Ca y est, Jennifer’s Body sort enfin en galette chez nous. La dernière fois je vous avais expliqué par A plus B en quoi la campagne marketing était malvenue et avait contribué à l’échec du film à travers le monde. Aujourd’hui je vais en rajouter une couche en vous expliquant pourquoi, en fait, Jennifer’s Body est un très bon film. Toute la presse attendait de Diablo Cody, la scénariste de Juno, un nouveau film super malin, super bien écrit et qui flatte le public Télérama. Ce qu’ils ont cru avoir à l’arrivée c’est un bête film de possession, un slasher semi-gore, semi-sexy. Vite vu, vite oublié dans le meilleur des cas. D’où pas mal de déceptions à l’arrivée, ou des gens moyennement convaincus qui me disent que j’ai un peu fumé, que j’aurais laissé mon adoration pour Megan et Amanda m’aveugler (ce qui ne serait pas impossible). J’ai déjà argumenté sur pourquoi le film est l’histoire de la vengeance d’une faire valoir et pourquoi Jennifer n’est que le personnage secondaire. Cette fois-ci je vais vous dire en quoi la quasi-totalité des critiques ciné n’a pas compris le film, en quoi Jennifer’s Body est cent fois plus couillu et profond dans ses thématiques que Juno.

Petit avertissement, je vais pas mal déflorer l’intrigue et décortiquer le scénario. Même si j’espère vous donner envie de voir le DVD, ça va spoiler et faire des tâches. Prenons l’origine du monstre, enfin de la possession. Jennifer est sacrifiée lors d’un rituel satanique par un groupe de rock qui vend son âme contre la gloire, la coke et les putes. L’idée est décalée et cool (pas si loin de la vérité, niveau vendre son âme pour réussir), la scène ridicule et flippante à la fois rend bien. Mais le rituel tourne mal et Jennifer finit possédée par un démon très carnassier. Pourquoi ça merde ? Parce que le rituel demandait une vierge et que Jennifer ne l’était pas. Sauf qu’elle a menti pour plaire au boys band et se retrouve bien punie. Habituellement, dans les films d’horreur, c’est la pucelle qui ne meurt pas (logique machiste puritaine, cliché du genre). Ici si Jennifer avait assumé d’être une salope, ils ne l’auraient pas sacrifié (assumer sa vie sexuelle, féministe et retournement du cliché, très malin). Voilà un des multiples exemples de l’intelligence de Diablo Cody. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Jennifer’s Body est avant tout un film sur les ravages d’une homosexualité refoulée.

Quand Evil Jennifer’s s’habitue a son nouveau statut de possédée, elle finit par ne plus vouloir bouffer que les mecs qu’apprécie Needy, sa meilleure amie. Quand la jeune blonde avoue apprécier l’émo-gothique, Jennifer fait volte face et va draguer ouvertement le garçon qu’elle a méprisé deux minutes plus tôt. Puis quand Needy la rejette, elle décide de s’attaquer au petit ami de sa meilleure copine, autant parce qu’elle est en colère d’avoir été repoussée que pour éliminer la concurrence. Ca y est, on touche le point sensible, l’éléphant dans la pièce. Jennifer est amoureuse de Needy, sentimentalement et charnellement. Comme ce sentiment n’est pas réciproque, elle va du coup s’attaquer à tous les autres objets de l’affection de sa meilleure amie, pour qu’il ne reste plus qu’elle et elle seulement. Et quand on y repense, juste avant la fameuse scène du baiser lesbien entre les deux filles, Jennifer vient d’avouer à Needy qu’elle est possédée par un démon et qu’elle est la responsable des meurtres. Dites, ça ressemblerait pas à une métaphore de coming out ça ?

Jennifer débarque chez Needy, lui avoue tout, son pire secret, parce que « tu es ma meilleure amie », qu’elle lui dit avant de l’embrasser et de commencer à lui agripper les fesses. Libérée de son « secret », elle tente de vivre ses désirs, non partagés. D’où le rejet, d’où l’attaque du petit copain. Mais reprenons les indices dans l’ordre, parce que je ne vous sens pas hyper convaincus. L’intro du film nous apprend que Jennifer se fout des mecs, n’a jamais été amoureuse d’un garçon, joue juste avec. Tiens tiens… Ensuite on a le flashback sur l’enfance des deux filles, où déjà Jennifer domine mentalement Needy, une manière refoulée de manifester ses sentiments vu qu’à l’époque les enfants n’ont pas de notion de faire valoir ou de sexualité. D’un seul coup, les choix de meurtres, toute la logique castratrice de Jennifer dans son moyen d’attirer les mecs à l’écart, le coming out sur sa nature démoniaque et enfin le fait qu’elle se retourne contre Needy au final, tout s’explique putain !

Remettons à présent tout ça dans le contexte de la vraie vie. Diablo Cody était strip-teaseuse avant d’être scénariste. Son crédo c’est le féminisme, le droit des femmes, le jouissez sans entrave et faire tomber les taboux. Même que c’est pour ça que la presse l’adore. C’est con, au lieu de faire les moutons ils auraient pu se pencher sur l’œuvre, qui se tisse bel et bien de film en film. De là à dire que le critique moyen se branle sur la forme et non le fond et pour qui un film de genre ne vaudra jamais une branlette indé… Car au final, que nous apprend Jennifer’s Body ? Que ne pas assumer sa vie sexuelle fait de nous une victime des hommes et que trop refouler ses sentiments homosexuels peut conduire droit à la catastrophe. Juno nous expliquait que l’avortement n’est pas toujours une solution et que, heu… les gamines c’est trop intelligent. Alors, des deux, lequel est le plus subtil et le plus osé ?
Voilà. C’est ce que je me tue à dire.
En plus c’est bien joué, bien réalisé, fun, gore, sexy et complètement sans prise de tête au premier degrès. Que demande le peuple ? Des DVDs (et des bons journalistes aussi, mais on peut pas tout avoir).






