1212 – Book Review 203/204/206

« Si tu ne peux pas le comprendre sans une explication, tu ne peux pas le comprendre avec une explication. »

Haruki Murakami aura écrit son dernier roman en trois ans, pour commencer à le sortir en 2009 au Japon. C’était cinq ans après son court livre précédent, Le passage de la nuit. Autant dire que l’attente était grande. Le premier tome de 1Q84 tomba en rupture de stocks dès le jour de sa sortie au Japon, pour finir par s’écouler à plus d’un million d’exemplaires. C’est environ le triple du tirage moyen de nos plus gros best sellers. Murakami est l’un des plus grands écrivains encore en vie de la planète. Chacun de ses textes est, de fait, un évènement. De plus, 1Q84 est sorti sous la forme de deux tomes en Mai 2009 et d’un troisième en Avril 2010. Tout ça s’additionnant en un pavé de 1500 pages selon les syndicats et 964 selon la police. Les Japonais ont dû endurer un an d’attente, raccourci à six mois en France et zéro secondes dans le monde anglo-saxon. C’est donc à l’édition américaine que je me suis frotté.

Exceptionnellement, depuis deux ans, j’ai évité toute description de l’œuvre, tout spoiler. En démarrant ma lecture, je ne savais rien de 1Q84. A part que 9 se dit Kyu en japonais et que le titre était un jeu de mot.

Le livre suit le destin de deux trentenaires dans le japon de 1984. Aomame est une instructrice sportive et rééducatrice à domicile. Sa maitrise du corps et ses techniques lui confèrent un talent très particulier, qu’elle met au service d’une vieille aristocrate. Tengo est aspirant écrivain et professeur de mathématique en école préparatoire. Un ami éditeur lui propose de réécrire Air Chrysalis, un premier roman d’une jeune fille prodige, dont le style laisse malheureusement à désirer. Aomame et Tengo vont se retrouver aux prises avec des forces qui les dépassent et s’aventurer dans un monde inquiétant et dangereux. Un univers pas tout à faire comme le nôtre, celui d’1Q84. Chacun des deux personnages étant le héros de sa propre trame, un chapitre sur deux. Le but étant, forcément, d’arriver au point où les intrigues vont s’entremêler.

Ce qui m’aura le plus frappé à la lecture de 1Q84, c’est la structure, d’une complexité et d’une maîtrise hallucinante. Murakami tisse un roman à base d’amour, de sexe, de religion, de mort, de fantastique et parvient à tout lier avec brio. Presque tout est utile, chaque information resservant plus tard, venant compléter un puzzle dont on ignorait l’existence. L’auteur reconnaîtra s’être beaucoup inspiré de Lost en ce sens. Je le crois volontiers. Surtout lorsque j’ai commencé à comprendre que les éléments mythologiques ne seraient pas forcément expliquées, et que ce qui compte c’est le destin des deux personnages plus que la grande histoire de sert de toile de fond. D’où la citation en début de note, tirée du second Tome. Nombre d’éléments d’1Q84 n’ont pas vocation à être explorés jusqu’au bout. Et ne pas comprendre ça, c’est ne pas comprendre le livre.

Les principales critiques du roman se focalisent sur les digressions, très présentes dans la première moitié de la trilogie. Sauf que, ces (parfois longs) passages servent à l’intrigue, souvent plus loin. Ou quand ils ne sont pas « utiles » ils approfondissent les différents personnages. Aomame, Tengo et les autres sont extrêmement bien construits et détaillés. Ils sont de véritables personnes dont le lecteur arrivera à cerner le passé et la personnalité. Cette multitude d’informations est digeste grâce au style simple et sans fioriture de Murakami. Sa figure favorite reste la comparaison, qu’il manie avec un décalage très japonais. Il fait le lien entre deux choses à priori sans aucun rapport pour un esprit et style occidental. Mais cela fonctionne la plupart du temps, et crée un décalage savoureux. Tout comme les nombreux dialogues, calmes et posés. Il y sera beaucoup question d’honneur et de devoir personnel, de ce que chacun doit faire.

Au niveau de la traduction, j’ai remarqué que le niveau de vocabulaire utilisé dans la version française est un bon cran plus haut que dans l’édition que j’ai pu lire. Tout comme un personnage important termine toutes ses phrases par trois points en VF et par un point simple en VA, ce qui change sa perception du tout au tout. Désespoir de ne pas pouvoir lire l’original. Même si petite joie d’avoir pu lire l’intégrale d’un coup au lieu d’attendre six mois à un an. Bien que, pour la défense de la structure de l’auteur, le troisième tome adopte une narration un peu différente, et se retrouve de ce fait « à part ». Une coquetterie qui ne m’aura pas gêné dans ma lecture d’une traite.

Il m’aura fallu pile un mois pour venir à bout de 1Q84, un long triple roman que j’ai lu avec plaisir, sans jamais me lasser ou m’ennuyer. C’est un excellent roman, peut être le meilleur de l’année. Il faudra voir avec le recul. Et si vous n’avez pas peur du fantastique, de la démesure et des mystères inexpliquées, n’hésitez pas et jeter un œil dessus.

Quelle que soit la traduction ou l’édition, cela vaut le coup.

BUY STAGE !!!

Pour la VF passez par là.

Pour la version anglaise je conseille cette édition.

