1070 – Setting Sun

La haute autorité famiale s’est toujours couchée aux alentours des 23h. Un horaire impeccable pour rallumer la TV et regarder Culture Pub (et plus si affinité) en douce. A l’époque de ma première première, c’était aussi l’heure à laquelle je pouvais m’adonner à l’apprentissage du japonais. Comme des centaines de milliers de kikoos, j’avais acheté l’inimitable « Japonais Sans Peine Vol 1 » de Assimil. Un épais petit volume sensé vous filer les bases de la langue en un mois d’exercices quotidiens. A l’heure des internets et du peer to peer balbutiant, j’avais réussi à mettre la main sur les CD audio prévus pour, m’évitant la dépense. Les parents couchés, je rallumais la lumière, essuyais mes yeux et potassais. Oui, je répétais même les plages du disque dans le vide, mais à voix basse. Là je vous en parle, mais en vrai ça n’a duré que deux semaines avant que je ne cède.

Mes problèmes de sommeil au boulot ne datent pas de mes stages dans de grandes multinationales. Non, déjà au lycée, quand bien même assis au premier rang dans un effort vain de me forcer à suivre, je sombrais. Mon faible corps d’adolescent bouffon n’était pas fait pour subir 30 à 45min quotidienne de réveil en plus. Mais je ne pouvais pas pratiquer mon japonais sans peine en plein jour. Déjà, mon frangin se foutrait royalement de ma gueule. La haute autorité familiale me crucifierait, si elle savait que je préférais bosser un truc qui ne comptait pas pour mes études au lieu d’assurer la moyenne au bac. Bref, j’étais coincé. Soit je dormais en cours, soit j’abandonnais le jap. J’ai choisi la sécurité. Forcément. Lorsque j’ai revendu mon Assimil à un ami, j’étais persuadé que ce n’était que temporaire. Après tout, un de mes meilleurs pote était japanophile, il me tirerait vers le haut le moment venu.

Ce fut le contraire. A l’occasion du plus grand dickmove de mon quart de siècle, j’ai découvert à quel point je pouvais haïr. A peu près autant que le force de Sentry : l’énergie de cent mille soleils en train d’exploser. Levant ou couchant peu importe. La rancœur est un poison, et comme tous les poisons, il contamine tout ce qu’il touche. Par association, j’ai haï le Japon. De toutes mes forces. Impossible de manger un sushi, de lire un manga, de regarder un film japonais, de me renseigner sur la culture, tout. Un rejet total, absolu et incontrôlé. Avec lui s’est évaporé ma curiosité, mes affinités, mes questions, mon intérêt. D’instinct j’ai construit un rideau de fer tout autour de l’île, qui n’existait littéralement plus dans mon petit univers. Victime collatérale d’un coupage de pont à l’arme atomique.

Sauf qu’il parait que le temps panse les plaies du passé. J’ai fini par retourner manger des sashimis, par racheter quelques mangas, regarder des films, lire des articles sur le pays, des bouquins, importer des revues, me renseigner. Il aura fallu plusieurs années, un processus long, inconscient, qui m’a ammené jusqu’à Chatelet le mois dernier.

To be à suivre jeudi.

799 – Top 3 Satur… FRIDAY !

On me demande souvent pourquoi je traine encore avec EvilEx, rapport au fait qu’elle est Evil, en fait. Ce à quoi j’ai tendance à répondre un bégaiement pour botter péniblement en touche. Finalement, j’ai réfléchi à la question et j’en fais un beau Top 3 des familles.

Three – CortEx

En fait, EvilEx est plein de culture dans son corps (non je ne parle pas de bactéries). Elle s’y connait autant en classique que je m’y connais en contemporain. A savoir beaucoup. Et l’avantage c’est qu’elle me complète un peu et me force à me bouger mes fesses pour aller voir des trucs d’intelligents, des trucs qui se passent ailleurs que sur mon ordi ou au MK2. Aussi elle utilise plein de mots avec beaucoup de syllabes, des mots que je n’utilise jamais. Quelque part ça me titille toujours le ciboulot de traîner avec des personnes qui ont un vocabulaire un cran au dessus du mien. EvilEx est intelligente et cultivée et sur le principe c’est vraiment pas déplaisant. Même si elle a parfois des gouts de chiotte et des bouquins qui font bien dans sa bibliothèque mais qu’elle a pas lus.

