tout le monde crève de trouille. Le pire c’est qu’on a le même mécanisme sur Internet. La e-réputation est une pseudo ressource qui vaut de l’or. Trop risqué d’aller prendre parti sur Twitter pour défendre un/e autre. Imaginez la perte de followers si le conflit s’éternise ! Imaginez les lecteurs degs d’un blog qui s’en iront parce qu’ils sont dans l’autre camp. Voilà comment je me suis parfois retrouvé acculé, avec des potes qui refusaient de tendre la main. Ça ne me regarde pas, l’autre ne m’a rien fait. Tu peux mourir on comptera les points après. Seulement, parfois, entre real niggas, on se serre les coudes, et un pote peut envoyer un mail de menaces de représailles physiques à un mec dont tu n’entendras plus jamais parler.

Du coup, ça m’est arrivé dernièrement de me mêler de ce qui ne me regardait pas pour défendre ce que j’estime être mon crew. Parce que l’union fait la force, ou simplement parce que parfois, avoir quelqu’un d’autre pour dire « Tu es un connard », « Tu as tort » ou « Ferme ta gueule », ça suffit à vous faire tenir. Au pire, il reste le tag team battle au fond d’une ruelle sombre.

Parce que l’ennemi de mon ami peut facilement devenir mon ennemi, j’emmerde ceux qui se lavent un peu trop facilement les mains. On dit qu’il faut savoir choisir ses combats, ça signifie que parfois, oui, il faut choisir un combat.

A demain le crew.

793 – Live Together, Die Alone

Je suis lundi, il est 6h15 et derrière moi, c’est les pubs ricaines. Celles qui rendent fou. Un peu plus tôt dans la soirée, j’ai pris la décision de regarder Lost en live. J’avais peur des spoilers, bien entendu, de ne pas survivre 24 heures sans me faire éclabousser. Surtout, je crois que j’avais envie de vivre le final de la série en direct, avec le reste de la planète. J’ai mis la main sur une source de streaming en très bonne qualité, j’ai fait suivre les liens et je suis parti chez mon pote Eric brancher mon ordi sur sa grosse TV. Pendant qu’on attendait le début des hostilités, j’ai jeté un œil au chat intégré sur le site. Des dizaines de milliers de fans, de tous les horizons. Des anglais, un hongrois, plusieurs français, un italien etc etc… tous sacrifiant leur nuit pour vivre l’évènement en direct. Sur Twitter alors que l’épisode allait commencer, nous ne faisions qu’une bande : les fans de Lost, autour du monde, prêts en même temps.

Je me souviens du pilote de Lost. Le truc avait buzzé à mort au ComiCon, à l’époque où les studios n’allaient jamais au ComiCon. Le bouche à oreille a purement et simplement lancé le téléchargement des séries en France. L’activité pirate que je pratiquais depuis trois ans et qui faisait de moi un gros geek. Grâce à Lost, c’est devenu non seulement cool de mater des séries sur Internet, c’est devenu indispensable. Donc, merci pour ça les gars. Avant le final sur ABC ils nous ont collé deux heures de récap’. D’où la légère impression de voir six ans de sa propre vie défiler devant ses yeux. Je me souviens de l’été où j’ai fait découvrir le pilote à ma première vraie petite amie, dans ma garçonnière. J’ai réalisé que depuis le début de Lost je suis allé à deux enterrements, et qu’au moins une des personnes dans le cercueil regardait la série. Tu parles d’un truc fucked up.

C’est ça le truc avec les séries qui vous marquent. A la manière d’un bon CD, d’un livre de chevet ou d’un ticket de cinéma déchiré, elles font partie de votre existence et traînent des tonnes de souvenirs collatéraux. Sûrement pour ça que j’ai appelé Eric, que je lui ai proposé de passer chez lui. Pour créer un moment à la cool en rab’. Et bordel ce que c’était epic ! Les hurlements quand la connexion a été perdue en plein milieu d’épisode, le suicide collectif sur Twitter quand le son a disparu pendant deux minutes et qu’on est tous devenus des super lecteurs de lèvres. Une pensée pour la horde de pubs, le truc méga scandaleux, au point que les ricains eux-mêmes aient gueulé sur le net. Chaque pause était un prétexte pour se resservir un coca, commenter les cinq dernières minutes ou checker ce que pensaient les autres sur Twitter. Je suis finalement rentré à pied alors que le soleil se levait sur Paris, les rues désertes.

Quant à l’épisode en lui-même, c’est trop tôt pour en parler. Tout ce que je peux dire deux heures après la fin de diffusion, c’est que je suis on ne peut plus satisfait, et impressionné. Bien sûr ça rage déjà sur le net. Certains n’ont pas compris correctement la fin, d’autres ont pigés mais n’adhèrent pas du tout. Puis il y a ceux avec qui j’ai hurlé ma joie au téléphone sur le chemin du retour tellement on était en transe. Demain j’aurais commencé à décanter mon expérience. Et dans quelques jours, on fera un debriefing, si ça vous intéresse

Non mais, parce que sérieux, rapport aux théories sur le purgatoire des premières saisons, ils sont quand même très…

Okay okay, la prochaine fois.

Sur ce, il est 7h10. Je vais dormir. On se voit samedi, dans les commentaires.