1194 – Book Review 199

Je voulais acheter Si peu d’endroits confortables, de Fanny Salmeron, quand il est sorti l’année dernière. D’une parce que ça avait l’air bien, de deux parce que c’est l’œuvre d’une jeune écrivain, enfin parce j’aime beaucoup ce qu’édite ce coquin de Stéphane Million. Mais quinze euros pour un tout petit livre, c’était trop pour mon budget. Alors j’ai voulu à minima le lire, sauf que personne pour me le prêter. Attente. Sortie en poche cette fin d’été. Même là ce fut pas simple, puisque j’ai dû questionner trois librairies avant de pouvoir trouver un exemplaire au fond d’une étagère. En espérant que ça vaille le coup.

Hannah était en couple avec *. Mais * s’est trouvée un garçon, un anglais, qu’elle a finis par rejoindre à Londres. Alors Hannah déprime, se met à détester Paris. Partout elle écrit « Il y a si peu d’endroits confortables ». Au même moment Joss, un étranger aux cheveux bleus, débarque à Paris. Lui aussi trouve la ville moche. Il était venu pour peindre mais n’arrive à rien dans son étroite petite chambre. Jusqu’à ce qu’il rencontre Hannah, qu’ils sympathisent et qu’elle lui propose d’emménager chez elle, à la place de *.

Ma meilleure amie m’a arraché le livre des mains dans le métro, l’a retourné, a lu le résumé avant de décréter que, ça a l’air nul ton truc, heureusement que tu l’as pas payé cher. Je me suis insurgé. Parce que j’ai beaucoup aimé Si peu d’endroits confortables. Le style est clair, simple, enfantin et doux. Toutes les images sont plus jolies qu’alambiquées et on trouve plein d’idées à chaque chapitre. Le livre est du point de vu de Hannah qui écrit à *, et Joss qui se parle à lui-même. Ce petit décalage dans la narration est un plus intéressant, qui fonctionne mieux que l’intro et la conclusion. La première page du livre nous apprend qu’un des trois personnages s’est donné la mort. Il s’agira au final du plus évident. Dommage. Le dernier chapitre est censé apporter une touche de drame, mais je n’ai jamais été fan des « si seulement tu avais su, à cinq minutes près on aurait évité le drame ». Parce c’est un procédé facile et gratuit.

Trois pages qui m’agacent sur cent cinquante, ça reste bien peu. On lit Si peu d’endroits confortables comme on mange un petit bonbon. Et pour le prix du livre de poche, ça serait dommage de se priver.

Maintenant la question est de savoir si j’achète le nouveau roman de Salmeron au prix fort. Hésitation.

1043 – Book Review 169

candid, adj.
“Most times, when I’m having sex, I’d rather be reading.” This was, I admit, a strange thing to say on a second date. I guess I was just giving you warning. “Most times when I’m reading,” you said, “I’d rather be having sex.”

Nous sommes littérairement en période creuse. Que ce soit en France ou aux Etats-Unis il ne sort pas grand-chose en ce moment. Les reliquats de l’automne trustent les meilleures ventes et il faut ramer pour chasser la nouveauté. Après trois quart d’heures dans la cave d’Amazon US j’ai mis la main sur le nouveau roman de David Levithan. Vous vous souvenez ? Le co-auteur du très chouette Nick & Norah’s Infinite Playlist (regardez le film) et Naomi And Eli’s No Kiss List. Deux bouquins pour ados qui m’avaient bien plu à l’époque. The Lover’s Dictionary est le premier roman pour adultes (comprenez « on parle de rapports sexuels dedans et on dit fuck ») du bonhomme. Aussi sorti, ce mois-ci, aussitôt dans mon Kindle.

The Lover’s Dictionary n’est pas réellement un roman. Enfin si, mais plus proche de l’exercice de style qu’autre chose. Des mots, présentés par ordre alphabétique, sont définis ou illustrés par des morceaux de relation, des anecdotes, des réflexions. L’histoire de ce couple sans nom est racontée de manière non chronologique, se découvre au fil des mots choisis. On comprend comment ils se sont rencontrés, pourquoi ils sont tombés amoureux, ce qui s’est passé à la fin, et quelques indices sur ce qu’il advient de leur couple après. Chaque lecteur choisissant de comprendre ce qu’il préfère.

yesterday, n.
You called to ask me when I was coming home, and when I reminded you that I wasn’t coming home, you sounded so disappointed that I decided to come home.

A l’origine The Lover’s Dictionary était un petit projet de nouvelle pour la St Valentin. Un cadeau de Levithan à ses amis, qui ont tellement aimé l’idée qu’ils l’ont poussé à la pousser. Au final, un livre très très court malgré tout. 224 pages, une par définition, qui peut aller de quelques mots à plusieurs paragraphes. On en vient à bout en maximum 90min. Et d’ordinaire j’aurais hurlé face au prix du truc par rapport à sa durée relative. Mais on sent tellement le vécu, les mots sont si bien choisis, les idées fourmillent de partout, qu’on ne peut pas ne pas aimer. J’ai ri, j’ai serré les dents, j’ai ressenti toutes ces petites choses qui font qu’un roman touche juste.

C’est le rare livre que je regrette de ne pas avoir acheté en hardcover pour pouvoir le prêter. Une idée simple avec une exécution brillante que l’on meurt d’envie de faire suivre. A défaut, je pense que je l’offrirai, plusieurs fois.

15€30 en anglais sur Amazon.fr