Two – Stockholm Syndrome

J’ai commencé à remarquer ça au bout de quelques mois, le fait que je m’adoucisse vis-à-vis d’elle. Je prétextais ça à mes amis qui ne comprenaient pas comment je pouvais continuer à me flageller socialement de la sorte. Malgré les crasses et autres ignominies, au fil du temps j’ai commencé à lui trouver un bon fond. Elle peut avoir un mot doux, une gentille attention qui vient vous surprendre. Peut-être qu’elle n’est pas une si mauvaise personne, juste, pas pareille. Ou alors je lui donnerais sans m’en apercevoir des raisons de vouloir mordre et me gifler de réparties cinglantes. Si ça se trouve, c’est ma faute ! Moi je dis ça sent le syndrome de Stockholm. A force de trainer avec, de la supporter et de voir ses rouages, je me persuade petit à petit qu’elle a un bon fond.

One – Payback

Y’a des matins comme ça, où je me réveille avec le main theme de Bad Boys dans les oreilles. Okay, c’est tous les matins. Still. Parfois je ne me demande pas si je traine encore avec EvilEx pour lui rendre la monnaie de sa pièce ! Tous ces faux semblants dans le seul but de me venger, d’honorer la loi du Talion. Je pourrais namedroper des noms de filles imaginaires (ou pas) avec qui je couche. Plus simplement je pourrais la frapper, la rouer des coups avant de l’abandonner dans un caniveau. Même si, en vrai, je réplique pas, je bronche pas. Je suis un paladin du kikoolol. J’ai réussi à me persuadé que si j’étais assez gentil avec elle ça finirait par déteindre. Puisque je vous dit que je suis un paladin bisounours !

En fait l’avantage d’EvilEx c’est que même si on ne se comprend pas toujours, on a le mérite de se balancer à la gueule ce qu’on pense vraiment. Ce qui en fait presque une relation plus honnête que la moyenne.

796 – Double Standard

Une dizaine de jours plus tôt, j’étais à une soirée Twitter, avec plein de gens dont quelques relicats de mon école. Dans le tas, une camarade de classe qui aura eu l’amabilité de me présenter à un autre mec : « C’est Matthias, il était dans ma promo avant ». Sur le moment j’ai immédiatement senti le couteau dentelé s’enrouler autour de mes tripes. « Etait », « Avant », « MA promo » : le champ lexical de la trahison, de l’obscur bannissement. Seule la colère d’être réduit « au type qui était là avant » m’a empêché de chuter dans l’abîme de solitude que s’était ouvert sous mes pieds. Puis elle a enchainé avec un autre sous-entendu passif agressif sur mon inaptitude à faire partie de la grande famille de l’école qui, sur le moment, m’a bien chatouillé l’envie de tester la densité de son visage en fonction de la vitesse de mon poing. Etant raisonnable, je suis parti prendre l’air à la place. Puis j’ai hurlé des insanités dans la rue.

La semaine dernière j’ai déjeuné au DoMac avec une camarade d’école, entrée un an après moi, et par conséquent future camarade de classe tout court. Ca m’a fait tout drôle de discuter avancement de mémoire avec quelqu’un qui possède les mêmes deadlines que moi. Elle en est à réfléchir à où faire son stage l’année proche, à ses chances de décrocher un CDD. En gros elle est dans mon rythme, à encore des mois de mes compatriotes qui sont en train de négocier leur entrée dans le monde du travail. J’ai demandé des news des gens de sa classe, les quelque uns que je connais un peu. C’était pas mal, cette espèce de bouffée scolaire, de teasing de l’année prochaine si jamais tout se passe comme prévu. Bien sûr la conversation était un peu étrange. Je ne suis plus vraiment de le type de la promo du dessus, mais pas encore camarade de classe de la promo du dessous.

Me voilà donc depuis presque un an le cul entre deux chaises, la trousse à crayons entre deux promos. C’est un peu bizarre de luter pour ne pas perdre contact avec l’une tout en essayant de prendre contact avec l’autre. Sans parler du fait que, techniquement, mes camarades de classe cette année c’était les gens de Twitter. Entre les ragottages de cul, les clans qui se forment, les pétasses populaires, les nerds, les psychos, je suis un peu retourné au lycée par la force des choses. En septembre pourtant ça sera le retour à la vraie vie, avec des vrais gens que je vais croiser physiquement toute la journée. Au moins c’est bien j’y ai déjà des amis, des ennemis et le concours d’entrée en Master II va y rajouter des nouvelles têtes. Aussi insupportables que soient les gens de manière générale, ça va me faire du bien. Ne serait-ce que pour ne plus avoir l’impression d’errer dans les limbes de la camaraderie.

Dans un an je vous casserai les couilles sur la difficulté de conserver ses potes post études et d’en faire de nouveaux dans le monde du travail bla bla bla. Oui je suis prévisible. Même si là, mon postérieur en équilibre sur deux rebords de chaises, j’en mène pas large.