Ben Brooks est un anglais de dix-huit ans. Il a le cheveu brun, la peau encore un peu grasse et bafouille quand on le place face à une caméra. Ben a plus ou moins publié (= autoédité + microédité) quatre romans et si j’avais assez d’argent pour me payer l’aller-retour en Eurostar j’irais sonner chez lui pour lui coller mon poing sur la gueule. Parce que Brooks est un petit con, qu’il écrit très bien et que je suis jaloux. Grow Up est son cinquième livre, le premier à sortir chez un éditeur reconnu en Angleterre. Preuve que la persévérance paie. Même si le bouquin est édité directement en poche, preuve que l’éditeur teste le lectorat, c’est ce qu’on appelle la consécration. Disponible aux UK début juillet, j’ai pu le lire (nettement) en avance.

Jasper est un adolescent anglais de 17 ans avec deux buts distincts dans la vie : sauter la plus jolie fille de son collège et prouver que son beau-père est un assassin. En attendant, il passe ses soirées sur Internet à tenter de convaincre des filles sur des sites de webcam de lui montrer un bout de téton sans payer. Quand il n’est pas en train d’être un sale connard prétentieux et égoïste, il essaie de remonter le moral de Tanaya, sa meilleure amie qui vient de se faire larguer. Avec elle, il s’incruste à des soirées, prend des drogues récréatives, complote dans le but d’avoir des rapports non protégé avec tout ce qui bouge avant d’envoyer des emails anonymes pour pousser un coup d’un soir boutonneux à avorter. En attendant de grandir pour de bon.
On ne va pas se mentir, Grow Up ressemble à un truc qu’on a tous lu mille fois : les pérégrinations d’un ado mal dans sa peau qui sniffe, baise et ment pour exister. Pourtant, cette fois, on se fait happer dès les premières lignes, car l’écriture confine au génie. Les phrases sont courtes, sèches, du point de vue de Jasper et de son esprit mal en point. Brooks saute d’une idée à l’autre, juxtapose des sujets qui n’ont rien à voir. Ou comment éclater de rire, seul, comme un demeuré, sur le quai du métro. La moitié du bouquin est hautement citable, et j’ai passé pas mal de temps à noter des répliques pour plus tard. J’ai rarement autant eu envie de traduire un roman tellement ce serait le pied. Là où les livres similaires se cassent les dents, c’est dans la structure. Et j’ai cru une bonne partie de ma lecture être face à un délire d’ado rédigé au fil de la plume. Jusqu’à que ce que les dernières pages viennent boucler la boucle à ma grand surprise. Respect.
Ben Brooks est un jeune auteur timide maladif qui écrit de courts bouquins agressifs et prétentieux. Mais à l’inverse de la plupart des autres, il fait ça bien. Il arrive à renouveler un genre éculé et je suis persuadé que si on écriture grandit avec lui, on entendra reparler de lui très vite. Sûrement sur un livre qui sortira sous une couverture cartonnée avec une belle jaquette.
D’ici là vous pouvez précommander Grow Up (pour 9€, pas assez cher), ça vous fera un beau cadeau surprise en juillet, quand vous aurez complètement oublié votre commande. C’est ça qui est bon.



